Tribune libre : « Messieurs les ministres, soyez à l’écoute ! »

Les deux présidents de syndicats d'experts-comptables de la région Philippe Masson (IFEC) et Jacques Maureau (ECF) s’expriment sur la crise économique liée au coronavirus.

Tout d’abord, alors qu’une crise sani­taire sans précé­dent depuis des décen­nies ébranle la France, nous souhai­tons au nom de nos deux syndi­cats profes­sion­nels, mani­fes­ter la soli­da­rité des Experts-Comp­tables et des Commis­saires aux Comptes avec l’en­semble de la popu­la­tion française. Les épreuves qu’elle traverse et les situa­tions auxquelles elle fait face collec­ti­ve­ment sont d’une gravité et d’une ampleur rare.

Bien entendu, puisque c’est le cœur de notre acti­vité et de notre enga­ge­ment, notre préoc­cu­pa­tion première est le soutien de l’éco­no­mie des entre­prises, notam­ment les petites et moyennes entre­prises, prin­ci­pales clientes de nos cabi­nets. Dès le discours du Président de la Répu­blique du 12 mars, notre profes­sion s’est forte­ment mobi­li­sée pour leur appor­ter conseils, exper­tises et dispo­si­tifs d’ac­com­pa­gne­ment adap­tés à la situa­tion. L’en­semble des person­nels de nos cabi­nets, tout en mettant en place le télé­tra­vail et un fonc­tion­ne­ment de crise, a conti­nué à travailler au quoti­dien, à répondre aux nombreuses ques­tions et inter­ro­ga­tions de nos clients, notam­ment concer­nant le chômage partiel.

« Tout sera mis en œuvre pour proté­ger nos sala­riés et pour proté­ger nos entre­prises quoi qu’il en coûte », comme l’a affirmé avec déter­mi­na­tion Emma­nuel Macron. Dans ce contexte, la prio­rité abso­lue était donnée à la préser­va­tion de la santé de la popu­la­tion et au ralen­tis­se­ment au maxi­mum de la propa­ga­tion du coro­na­vi­rus afin d’évi­ter l’ex­plo­sion des capa­ci­tés du système de soins. Le leit­mo­tiv « Restez chez vous pour sauver des vies » s’est imposé et paral­lè­le­ment les restric­tions de dépla­ce­ment, de sorties, de regrou­pe­ments ont été mises en place rapi­de­ment. Dans ce contexte, certaines entre­prises ont été contraintes admi­nis­tra­ti­ve­ment d’ar­rê­ter très rapi­de­ment leurs acti­vi­tés et de fermer. D’autres ont été en capa­cité de main­te­nir leurs acti­vi­tés par le déploie­ment du télé­tra­vail. Enfin, pour toutes les autres, les diri­geants ont mis en œuvre avant tout le prin­cipe de précau­tion pour proté­ger leurs sala­riés en l’ab­sence des moyens sani­taires suffi­sants et face à un ralen­tis­se­ment très fort de l’ac­ti­vité, ont fermé leurs entre­prises.

Après les envo­lées lyriques du discours prési­den­tiel, la chute a été rude et le retour à la réalité violent sur le terrain : ordres, contre-ordres, commu­niqués des minis­tères du Travail et de l’In­té­rieur en contra­dic­tion avec la parole prési­den­tiel se sont multi­plié. L’ab­sence d’an­ti­ci­pa­tion des gouver­nants face à cette crise, l’im­pré­pa­ra­tion, la gestion chao­tique au jour le jour ont été majeures. Quand une Ministre du Travail ose affir­mer que des entre­prises font preuve de manque civisme et profitent de la situa­tion en refu­sant de pour­suivre leur acti­vité, nous touchons le fond de l’in­com­pé­tence, de l’in­dé­cence et du manque criant de connais­sance de la réalité concrète des TPE / PME et leurs diri­geants depuis le début de cette crise. Si nous sommes en guerre, comme l’a proclamé avec gravité Emma­nuel Macron, c’est à l’Etat d’as­su­mer ses respon­sa­bi­li­tés quant au main­tien de l’ac­ti­vité écono­mique du pays, en prenant de mesures fortes, claires et rapides : défi­ni­tions des acti­vi­tés à main­te­nir « quoi qu’il en coûte », condi­tions de mises en œuvre, négo­cia­tions avec les branches profes­sion­nelles concer­nées pour défi­nir la reprise et sécu­ri­ser juri­dique­ment à la fois les employeurs et les sala­riés en cas de conta­mi­na­tion. Faire un discours de chef de guerre ne suffit pas, encore faut-il être à la hauteur dans l’ac­tion et la conduite de la guerre.

Rien de cela n’a été fait. Les injonc­tions para­doxales et contra­dic­toires ont été au contraire multiples ; Certes, des mesures d’ur­gence ont été annon­cées : report du paie­ment des charges sociales et des impôts directs du mois de mars notam­ment. Toute­fois, les flot­te­ments et incer­ti­tudes actuels sur l’in­dem­ni­sa­tion du chômage partiel ne peuvent perdu­rer plus long­temps. Face à l’ar­rêt de l’ac­ti­vité écono­mique dans de nombreux secteurs, les tréso­re­ries des entre­prises sont très fragi­li­sées alors qu’elles vont devoir assu­rer dans une semaine le paie­ment inté­gral des salaires de mars, sans visi­bi­lité, ni préci­sions. Le seul point où le gouver­ne­ment a été clair et constant est que les entre­prises doivent payer la TVA de mars, alors même que de nombreuses entre­prises sont déjà dans l’im­pos­si­bi­lité de l’ho­no­rer faute d’une tréso­re­rie suffi­sante ! Entre payer la TVA et payer les salaires, beau­coup d’en­tre­pre­neurs ont déjà choisi.

En consé­quence, nous appe­lons solen­nel­le­ment les Ministres de l’Eco­no­mie et des Finances, de l’Ac­tion et des Comptes Publics et du Travail d’être enfin à l’écoute des diri­geants des TPE/PME, de leurs Experts-Comp­tables et Commis­saires aux Comptes, afin de prendre les mesures qui s’im­posent pour préser­ver la conti­nuité d’ex­ploi­ta­tion et les emplois.

Soyez assu­rés du soutien, de l’en­ga­ge­ment, de l’in­ves­tis­se­ment indé­fec­tible de toute la profes­sion comp­table pour assu­mer son rôle auprès des entre­prises. Dans cette situa­tion de guerre, nous sommes au quoti­dien sur le front pour main­te­nir l’ac­ti­vité écono­mique des entre­prises et la préser­va­tion des emplois de leurs sala­riés.

Philippe Masson – Président IFEC Rhône-Alpes

Jacques Maureau – Président ECF Rhône-Alpes