Festi­vals : comment tenir malgré la pandé­mie ?

À l’approche d’une saison des festivals encore très incertaine, les responsables et organisateurs des principaux rassemblements se penchent sur les meilleures options pour limiter la casse sur le plan économique en 2021. En espérant enfin repartir du bon pied l’été prochain.

« L’hy­po­thèse d’un été sans festi­vals est exclue. » Les propos tenus par Rose­lyne Bache­lot illus­trent parfai­te­ment la volonté du gouver­ne­ment : éviter le spectre d’un deuxième été sans rassem­ble­ments cultu­rels. Et pour donner de la visi­bi­lité aux orga­ni­sa­teurs, la ministre de la Culture a détaillé mi-février le cadre géné­ral dans lequel les festi­vals pour­ront se tenir (si la situa­tion sani­taire le permet) : une jauge maxi­male de 5000 spec­ta­teurs, assis et distan­ciés. Des condi­tions jugées inte­nables par plusieurs grands festi­vals français (les Euro­ckéennes, le Hell­fest…) qui accueillent chaque jour plusieurs dizaines de milliers de personnes et qui ont donc préféré jeter l’éponge. C’est aussi le cas de Musi­lac à Aix-les-Bains, qui affiche une program­ma­tion pop, rock, rap et reggae. « Écono­mique­ment ça aurait été impos­sible de le faire dans les condi­tions impo­sées, avance Rémi Perrier, l’or­ga­ni­sa­teur de Musi­lac à Aix-les-Bains. Et surtout, cette confi­gu­ra­tion assise ne colle pas à l’ADN de notre festi­val. » 

Si l’évé­ne­ment savoyard renonce, les respon­sables des autres festi­vals de la région comme Les Nuits de Four­vière, Jazz à Vienne, Nuits Sonores ou le Prin­temps de Pérouges pour­suivent de leur côté les prépa­ra­tifs. « On a la chance d’avoir un lieu comme le Théâtre Antique qui se prête sans problème à ces contraintes avec un public assis et distan­cié, indique Samuel Riblier, le direc­teur de Jazz à Vienne. Même si on est toujours dans le flou et qu’on ne sait pas comment sera la situa­tion sani­taire dans deux mois, on s’ac­tive puisqu’on a la hantise de se réveiller en juin après avoir baissé les bras et fina­le­ment s’aper­ce­voir que ça aurait été jouable. » 

Réduc­tion des coûts

Les zones d’in­cer­ti­tudes, encore nombreuses, rendent l’équa­tion finan­cière encore plus déli­cate pour les orga­ni­sa­teurs. « La possi­bi­lité d’avoir des bars et de la restau­ra­tion est la condi­tion sine qua non pour pouvoir orga­ni­ser Nuits Sonores et nous sommes toujours dans le flou sur cette ques­tion. Écono­mique­ment, on ne pourra pas faire sans », annonce Pierre-Marie Oullion, direc­teur artis­tique du festi­val élec­tro lyon­nais, rejoint sur cet aspect par les respon­sables de Jazz à Vienne. Autre point sensible : la ques­tion des jauges d’ac­cueil. « On sait que les réou­ver­tures se feront de manière progres­sive, d’abord en jauge dégra­dée et donc en aucun cas à 5000 spec­ta­teurs », indique Marie Rigaud, la direc­trice du Prin­temps de Pérouges. De quoi compliquer davan­tage la situa­tion finan­cière pour les orga­ni­sa­teurs, déjà fragi­li­sés par l’an­nu­la­tion des éditions 2020. 

Domi­nique Delorme (Les Nuits de Four­vière), Marie Rigaud (Le Prin­temps de Pérouges), Pierre-Marie Oullion (Nuits Sonores), Rémi Perrier (Musi­lac)

Côté budgets, les enve­loppes pour 2021 sont bien moins épaisses que celles des précé­dentes éditions. « Le budget pour 2021 est de l’ordre de 600 000 euros, contre envi­ron 3 millions d’eu­ros habi­tuel­le­ment », révèle Marie Rigaud. Même cas de figure pour Les Nuits de Four­vière où ce montant atteint 8,5 millions d’eu­ros cette année contre 13 millions d’eu­ros pour les éditions précé­dentes. Une nouvelle donne qui poursse chaque festi­val à s’ins­crire dans une logique de réduc­tion des coûts. Ainsi, le Prin­temps de Pérouges n’or­ga­ni­sera cette année aucun concert sur le site du Polo Club de l’Ain mais seule­ment une dizaine de soirées dans la cour du château de Chazey-sur-Ain, déjà inves­tie en 2019. De leur côté, Les Nuits de Four­vière divisent par trois leur nombre de scènes  (4 en 2021 contre 12 en 2019). « Chaque scène qu’on ouvre génère des coûts humains et maté­riels. Donc en rédui­sant le nombre de scènes, forcé­ment on réduit les coûts, explique le direc­teur Domi­nique Delorme. Et norma­le­ment, vous avez chaque année une instal­la­tion de la taille d’une petite ville en backs­tage du Grand Théâtre, pour le confort des gens qui travaillent. Cette année, on va devoir la réduire énor­mé­ment. Les condi­tions de travail seront un peu plus spar­tiates, mais ça nous permet de faire de grosses écono­mies. » 

« Ne pas mourir ! »

Les Nuits de Four­vière admettent avoir travaillé en lien étroit avec les artistes et produc­teurs pour « cali­brer le coût des spec­tacles » sur leur budget. « Les produc­tions des artistes ont fait des efforts. On a travaillé en bonne intel­li­gence avec tout le monde et chacun s’est adapté aux possi­bi­li­tés », insiste Domi­nique Delorme. L’objec­tif du direc­teur des Nuits de Four­vière, qui fête­ront cette année leur 75e anni­ver­saire, est clair : ne pas géné­rer de défi­cit en 2021 pour ne pas être endetté et hypo­thé­quer la program­ma­tion de 2022. « Pour l’ins­tant ça marche, notam­ment grâce aux entre­prises mécènes qui nous apportent un énorme soutien et grâce au soutien de la Métro­pole qui a main­tenu à l’iden­tique sa subven­tion de 2019 en 2020 et en 2021 », rapporte-t-il. 

Les pouvoirs publics (Ville et Métro­pole) ont aussi appuyé Nuits Sonores, tandis que le Prin­temps de Pérouges a pu comp­ter sur le soutien de la commu­nauté de communes de la Plaine de l’Ain, du dépar­te­ment de l’Ain, ainsi que de la Région. « C’est un peu la nouvelle donne et la bonne nouvelle. On se féli­cite d’avoir été entendu. Le festi­val a bien été aidé, ce qui nous permet d’as­su­rer notre péren­nité », commente Marie Rigaud. Seul Musi­lac s’es­time aujourd’­hui laissé de côté par le dépar­te­ment de la Savoie et la Région. « On a appro­ché Laurent Wauquiez par cour­rier mais depuis c’est silence radio. Nous ne voulons pas mourir ! On veut conti­nuer à produire et monter ce projet qui irrigue tout un terri­toire au niveau écono­mique », martèle Rémi Perrier. Le festi­val qui devait cette année accueillir des têtes d’af­fiche comme Angèle, Vian­ney ou PNL, a choisi de rembour­ser l’en­semble des festi­va­liers et a d’ores et déjà annoncé ses dates pour 2022. « On va se battre, ça ne va pas être facile, nos fonds propres sont légers. Mais on repart à l’aven­ture, d’au­tant que l’an­née prochaine, c’est l’an­née de nos 20 ans. » En espé­rant que la pandé­mie ne soit alors plus qu’un loin­tain souve­nir…

Le point au cas par cas

Les Nuits de Four­vière

Main­tenu du 27 mai au 31 juillet. Billet­te­rie ouverte depuis le 6 mai. « Nous avons 3200 places (hors distan­cia­tion) en jauge assise pour le Grand Théâtre, contre 4200 en temps normal. » Budget 2021 : 8,5 millions d’eu­ros contre 13 millions d’eu­ros en 2017, 2018 et 2019.

Jazz à Vienne (Isère)

Main­tenu du 23 juin au 10 juillet. Billet­te­rie ouverte depuis le 6 avril. « Avec la distan­cia­tion, on passe de 7500 places à moins de 4000. »

Musi­lac (Savoie)

Annulé. 90 000 spec­ta­teurs accueillis en 2019.

Le Prin­temps de Pérouges (Ain)

Main­tenu du 9 au 19 septembre sur le site du château de Chazey-sur-Ain : 1000 places hors distan­cia­tion. Billet­te­rie ouverte, concert de Sting repoussé en 2022. « Comme pour la plupart de nos collègues, la billet­te­rie met du temps à démar­rer. En plein confi­ne­ment, avec couvre-feu et aucune visi­bi­lité sur les mois qui viennent, les gens n’achètent que peu de billets. »

Nuits Sonores

Main­tenu du 20 au 25 juillet. Billet­te­rie ouverte depuis le 29 avril. Jauge de 2500 places. « On aura peut-être une édition compliquée écono­mique­ment, défi­ci­taire ou juste à l’équi­libre, mais on a à coeur de renouer avec le public, remettre nos équipes au travail et se recon­nec­ter avec nos béné­voles. »

Wood­sto­wer

Main­tenu du 24 au 29 août au Grand parc de Miri­bel-Jonage. Billet­te­rie ouverte. Jauge de 5000 places. « Ce ne sera pas un Wood­sto­wer habi­tuel mais le choix est fait de s’adap­ter pour enfin retrou­ver le public après un an sans festi­val. »

Remonter