La nouvelle garde poli­tique prend le pouvoir à Lyon

Ils sont les visages de la nouvelle génération politique qui s’installe aujourd’hui dans la métropole. Dans le sillon de Grégory Doucet à Lyon et Cédric Van Styvendael à Villeurbanne qui ont pris le pouvoir quatre ans après le raz-de-marée LREM des législatives de 2017, ces jeunes élus imposent leurs nouveaux codes dans un paysage marqué par deux décennies de « Collombie ».
Grégory Doucet, Cédric Van Styvendael et Jérémie Bréaud

L’entre-deux tours des dernières muni­ci­pales avait une saveur toute parti­cu­lière dans le 2e arron­dis­se­ment de Lyon. Avec la défaite au premier tour de Denis Broliquier, installé dans son fauteuil de maire depuis 2001, la Presqu’île s’est jouée entre deux nouveaux venus sur la scène poli­tique lyon­naise : Pierre Oliver, 27 ans (LR) et Valen­tin Lungens­trass, 25 ans (EELV). « Pendant la campagne, on m’a beau­coup dit que j’étais trop jeune pour être élu maire, détaille Pierre Oliver, le candi­dat fina­le­ment victo­rieux. Alors je répon­dais : ‘Mais vous savez, mon adver­saire est encore plus jeune que moi !’ » L’af­fron­te­ment, inédit, symbo­lise parfai­te­ment l’ar­ri­vée de cette nouvelle géné­ra­tion poli­tique dans la métro­pole, prête à impo­ser ses propres codes et carac­té­ris­tiques, sans non plus tomber dans le jeunisme à l’ex­cès. « On apporte une certaine fraî­cheur parce que nous ne sommes pas élus depuis 20 ans, mais ce serait trop facile de dire : ‘On est jeune, on va renver­ser la table. Les anciens, merci, rentrez chez vous’. Ça ne marche pas comme cela, la trans­mis­sion est très impor­tante et les élus plus expé­ri­men­tés nous permettent d’évi­ter certaines erreurs », concède Jéré­mie Bréaud, le maire (LR) de Bron (40 ans).

Mais les diffé­rences entre les nouveaux élus, arri­vés entre 2017 et 2020, et les figures instal­lées depuis plusieurs décen­nies sont nombreuses. À commen­cer par le style vesti­men­taire. À gauche comme à droite, la cravate « d’une autre époque et plus fran­che­ment moderne » selon Valen­tin Lungens­trass, 10e adjoint de Grégory Doucet, est beau­coup moins portée. À Villeur­banne, les adjoints de Cédric Van Styven­dael déam­bulent même en baskets dans les couloirs de la mairie. « Les codes vesti­men­taires sont beau­coup moins impor­tants et figés qu’au­pa­ra­vant, souligne Agathe Fort (37 ans), 3e adjointe à Villeur­banne. Cela change aussi le rapport et le contact qu’on a avec les habi­tants. Il n’y a plus cette verti­ca­lité entre les élus au-dessus, et la popu­la­tion en dessous. » À l’heure où les Français n’ont jamais aussi peu eu confiance en leurs respon­sables poli­tiques, les nouveaux élus jouent donc la carte de la proxi­mité. « Les Lyon­nais veulent avoir des respon­sables bien plus « normaux », des gens qu’ils peuvent notam­ment croi­ser au bar en bas de chez eux », avance Valen­tin Lungens­trass. « On sait ce que c’est d’être sala­rié, de travailler, de monter une entre­prise. Nous ne sommes pas forma­tés, avec des vieux réflexes. On amène du sang neuf et une nouvelle manière de voir les choses », prolonge Agathe Fort

Moins carrié­ristes

Issue en grande partie de la société civile, cette nouvelle géné­ra­tion « s’ins­crit moins dans une logique carrié­riste et oppor­tu­niste » selon Elliott Aubin, ancien respon­sable insou­mis. Une donnée liée notam­ment à la loi sur le cumul des mandats. « Aujourd’­hui dans une vie, on est amené à faire plusieurs choses. Je sais que je ne ferai sûre­ment pas carrière en poli­tique pendant 30 ou 40 ans », prévient Jéré­mie Bréaud. « Nous sommes prêts à réin­té­grer la vie civile après nos mandats, sans être tenus par la seule obses­sion de vouloir être réélus, ce n’est pas ce qui nous motive », pour­suit Audrey Hénocque (40 ans), 1e adjointe de Grégory Doucet à l’Hô­tel de Ville. « On est en train de chan­ger de modèle, avec des enga­ge­ments qui vont être beau­coup plus restreints sur la durée. La notion de carrière poli­tique est complè­te­ment dépas­sée. Je pense que le tradi­tion­nel parcours – maire, conseiller géné­ral, régio­nal, député, minis­tre… – sera bien­tôt périmé  », soutient de son côté le maire LR d’Écully, Sébas­tien Michel (42 ans).

Si les codes changent à vitesse grand V, la manière de faire de la poli­tique évolue tout aussi rapi­de­ment, avec une place consé­quente lais­sée aux réseaux sociaux. « La nouvelle géné­ra­tion a plus de faci­lité à jouer avec les réseaux sociaux, où le contact est plus direct avec les citoyens », rapporte notam­ment Andréa Kota­rac (32 ans), tête de liste RN aux dernières élec­tions régio­nales. « Les réseaux sociaux font que nous sommes beau­coup plus acces­sibles pour les habi­tants, et nous permettent de répondre aux ques­tions ou inter­pel­la­tions sur les travaux qu’on mène, note Valen­tin Lungens­trass. Cela créé une nouvelle forme d’in­te­rac­tion avec la popu­la­tion, complé­men­taire au terrain. »

Mais tous les élus ne se montrent pas si dithy­ram­biques sur le sujet, à l’image de la dépu­tée LREM Blan­dine Brocard (39 ans) : « Je regrette l’om­ni­pré­sence de ces réseaux sociaux dans la vie poli­tique. Cela soulève le problème du faire et du faire savoir. Certains sont des cham­pions de la commu­ni­ca­tion, mais derrière, vous n’avez que du vent. Je préfère avan­cer et faire dans l’ombre plutôt que devoir tout expo­ser ce que je fais. » D’au­tant que l’ins­tan­ta­néité des réseaux sociaux peut aussi jouer des tours à ceux qui ne tour­ne­raient pas sept fois leurs pouces avant de twee­ter. « J’ai le senti­ment que cette nouvelle géné­ra­tion est plus cash, plus directe. Quand je dois dire quelque chose qui peut être maladroit ou qui peut me desser­vir, je le dis quand même car on ne pourra pas me repro­cher ensuite de ne pas dire ce que je pense », énonce Pierre Oliver

L’in­verse du modèle Collomb

Le maire du 2e arron­dis­se­ment, proche de ses cama­rades de droite à Rillieux, Bron ou Écully, note parmi les autres carac­té­ris­tiques propres à cette nouvelle géné­ra­tion, « une vraie appé­tence à travailler plus collec­ti­ve­ment ». Il est rejoint sur ce point par Sébas­tien Michel, l’édile d’Écully : « Je ne sais pas comment faisaient nos prédé­ces­seurs mais cette approche plus colla­bo­ra­tive est hyper impor­tante. On se voit régu­liè­re­ment avec Pierre (Oliver), Jéré­mie (Bréaud) et Alexandre (Vincen­det), on échange beau­coup. On a envie de travailler collec­ti­ve­ment pour éviter les écueils parfois rencon­trés par nos prédé­ces­seurs. » Même cas de figure entre les adjoints à la mairie de Lyon. « L’un des chan­ge­ments les plus notables, c’est cette appé­tence à travailler en trans­ver­sa­lité entre les délé­ga­tions qui ne se faisait pas avant. Quand on gère un dossier, on adjoint systé­ma­tique­ment les collègues concer­nés de près ou de loin par ces théma­tiques », relève Camille Augey (30 ans), 11e adjointe de Grégory Doucet. « La prise de déci­sion se fait aussi beau­coup plus collec­ti­ve­ment, prolonge Audrey Hénocque. Elle n’est plus mise entre les mains d’un seul homme en haut de sa pyra­mide, comme ça a trop souvent été le cas jusqu’à il n’y a pas si long­temps… »

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