Samuel Minot : « Ce qui se passe actuel­le­ment est cata­clys­mique »

Samuel Minot, président de BTP Rhône (800 entreprises, plus de 30 000 salariés dans le département), appelle à cesser l’activité sur les chantiers pour respecter les mesures gouvernementales prises contre la propagation du coronavirus sur le territoire. Le chef d’entreprise appelle le gouvernement à soutenir le secteur du BTP, touché de plein fouet par la crise économique actuelle.

Vous appe­lez les entre­prises du BTP à l’ar­rêt des chan­tiers. C’était impos­sible de conti­nuer l’ac­ti­vité dans le contexte actuel ?

Samuel Minot : L’in­ter­ven­tion d’Em­ma­nuel Macron lundi soir et l’an­nonce des mesures de confi­ne­ment, de protec­tion, de distan­cia­tion sani­taire et sociale, nous a tous lais­sés un peu pantois. On s’est demandé, nous chefs d’en­tre­prise du BTP, comment on allait pouvoir garan­tir la bonne appli­ca­tion des règles sani­taires impo­sées sur les chan­tiers (distan­cia­tion d’un mètre entre les personnes, port des gants, des masques,…). La réflexion a été menée de concert, et très vite, on a compris qu’il allait être très diffi­cile de garan­tir cette sécu­rité à nos sala­riés. J’en ai donc appelé à la respon­sa­bi­lité des chefs d’en­tre­prise pour stop­per les chan­tiers sur le dépar­te­ment du Rhône. Si les urgences sani­taires sont celles qu’on nous présente depuis quelques jours, il faut bien évidem­ment qu’on arrête les chan­tiers et qu’on stoppe notre acti­vité.

La filière BTP est donc aujourd’­hui à l’ar­rêt avec du chômage partiel géné­ra­lisé. Combien de temps le secteur peut-il tenir dans cette confi­gu­ra­tion ?

La situa­tion est inédite. Un arrêt total des acti­vi­tés du jour au lende­main comme celui-là, c’est du jamais-vu. Je ne veux pas être néga­tif mais c’est cata­clys­mique ce qui se passe actuel­le­ment. Le gouver­ne­ment l’a bien compris en prenant certaines mesures d’ur­gence d’aides aux entre­prises. Mais la grosse diffi­culté de nos entre­prises du BTP concerne leur tréso­re­rie. Une grande partie de notre tissu écono­mique navigue avec une tréso­re­rie très faible. Donc le fait de ne pas factu­rer, de ne pas pouvoir rentrer de reve­nus et de devoir tout de même décais­ser une partie de charges fixes, ça va avoir des effets colla­té­raux immenses. Je crains cela aujourd’­hui. Quinze jours d’ar­rêt, c’est déjà énorme, et si ça doit se prolon­ger à quatre ou six semaines, la situa­tion sera très compliquée.

« Les entre­prises qui pour­ront reprendre leur acti­vité quand le moment sera venu, ce sont celles à qui il restera de la tréso­re­rie »

On imagine que vous êtes très solli­ci­tés par vos adhé­rents ces derniers jours. Quelles sont leurs inquié­tudes et comment BTP Rhône s’or­ga­nise en ces temps de crise ?

Les ques­tions qui reviennent concernent prin­ci­pa­le­ment la gestion immé­diate de l’ar­rêt des acti­vi­tés et toutes les démarches admi­nis­tra­tives à entre­prendre. Comment je fais pour m’ar­rê­ter ? Que dois-je faire pour avoir recours au chômage tech­nique ? Ils veulent aussi savoir comment ils peuvent frei­ner leurs charges. On les met donc en connexion avec l’Urs­saf, le fisc, les banques, la BPI pour qu’ils puissent sauver au maxi­mum leur tréso­re­rie. Les entre­prises qui pour­ront reprendre quand le moment sera venu, ce sont celles à qui il restera de la tréso­re­rie. C’est la prin­ci­pale urgence de BTP Rhône. Nous avons mis en place une cellule de crise en télé­tra­vail. Une quin­zaine de cadres sont mobi­li­sés toute la jour­née pour assis­ter et répondre aux ques­tions de nos adhé­rents.

Qu’at­ten­dez-vous du gouver­ne­ment ?

On a déjà besoin de savoir si la situa­tion dans laquelle nous sommes s’ap­pa­rente à un cas de force majeure, qui est défendu par notre profes­sion. Nous sommes tous tenus, donneurs d’ordres, promo­teurs, entre­prises, sous-trai­tants, par des clauses contrac­tuelles de respect d’un certain nombre de délais, qui peuvent être écar­tés et déca­lés grâce à la recon­nais­sance d’un cas de force majeure. Donc on a besoin d’avoir des éclair­cis­se­ments très précis du gouver­ne­ment à ce sujet.

Et concer­nant les mesures qui seront mises en place pour sortir de cette crise ?

Ce serait inima­gi­nable que le gouver­ne­ment ne s’en­gage pas sur un plan d’aide majeur. Je ne le connais pas, je ne sais pas comment il sera déployé, je pense que le gouver­ne­ment ne le sait même pas encore puisque l’ur­gence actuelle est au trai­te­ment de l’épi­dé­mie. Mais tout ce qui pourra repor­ter les charges fixes des entre­prises permet­tra d’as­su­rer une survie de plus d’en­tre­prises. On sort d’une année 2019 plutôt bonne en terme d’ac­ti­vité mais malheu­reu­se­ment la majo­rité des entre­prises du secteur n’ont pas pu recons­ti­tuer des tréso­re­ries suffi­santes. Certaines risquent d’être un peu étran­glées. C’est encore trop tôt et diffi­cile d’ima­gi­ner quoi que ce soit, mais je ne peux pas enle­ver mon inquié­tude quant à la rapi­dité d’exé­cu­tion des mesures qui seront prises.

« L’évé­ne­ment est foudroyant et va avoir des effets énormes »

Il faut donc agir vite…

Oui, le gouver­ne­ment doit être très réaliste et très réac­tif. Le BTP a un niveau de rési­lience assez fort, sous réserve d’être forte­ment aidé par le gouver­ne­ment. Il ne faudra donc pas hési­ter à débloquer des fonds d’un montant excep­tion­nel pour passer cette crise et nous éviter de diri­ger des entre­prises en banque­route immé­diate. C’est ce qui risque d’ar­ri­ver si la situa­tion perdure.

Comment le secteur va-t-il pouvoir se remettre de cette crise ? 

La prio­rité est simple : que les entre­prises prennent les bonnes déci­sions pour limi­ter le casse. L’évé­ne­ment est foudroyant et va avoir des effets énormes. Il faut donc d’abord se donner toutes les chances de réus­site, et prendre les bons réflexes, immé­dia­te­ment. Alors comment allons-nous reprendre ? Dans quelles condi­tions ? Avec qui ? Je ne veux pas faire de pronos­tic mais je crains que l’échiquier soit malheu­reu­se­ment boule­versé pour beau­coup d’en­tre­prises et de sala­riés. Je veux donc aujourd’­hui concen­trer toute mon éner­gie et celle de BTP Rhône pour aider les chefs d’en­tre­prise à agir le mieux possible.

Propos recueillis par Maxime Feuillet

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