François Gaillard : « On ne veut pas repro­­duire les sché­­mas de Barce­­lone ou Amster­­dam »

Dans un contexte social difficile marqué par les multiples rassemblements des Gilets jaunes et les grèves de décembre, la ville de Lyon a attiré 6,5 millions de touristes en 2019. Des chiffres « en progression légère » selon François Gaillard, directeur d’ONLYLYON Tourisme et Congrès, qui se réjouit de ces bons résultats et détaille, pour Lyon Décideurs, la stratégie de l’office du tourisme.

Avec 6,5 millions de touristes accueillis en 2019, la ville de Lyon renforce encore un peu plus son attrac­ti­vité, notam­ment sur la scène inter­na­tio­na­le…

François Gaillard : On a travaillé pour ça. Cela fait main­te­nant quinze ans qu’on oeuvre à faire de cette métro­pole une desti­na­tion touris­tique qui compte en Europe. On a surfé sur nos atouts (archi­tec­ture, gastro­no­mie, culture) pour faire de Lyon une desti­na­tion dési­rable sur les périodes de week-ends. Aujourd’­hui, Lyon est une ville qui incarne l’art de vivre à la française, ça plait aux visi­teurs étran­gers, aux médias étran­gers. Si vous voulez décou­vrir une grande ville française, sans doute la plus belle au monde, vous allez à Paris. Mais si vous voulez goûter à de l’au­then­ti­cité, de la proxi­mité, de l’échange, de la convi­via­lité, le tout dans une ville à taille humaine, c’est à Lyon qu’il faut venir, c’est notre promesse.

Cette arri­vée massive de touristes dans la métro­pole n’a-t-elle pas de quoi faire naître certaines craintes pour les habi­tants ?

On ne veut surtout pas déve­lop­per un tourisme de masse à Lyon. On fait du tourisme « autre­ment », du tourisme diffé­rent, réflé­chi et durable. On ne veut pas repro­duire les sché­mas de Barce­lone ou Amster­dam qui ont beau­coup déve­loppé cette indus­trie et qui ont fini par se rendre compte que cela pouvait nuire à la qualité de vie des habi­tants. On souhaite conti­nuer à faire progres­ser ces bons résul­tats sans bascu­ler du mauvais côté et pertur­ber l’équi­libre entre touristes et habi­tants.

Et comment faire pour main­te­nir cet équi­libre ?

En accep­tant de privi­lé­gier la qualité à la quan­tité. Nous prenons le parti-pris de fidé­li­ser nos touristes plutôt que d’en conqué­rir de nouveaux. Sur les 6,5 millions de personnes qu’on accueille chaque année dans la Métro­pole, 90% sont satis­faits de leur séjour ici, d’après nos enquêtes clien­tèles. Pourquoi devrait-on se priver de parler à ces gens là pour les inci­ter à reve­nir ? Ça coûte beau­coup moins cher que de dépen­ser des gros budgets pour aller en conqué­rir de nouveaux. Ça nous permet aussi de les redi­ri­ger vers des lieux qu’ils n’ont pas encore visité et de désen­gor­ger des sites poten­tiel­le­ment satu­rables comme le Vieux-Lyon notam­ment.

« Les réseaux sociaux sont deve­nus la colonne verté­brale de beau­coup de nos actions marke­ting. C’est redou­ta­ble­ment effi­cace »

Pour conqué­rir de nouveaux touristes, la ville s’ap­puie aussi sur la marque ONLYLYON, très présente sur les réseaux sociaux.

On essaie de travailler de manière plus fine, plus intel­li­gente et moins coûteuse. Pour cela, on capi­ta­lise sur nos réseaux sociaux oui. Avec 1,6 million de fans sur Face­book, nous jouons dans la cour des grands (New York, Berlin) dans ce domaine. Nos abon­nés, des amou­reux de la ville, diffusent nos conte­nus et par vira­lité, touchent un nouveau public. C’est redou­ta­ble­ment effi­cace. Donc on va de moins en moins être dans l’achat de campagne de commu­ni­ca­tion et de promo­tion comme on a pu le faire dans le passé. Les réseaux sociaux sont deve­nus la colonne verté­brale de beau­coup de nos actions marke­ting.

Quels sont les nouveaux sites à la mode à Lyon ?

Le nouveau lieu en vogue, c’est Confluence. On a des gens qui viennent de toute l’Eu­rope pour voir ce qui a été fait sur le site, avec les travaux des plus grands archi­tectes du monde. On a construit ce quar­tier ex-nihilo, avec à sa proue le Musée des Confluences dont les niveaux de fréquen­ta­tion ne se sont quasi­ment pas écrou­lés depuis l’ou­ver­ture. Il faut saluer le travail remarquable des équipes.

Quels sont les domaines dans lesquels la ville doit encore progres­ser ?

Lyon a un atout que beau­coup de villes nous envient, sur lequel nous n’avons pas encore travaillé jusque là, c’est l’eau. C’est un facteur d’at­trac­ti­vité natu­rel. On s’en est rappro­ché avec les berges et les quais qui sont des chan­tiers magni­fiques. Mais il faudrait qu’on aille plus loin et qu’on arrive dessus. Quand vous regar­dez la ville depuis les airs, vous voyez un grand canal, qui couvre tout l’hy­per-centre de la ville. Nous pour­rions ainsi avoir un système de desserte qui pour­rait couvrir tout le centre de Lyon, de l’Île Barbe à la Cité inter­na­tio­nale.

« La ville est mûre pour des navettes fluviales » 

Il s’agi­rait donc de déve­lop­per davan­tage la mise en place du Vapo­retto ?

Le Vapo­retto a été une bonne expé­ri­men­ta­tion, on a vu que les Lyon­nais étaient prêts pour ça. Notre idée, ce n’est pas de concur­ren­cer les TCL ou dire que ce service sera plus effi­cace qu’un bus ou qu’un métro. Mais qu’on soit touriste ou lyon­nais, on peut avoir envie de voya­ger autre­ment. On n’est pas obligé de prendre le plus court. On peut prendre 10/20 minutes de plus pour faire son trajet au grand air, sur voie d’eau, avec une très belle vue. Cette propo­si­tion se retrouve dans les programmes de certains candi­dats aux prochaines élec­tions. Je pense que la ville est mûre pour ces navettes fluviales. Elles donne­ront une image nouvelle de la ville en terme de tourisme vert et durable.

La ville a obtenu le titre de Capi­tale Euro­péenne du Smart Tourisme. En quoi est-ce une prio­rité aujourd’­hui de déve­lop­per ce tourisme vert à Lyon ?

Quand on parle de tourisme durable, Lyon n’est pas la première ville à laquelle on pense. Mais on a décidé de se confron­ter aux autres villes euro­péennes. On était face à quarante autre métro­poles et on a gagné. Pour nous, ça n’a pas été un prix, une recon­nais­sance mais un déclen­cheur. Ça nous a permis de comprendre qu’on n’était pas si nuls dans ce domaine et ça nous donne envie d’al­ler plus loin, de faire plus ces dix prochaines années.

Propos recueillis par Maxime Feuillet

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