Grosse tension et conflits internes chez SeaBubbles

Invectives sur les réseaux sociaux, lourdes accusations, mensonges… Le torchon brûle entre Alain Thébault, le fondateur historique de SeaBubbles, et Béchara Wakim, le président du fonds d’investissement lyonnais Mediapps Innovation, qui a racheté la start-up en décembre dernier. De quoi troubler l’entreprise lyonnaise, qui développe des bateaux hydrogène montés sur foils et capables de voler au-dessus des flots.

« Mana­ge­ment absurde », « Start-up sans pilote », « Tita­nic »… Alain Thébault est en colère et le fait savoir en choi­sis­sant ses hash­tags avec soin sur les réseaux sociaux. Le navi­ga­teur, président-fonda­teur de SeaBubbles en 2016, a choisi de lever l’ancre en janvier dernier, moins d’un mois après avoir revendu ses parts au fonds d’in­ves­tis­se­ment lyon­nais Mediapps Inno­va­tion. Aujourd’­hui en Suisse à la tête de BubbleFly, un autre projet de navettes fluviales volantes, l’ex-record­man de vitesse à la voile, « fati­gué par les nombreuses contraintes admi­nis­tra­tives françaises », tire à boulets rouges sur la gestion jugée « désas­treuse » des nouveaux proprié­taires de SeaBubbles.

>>>À lire aussi : Alain Thébault, au-dessus des flots

« Tous les cadres du projet ont été pous­sés à la démis­sion, affirme-t-il, citant quatre autres départs en plus du sien. J’ai bien vu que Mediapps et son patron Béchara Wakim voulaient placer des proches à eux et même des personnes de leur famille dans l’en­tre­prise. Moi, j’ai une ambi­tion indus­trielle, je ne suis pas dans les histoires de famille, alors j’ai préféré partir. » Des accu­sa­tions balayées d’un revers de la main par le président de Mediapps Inno­va­tion : « Tout ce que raconte Alain est faux. Mis à part une excep­tion, on a seule­ment arrêté de travailler avec des pres­ta­taires exté­rieurs qui n’étaient pas sala­riés et ne faisaient donc pas partie de l’équipe en place. Alain raconte n’im­porte quoi. C’est sa méthode mais j’es­père qu’un jour il arrê­tera. » Pour étayer son propos, Béchara Wakim met en lumière d’autres inexac­ti­tudes dans le discours de l’an­cien diri­geant de SeaBubbles. « Il affir­mait l’an passé que la société avait enre­gis­tré ses cinq premières commandes mais c’est faux. Elles n’ont jamais existé, c’est Alain qui racon­tait ça, on a zéro commande aujourd’­hui. » Une affir­ma­tion menson­gère selon Alain Thébault : « On a bel et bien eu cinq commandes avec des contrats signés et des verse­ments d’acompte. Le prix de vente était fixé à 250 000 euros mais Béchara a voulu leur rembour­ser ces acomptes parce qu’il ne voulait pas vendre à ce prix là mais à 900 000 euros. Il me fait passer pour un menteur alors que c’est lui qui ment. J’en­vi­sage un dépôt de plainte pour diffa­ma­tion. »

Alain Thébault et Béchara Wakim

Discus­sions avec le Sytral

Désta­bi­li­sée par ces querelles internes, l’en­tre­prise entend repar­tir du bon pied, avec l’as­sem­blage dans les prochains mois de son bateau 6–8 places. Mais la commer­cia­li­sa­tion de cette « Limou­sine » à hydro­gène atten­dra septembre. « Aupa­ra­vant, l’en­tre­prise a fait beau­coup de promesses et pas grand chose n’a été tenu. Aujourd’­hui, on préfère être sûrs de nous et de notre produit avant de signer quoique ce soit », précise Jean-Marie Nicot-Béran­ger, recruté en septembre dernier par Alain Thébault et nommé direc­teur géné­ral en janvier par Béchara Wakim.

Parmi ses clients poten­tiels, la société cible des grands groupes inter­na­tio­naux, aux Pays-Bas ou Etats-Unis notam­ment, des socié­tés spécia­li­sées dans le luxe, des géants de la mobi­lité comme Uber, des hôtels ou même des parti­cu­liers fortu­nés. Si de nombreux contacts ont déjà été noués, SeaBubbles espère vendre une dizaine de bulles en 2022 et 20 de plus en 2023, à un prix fixé à 900 000 euros pièce. Un tarif jugé exor­bi­tant par Alain Thébault, qui ciblait davan­tage les collec­ti­vi­tés locales dans son plan initial. « Certaines collec­ti­vi­tés locales sont inté­res­sées mais le proces­sus à suivre avec elles est forcé­ment très long. Avec d’autres clients poten­tiels, on peut avan­cer beau­coup plus rapi­de­ment », juge Béchara Wakim, qui vise un chiffre d’af­faires entre 10 et 20 millions d’eu­ros pour 2022–2023 et compte passer de 15 à 60 colla­bo­ra­teurs l’an­née prochaine. Sous l’im­pul­sion de Syntagme qui gère sa commu­ni­ca­tion, SeaBubbles pour­rait aussi reprendre les discus­sions enta­mées avec la précé­dente manda­ture du Sytral pour déployer ses bateaux sur le Rhône et la Saône.

Remonter