Philippe Valen­tin : « Il faut se prépa­rer à ce qu’il y ait de la casse »

Président de la CCI Lyon-Métropole depuis septembre dernier, Philippe Valentin ne s'attendait pas un début de mandat aussi agité. Alors que l'institution consulaire est en première ligne pour conseiller et orienter les chefs d'entreprise du territoire dont l'activité est impactée par la crise du coronavirus, son constat est cash : « Il y aura un avant et un après.»

Quel rôle peut jouer la CCI Lyon-Métro­pole dans une période comme celle-ci pour soute­nir les entre­prises du terri­toire ?

Philippe Valen­tin : Notre rôle est très impor­tant. Nous avons notam­ment mis en place un numéro unique (04 72 40 58 58) qui joue le rôle de cellule d’in­for­ma­tion et d’orien­ta­tion pour les chefs d’en­tre­prise. Nos équipes sont mobi­li­sées pour les infor­mer de l’en­semble des mesures de soutien prises par le gouver­ne­ment, les diffé­rentes admi­nis­tra­tions et les collec­ti­vi­tés terri­to­riales. Nous rece­vons déjà plus de 250 appels par jour. Nous avons égale­ment lancé une enquête pour évaluer en temps réel les consé­quences de cette crise sur l’ac­ti­vité des entre­prises. En clair, nous jouons un rôle de centra­li­sa­teur pour éviter que tout le monde se disperse, ce qui serait contre-produc­tif dans cette période marasme inédit.

Et, juste­ment, comment est le moral des chefs d’en­tre­prise avec qui vous discu­tez une semaine après le début du confi­ne­ment ? Vous sentez de l’abat­te­ment ?

Non, pas de l’abat­te­ment. Tout chef d’en­tre­prise qui se respecte a un tempé­ra­ment de combat­tant, tout en restant lucide. Mais là, ce qui est inédit, c’est que l’on a aucune visi­bi­lité : on ne sait pas combien de temps cette situa­tion va durer. Ce que l’on vit était tout bonne­ment inima­gi­nable il y a encore quelques mois. Car nous ne sommes pas dans le cas d’un retour­ne­ment bour­sier. Du jour au lende­main, tout s’est arrêté. C’est du jamais vu…

Vous arri­vez déjà à perce­voir quelles vont être les consé­quences de cette crise ?

La seule chose qui est sûre, c’est qu’il y aura un avant et un après. Il faut se prépa­rer à ce qu’il y ait de la casse. On remarque déjà un phéno­mène de cascade avec des entre­prises qui ne peuvent plus payer leurs four­nis­seurs, lesquels ne peuvent ensuite plus payer leurs propres four­nis­seurs par rico­chet… Beau­coup d’en­tre­prises, notam­ment les TPE/PME qui n’ont souvent que quelques semaines de tréso­re­rie devant elles, commencent déjà à vivre au jour le jour.

Comment faire pour limi­ter la casse ?

Il faut ne pas bais­ser les bras et se mettre en mode combat. C’est la ligne de conduite que je m’ap­plique. On ne pourra pas sauver tout le monde, mais on aura fait le maxi­mum. Tant mieux si ça passe, et si ça passe pas on se dira qu’on a fait le maxi­mum.

« Depuis le début de la crise, la CCI a su aller au-delà de nos missions habi­tuelles pour appor­ter des réponses concrètes aux chefs d’en­tre­prise. C’est là que l’on voit que nous jouons plei­ne­ment notre rôle »

La Région et la Métro­pole ont chacune annoncé des plans d’aide de plusieurs centaines de millions d’eu­ros pour soute­nir les entre­prises du terri­toire. Vous jugez la réponse des collec­ti­vi­tés terri­to­riales adap­tées à la situa­tion ?

Oui, c’est un geste fort. Après, il faut bien que l’en­semble des parte­naires se concerte pour que ces aides soient le plus effi­caces possible. Pour des travailleurs non-sala­riés qui n’ont plus aucune acti­vité aujourd’­hui, on parle de besoin de ressources pour manger. Et je remarque que, depuis le début de la crise, tout le monde tire dans la même direc­tion. Il n’est plus ques­tion de calculs poli­tiques, mais d’œu­vrer pour le bien commun.

De nombreuses entre­prises lyon­naises tentent de répondre, à leur niveau, à la crise du coro­na­vi­rus en faisant des dons ou en réorien­tant leur produc­tion pour fabriquer des masques ou des gels hydro­al­coo­liques. Vous vous atten­diez à cet élan de soli­da­rité ?

Je ne suis pas étonné. Dans les périodes comme celle que nous vivons, les vraies valeurs ressur­gissent. Les entre­prises jouent leur rôle social. Et l’on sent un vrai élan de chacun pour aider, avec ses moyens, à lutter contre l’épi­dé­mie. C’est le cas à la CCI, nous avons donné les masques de protec­tion que nous avions en stock… L’autre chose, c’est que l’on remarque égale­ment beau­coup de bien­veillance et de compré­hen­sion dans les rela­tions entre les entre­prises, mais aussi de la part des parte­naires banquiers. Dans toutes les épreuves, il y a quelque chose de bon à reti­rer. Cette crise permet de recréer du lien.

Alors que l’État a mis, ces dernières années, les CCI au régime sec en bais­sant dras­tique­ment ses subsides, le gouver­ne­ment a décidé de posi­tion­ner les chambres consu­laires comme l’in­ter­lo­cu­teur prin­ci­pal des chefs d’en­tre­prise pour gérer cette crise. Ce serait donc la preuve de l’uti­lité de cette insti­tu­tion ?

Depuis le début de la crise, nous avons su aller au-delà de nos missions habi­tuelles, sortir du cadre pour appor­ter des réponses concrètes aux diffi­cul­tés des chefs d’en­tre­prise. C’est là que l’on voit qu’une CCI joue plei­ne­ment son rôle. Il ne faudra pas l’ou­blier et je demande que l’on soit jugé sur nos actes. Plus d’une centaine de colla­bo­ra­teurs sont mobi­li­sés pour répondre aux chefs d’en­tre­prise, y compris le samedi ou dimanche. Je suis très fier de cela, et je ne connais pas d’autre orga­ni­sa­tion capable de mettre en place un tel dispo­si­tif. La seule ques­tion qui se posera après, c’est est-ce que l’on a fait le mieux que l’on pouvait pour faire face à cette situa­tion.