Laurent de la Cler­ge­rie : « Le bien être au travail, c’est plus d’ef­fi­ca­cité »

Le fondateur du groupe LDLC, spécialiste de la vente en ligne et en boutique de produits high tech, a fait sensation en proposant aux représentants du personnel de passer à la semaine de quatre jours. Une innovation sociale rendue possible grâce à la bonne santé économique retrouvée de LDLC (8,3 millions d’euros de bénéfice sur 493 millions d’euros de chiffre d’affaires) et la conviction que des équipes épanouies dans leur travail sont plus efficaces sur 4 jours que sur 5. Explications.

Expliquez-nous votre accord « semaine de 4 jours/32 heures ». Y a-t-il dans le même temps, un accord d’an­nua­li­sa­tion du temps de travail pour faire face aux pics d’ac­ti­vi­tés de décembre et début janvier ?

Laurent de la Cler­ge­rie : C’est vrai­ment un accord sur une semaine de 4 jours toute l’an­née, avec 32 heures hebdo­ma­daires. Pour les pics d’ac­ti­vité, on passe en 2 équipes sur 8 heures, avec de l’in­té­rim. Il n’y a pas d’an­nua­li­sa­tion et de lissage de la durée de travail selon l’ac­ti­vité.

Comment s’est passée cette négo­cia­tion ?

À la fin de la NAO (Négo­cia­tion annuelle obli­ga­toire) sur les salaires, j’ai demandé s’il y avait encore une ques­tion et j’ai dit aux repré­sen­tants du person­nel : « J’ai une ques­tion : j’ai­me­rais signer un accord sur la semaine de 4 jours, le passage aux 32 heures, seriez-vous d’ac­cord pour en discu­ter ? ». La propo­si­tion a tout de suite été appré­ciée et saluée. Reste à la mettre en place. Ce n’est pas simple pour autant. Quand on fait 33 h au lieu de 32 h, la notion d’heure supplé­men­taire n’existe pas. Donc, il faut se caler sur certains points, revoir tous les plan­nings. L’idée, c’est de négo­cier cela de septembre à décembre pour une mise en place en janvier 2021.

Concrè­te­ment, comment ça se passe pour le 3e jour non travaillé de la semaine ?

Le prin­cipe serait que les sala­riés choi­sissent leur jour dans les trois derniers jours de la semaine entre le mercredi, jeudi et vendredi. Et que, dans l’or­ga­ni­sa­tion, chaque service puisse tour­ner chaque jour du lundi au vendredi sans avoir bien sûr un service complet à l’ar­rêt le vendredi.

Quel est le coût d’une telle mesure pour l’en­tre­prise ?

De l’ordre de 1 million d’eu­ros sur l’an­née, c’est négli­geable. Pour beau­coup de postes, souvent le vendredi après-midi, le travail effec­tif n’est pas très impor­tant, donc enle­ver 3 heures par semaine, ça se gère. L’autre réflexion, c’est qu’en ayant un jour de repos supplé­men­taire, les sala­riés vont pouvoir caser dans cette jour­née, des tas de démarches person­nelles (courses, réser­va­tions et autres) qu’ils pouvaient avoir la tenta­tion de faire depuis leur poste de travail… Donc, leur effi­ca­cité en 4 jours sera bien plus grande. J’ai beau­coup réflé­chi à la notion de repos et de bien-être au travail. Cette nouvelle orga­ni­sa­tion repose beau­coup là-dessus.

« Réflé­chir à la notion de repos et de bien-être au travail« 

Vous vous êtes inspiré d’une expé­rience de Micro­soft ?

Oui, au Japon, une année, Micro­soft a décidé de mettre tous les vendre­dis du mois d’août en repos. Et l’en­tre­prise a enre­gis­tré sa meilleure perfor­mance ce mois-ci. Je crois beau­coup à la plus grande effi­ca­cité des équipes quand on a une meilleure répar­ti­tion temps de travail/repos.

Que vous inspirent les discours patro­naux sur le thème : il faut remettre la France au travail ?

Je ne suis pas du tout en mode mili­tant. Et je ne me pose pas en donneur de leçons. Il se trouve que, dans mon entre­prise, ça s’ap­plique. Mais, ça ne s’ap­plique pas partout. Dans une entre­prise de 3 ou 4 personnes, cela ne fonc­tionne pas. Nous, nous sommes près de 1 000 colla­bo­ra­teurs.

Avant ce projet d’ac­cord 32 heures, votre négo­cia­tion avait abouti à un projet de hausse des salaires. Aura-t-il lieu avec cette réduc­tion du temps de travail ?

Oui, nous avons prévu une hausse globale de 2 % de la masse sala­riale sur l’an­née. Les 32 h payées 35, c’est la cerise sur le gâteau…

Si la situa­tion écono­mique favo­rable que vous connais­sez venait à se retour­ner, vous pour­riez reve­nir en arrière ?

On a connu une période compliquée, il y a dix-huit mois. À cette époque, il y a eu un gel des salaires. Cela a été l’an­née la plus calme que nous ayons connue sur le plan social. L’en­tre­prise s’est inves­tie pour réus­sir et redres­ser la barre. Si le besoin s’en faisait sentir, à un moment donné, je ne doute pas qu’on pour­rait faire une pause. Ce qui compte, c’est la notion de confiance très forte qui existe entre l’équipe et moi.

Vous allez créer des emplois ? Dans quels domaines ?

Une tren­taine envi­ron et je sais qu’on va crou­ler sous les CV et les demandes. Ce seront des postes de rela­tions clients, de logis­tique, des postes dans les boutiques.