LE MENSUEL DES POUVOIRS LYONNAIS

François Massardier (Calif) : « Une mauvaise stratégie de lobbying pour Jean-Michel Aulas »

accès libre
Publié le 10 juin 2020

François Massardier, dirigeant de Calif, une société de lobbying exerçant à Paris, St-Etienne et Lyon, analyse pour Lyon Décideurs, la stratégie déployée par Jean-Michel Aulas depuis la mi-mars. En résumé, « un cas d’école de ce qu’il ne faut pas faire ».

Le Conseil d’Etat vient de rendre sa décision, en référé. L’OL a donc perdu. Mais les clubs d’Amiens et Toulouse ont eu gain de cause : ils ne sont pas relégués. C’est un échec personnel pour Jean-Michel Aulas. Vous, le lobbyiste, comment analysez-vous cette décision ? Peut-on dire que c’était perdu d’avance pour lui ?

François Massardier : On dit souvent que le lobbying, c’est l’art de faire passer un intérêt particulier pour un intérêt général. Jean-Michel Aulas dit qu’il est préoccupé par la situation économique de l’ensemble du football français mais il raisonne avant tout par rapport à son club. Donc, on est bien en présence d’un cas d’école de lobbying. Et ce qui s’est passé n’a pas fini d’être étudié. Ce qui est clair, dans le cas présent, c’est que Jean-Michel Aulas n’a pas cessé de prendre des virages à 180° : un coup, il a plaidé pour une saison blanche, puis pour des play off, puis une reprise classique. Il a trop fait dans le médiatique, là où il aurait dû agir en coulisses. En situation de crise, il faut toujours s’adapter, mais savoir répondre clairement à la question « Quelle est la stratégie ? ». Or, clairement, sa stratégie n’était pas assez packagée au départ.

Sa stratégie était assez simple : il s’agissait de trouver une solution pour que l’OL ne soit pas écarté des Coupes d’Europe l’an prochain, à cause d’un championnat suspendu à la 28e journée (sur 38 au total) …

C’est une première erreur. Dans ce genre de situation, même s’il pensait surtout à son club, il fallait qu’il cherche des alliés. Et il pouvait en trouver avec les relégués : Amiens et Toulouse. A force d’avancer tout seul, il s’est vraiment retrouvé isolé. A part retweeter la pétition d’Amiens, il n’y a jamais eu d’action concertée OL-Amiens-Toulouse. Une campagne de communication commune, une prise de parole des trois, ça prenait un autre relief. C’était criant aussi au Conseil d’Etat. Jean-Michel Aulas a plaidé seul pour l’OL, pendant plus d’une heure. Amiens et Toulouse sont passés au second plan, écrasés par Jean-Michel Aulas qui les a à peine laissés parler. Mais finalement, ce sont eux qui ont eu gain de cause. Quant à la question d’être écarté des coupes d’Europe, l’OL a encore une chance de jouer l’Europa League puisqu’il est en finale de la Coupe de la Ligue face au PSG et cette finale aura bien lieu.

Sur le fond, dans son raisonnement, et sur la comparaison avec les autres grands championnats qui reprennent tous pour terminer leur saison 2019/2020, ce qui place le football français en situation délicate, n’a-t-il pas raison ?

Il a totalement raison sur le fond. Son combat est légitime. Sauf qu’il n’a pas cessé d’intervenir dans les médias, et c’est à double tranchant. Quand il a commencé à échafauder ses solutions successives, il n’y avait pas de place pour autre chose que la priorité sanitaire. Et ça jusqu’à fin avril. Jean-Michel Aulas s’est quand même fait reprendre de volée par le Président du syndicat des joueurs, Sylvain Kastendeuch. Parler d’enjeu économique, quand il y a près de 1 000 morts par jour, ça ne passe pas. A ce moment-là, son discours était inaudible.

« En pleine crise sanitaire, les pouvoirs publics avaient d’autres préoccupations »

Il a défendu son club bec et ongles… Et il peut dire aujourd’hui « j’ai vraiment tout fait pour obtenir gain de cause »

Oui, c’est ça : son combat, c’était l’intérêt de Jean-Michel Aulas et de l’OL avant tout, même s’il a dit ensuite que c’était l’avenir économique du football français qui était en question. Prenez l’histoire des amendements parlementaires. Ils ont été présentés essentiellement par des parlementaires du Rhône. C’est le B.A BA du lobbying, on fait en sorte que les amendements soient portés par des députés ou sénateurs de tout l’Hexagone, pas uniquement par ceux qui défendent une entreprise de leur territoire. Et, puis, être présent en tribune, au moment du vote dudit amendement, c’est une caricature. Ensuite, si on veut vraiment obtenir gain de cause, on agit dans la discrétion, auprès du gouvernement, de Matignon, de l’Elysée. Je connais des secteurs économiques qui sont montés au créneau auprès des pouvoirs publics dans cette période et avec succès.

Il s’est peut-être dit que le locataire de l’Elysée étant un supporter marseillais, le Président de l’OL n’avait aucune chance…

Ce serait faire injure au Président de la République et au Premier ministre de penser qu’une décision de cet ordre soit influencée par des affinités personnelles. Ce qui est sûr, c’est qu’à Lyon, Jean-Michel Aulas a toujours fini par avoir gain de cause vis-à-vis des pouvoirs locaux. A Paris, en pleine crise sanitaire, les pouvoirs publics avaient d’autres préoccupations.

Pour finir, si je vous dis que votre position est celle d’un lobbyiste stéphanois, donc peut-être pas pro OL, que répondez-vous ?

Un, je ne travaille pas pour l’ASSE, même si je suis supporter des Verts. Deux, je l’ai dit, je pense que Jean-Michel Aulas a raison sur le fond, mais il s’y est très mal pris, sur ce dossier depuis le début. Trois, je reconnais l’immense réussite économique de Jean-Michel Aulas, qu’il s’agisse de CEGID ou de l’OL. Mais sa stratégie de communication laisse parfois pantois, par exemple quand il polémique à 3 heures du matin sur Twitter avec des supporters…

dans la même catégorie
Articles les plus lus
Consent choices