Les poli­tiques peuvent-ils sauver Famar ?

Placé en redressement judiciaire depuis juin 2019, le groupe Famar, implanté à St-Genis-Laval, risque de mettre la clé sous la porte dans les prochaines semaines s’il ne trouve pas un repreneur. Mais si l’avenir des 250 salariés semblait très incertain ces derniers mois, l’agitation politique autour de la chloroquine pourrait être déterminante dans une sauvegarde éventuelle du site.

Le sens du timing. En pleine polé­mique autour des essais du profes­seur Raoult sur l’usage de la chlo­roquine contre le coro­na­vi­rus, les repré­sen­tants syndi­caux du groupe Famar font entendre leur voix et dégainent un commu­niqué alar­mant le 20 mars dernier : « Famar Lyon est l’unique usine enre­gis­trée pour déli­vrer le marché français en Nivaquine (chlo­roquine). Mais elle risque une ferme­ture si aucune solu­tion de reprise n’est présen­tée au tribu­nal de commerce. » Mena­cée de ferme­ture après le choix de Sanofi d’ar­rê­ter toutes ses commandes auprès du site après le 10 juillet prochain, la société phar­ma­ceu­tique de 250 sala­riés se retrouve alors subi­te­ment au coeur de l’ac­tua­lité. 

Sur fond d’ur­gence sani­taire, la classe poli­tique s’em­pare du sort réservé à Famar et les solu­tions nouvelles se bous­culent. De quoi surprendre Roland Crimier, le maire de St-Genis-Laval, qui voyait jusqu’a­lors rester sans suite les diffé­rents appels d’offre réali­sés depuis l’ou­ver­ture de la procé­dure de redres­se­ment judi­ciaire. « Nous étions bien seuls, avec la Métro­pole, pour aider à trou­ver des repre­neurs, et ce, dès juillet 2019, bien avant la crise du Covid-19 », soutient l’élu, satis­fait pour autant d’un regain d’in­té­rêt pour l’en­tre­prise située sur sa commune. La Région, par la voix de son président Laurent Wauquiez, annonce ainsi, dès le 25 mars, être « prête à mobi­li­ser ses aides » pour trou­ver un projet de reprise « permet­tant de sauver Famar, le seul produc­teur français de ce qui peut être un espoir et une piste suffi­sam­ment sérieuse pour ne pas être écar­tée ». 

De gauche à droite : Roland Crimier, Laurent Wauquiez, Gilbert-Luc Devi­naz et Annie Guille­mot

L’hy­po­thèse d’une natio­na­li­sa­tion

Cinq jours plus tard, les deux séna­teurs du Rhône, Gilbert-Luc Devi­naz et Annie Guille­mot, appellent le gouver­ne­ment à envi­sa­ger la natio­na­li­sa­tion de Famar « dans les meilleurs délais » pour permettre à l’Etat d’as­su­rer son « indé­pen­dance sani­taire » à l’ave­nir.  « La crise a fait ressor­tir des faiblesses, il faut s’y atte­ler pour les recti­fier, déve­loppe Gilbert-Luc Devi­naz. Nous avons un problème d’in­dé­pen­dance dans le secteur phar­ma­ceu­tique, un secteur qui a pris une impor­tance fonda­men­tale dans ce que l’on vient de vivre. Il est essen­tiel d’avoir sur notre terri­toire des entre­prises qui fabriquent des produits et nous permettent, en cas de crise, d’être indé­pen­dants de ravi­taille­ments qui vien­draient de la Chine ou de l’Inde.  » Deux propo­si­tions de loi sont ainsi dépo­sées par la France Insou­mise et le groupe socia­liste pour natio­na­li­ser l’en­tre­prise.

De son côté, le gouver­ne­ment reste flou et semble privi­lé­gier, selon les dires de Bruno Le Maire, le scéna­rio d’une reprise à celui d’une natio­na­li­sa­tion. Les avis divergent sur le sujet, d’au­tant que la Nivaquine à base de chlo­roquine, fabriquée par Famar, ne contient pas d’hy­droxy­chlo­roquine, le remède cher au profes­seur Raoult utilisé – mais désor­mais inter­dit – dans le trai­te­ment contre le coro­na­vi­rus. D’autres élus, à l’image de Roland Crimier, militent pour des solu­tions alter­na­tives. « Je suis davan­tage favo­rable à un parte­na­riat public-privé avec un soutien de la collec­ti­vité pour permettre à Famar de se réadap­ter au niveau de son offre et donc retrou­ver des clients pour être à nouveau en bonne santé  », soutient l’édile de St-Genis-Laval. De son côté, la Métro­pole a proposé de reprendre le foncier pour ne lais­ser à un repre­neur que l’in­ves­tis­se­ment dans l’ou­til de produc­tion. Une hypo­thèse confir­mée Me Eric Etienne-Martin, l’ad­mi­nis­tra­teur judi­ciaire en charge de la procé­dure, mais jugée toute­fois peu crédible par Gilbert-Luc Devi­naz en raison de l’ar­ri­vée des 150 nouveaux conseillers métro­po­li­tains, et d’un nouvel exécu­tif après les élec­tions du 28 juin prochain. 

Alors que la date limite des offres de reprise de Famar était fixée au 25 mai, trois offres ont été dépo­sées devant le tribu­nal de commerce. « Parmi les trois candi­dats, nous avons un indus­triel liba­nais du secteur phar­ma­ceu­tique (Benta Pharma Indus­tries), une offre portée par un mana­ger (ancien direc­teur du site) et une autre d’un inves­tis­seur français, qui n’est pas issu de ce secteur d’ac­ti­vité, qui essaie de monter un projet indus­triel. On souhaite que le tribu­nal de commerce de Paris puisse se pronon­cer sur ces offres d’ici la fin du mois de juin », conclut Me Eric Etienne-Martin.

LES FAITS

24 juin 2019 : Propriété du fonds d’in­ves­tis­se­ment new-yorkais KKR depuis 2017, la société phar­ma­ceu­tique Famar Lyon est placée en redres­se­ment judi­ciaire.

20 mars 2020 : Les délé­gués syndi­caux de Famar publient un commu­niqué et expliquent que l’en­tre­prise est la seule habi­li­tée par l’agence du médi­ca­ment à fabriquer la Nivaquine, à base de chlo­roquine.

14 avril 2020 : Après la France Insou­mise, le groupe socia­liste (SOC) dépose une propo­si­tion de loi de natio­na­li­sa­tion de Luxfer et de Famar, deux entre­prises « parti­cu­liè­re­ment néces­saires à l’in­dé­pen­dance sani­taire de la Nation » dans le contexte d’épi­dé­mie de coro­na­vi­rus.

25 mai 2020 : Trois offres de reprise dépo­sées devant le tribu­nal de commerce de Paris. 

10 juillet 2020 : Date butoir des commandes de Sanofi auprès du site Famar Lyon.

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