« Les animaux sont des réser­voirs de mala­dies poten­tielles pour les hommes »

Coordinateur pour Boehringer Ingelheim du projet européen Zapi qui regroupe une vingtaine de partenaires avec l'objectif de prévenir des pandémies, Jean-Christophe Audonnet explique l'implication et le rôle à jouer du groupe de santé animale dans la crise du coronavirus.

De quelle manière un acteur de la santé animale comme Boeh­rin­ger Ingel­heim est-il impliqué dans la lutte contre le coro­va­ni­rus ?

Jean-Chris­tophe Audon­net : Nous discu­tons actuel­le­ment de notre impli­ca­tion dans un projet qui se crée, au niveau euro­péen, dont l’objec­tif est de trou­ver des compo­sés anti­vi­raux et de sélec­tion­ner des anti­corps pour aider aux trai­te­ments cliniques contre l’in­fec­tion par le coro­na­vi­rus. Boeh­rin­ger Ingel­heim est l’un des derniers Big Pharma à avoir des divi­sions en santé humaine et santé animale au sein du même groupe. Ces expé­riences croi­sées entre santé animale et santé humaine permettent d’al­ler beau­coup plus vite en matière de recherche. En plus de cette expé­rience en matière de recherche, Boeh­rin­ger Ingel­heim a la capa­cité de produc­tion pour les anti­corps mono­clo­naux. Et plus on va vite sur la produc­tion d’an­ti­corps, plus ce sera effi­cace.

On sait que 2/3 des mala­dies infec­tieuses contrac­tées par les humains, dont le coro­na­vi­rus, proviennent des animaux. C’est la raison pour laquelle vous défen­dez le concept « One Health » qui vise à coor­don­ner les efforts entre la santé humaine et animale ?

On parle beau­coup de ce concept « One Health » de santé globale. Il faut désor­mais l’ap­pliquer, car sans coor­di­na­tion et colla­bo­ra­tion entre les deux méde­cines, nous n’ar­ri­ve­rons jamais à contrô­ler de façon satis­fai­sante les mala­dies qui viennent toucher l’ani­mal dans un premier temps, et l’homme dans un second temps. Les animaux sont des réser­voirs de mala­dies poten­tielles pour les hommes. Il faut garder à l’es­prit que l’homme est une espèce animale comme une autre, et qu’il n’existe pas de fron­tières entre la santé humaine et animale, comme l’a dit le premier Charles Mérieux.

La mise en place de ce concept de santé globale pour­rait permettre de préve­nir une mala­die comme le coro­na­vi­rus avant qu’elle ne se déclare chez l’homme ?

L’objec­tif n’est pas de préve­nir les mala­dies comme le coro­na­vi­rus – c’est impos­sible – mais que l’en­semble des acteurs se mettent en réac­tion plus vite pour atté­nuer ou bloquer la propa­ga­tion, et éviter ainsi que cela se trans­forme en pandé­mie.