Prési­den­tielle 2022 : Laurent Wauquiez passe son tour

Le président LR de la région Auvergne-Rhône-Alpes ne sera pas sur la ligne de départ de la prochaine élection présidentielle. Comme Lyon Décideurs l’évoquait, dès le 21 juin, il joue la carte Michel Barnier face à Xavier Bertrand. Sans le dire officiellement, pour l’instant.

Le soutien appuyé de Michel Barnier à Laurent Wauquiez en fin de campagne du 1er tour des élec­tions régio­nales en Savoie n’avait rien d’ano­din. Et la longue et discrète entre­vue qui a suivi entre les deux hommes ce jour-là a marqué le début d’une alliance entre les deux hommes que rien ne lais­sait présa­ger au départ. N’avaient-ils pas été en concur­rence fron­tale, six ans aupa­ra­vant pour décro­cher l’in­ves­ti­ture aux régio­nales ? On se souvient des mots très durs de Michel Barnier à l’égard de Nico­las Sarkozy lors d’un déjeu­ner du Club de la presse de Lyon, parlant de « manque­ment à la parole donnée ».

Six ans plus tard, tout est oublié. Et c’est bien un deal que les deux hommes ont passé pour barrer la route à Xavier Bertrand et Valé­rie Pécresse, les deux ex-LR. Michel Barnier, lui, n’a jamais quitté LR et Laurent Wauquiez est resté popu­laire auprès des mili­tants. La légi­ti­mité de l’in­té­rieur face aux candi­dats de l’ex­té­rieur… Il y a bien aussi le méde­cin Philippe Juvin et le ques­teur de l’As­sem­blée natio­nale, Eric Ciotti, qui font entendre leur petite musique, sans être les premiers violons de l’or­chestre.

« Le moment n’est pas venu »

Mais l’ac­cord Barnier-Wauquiez place l’an­cien négo­cia­teur euro­péen du Brexit en pôle posi­tion pour la primaire à droite. Reste que Xavier Bertrand ne cesse de répé­ter qu’il ne se soumet­tra à aucun proces­sus de dési­gna­tion en forme de primaire et sera candi­dat quoi qu’il en soit. Deux candi­dats à droite alors ? « Ce serait du suicide », explique Stépha­nie Pernod, 1er vice-prési­dente LR de la Région. Et d’ajou­ter : « Qu’ils s’en­tendent ! S’il y a deux candi­dats de droite au 1er tour de la prési­den­tielle, je ne vote­rai pas. S’il y en a qu’un, je vote­rai pour lui ». Bref, l’au­tomne s’an­nonce torride à droite.

Plus jeune de tous les candi­dats poten­tiels de la droite, Laurent Wauquiez a donc choisi de passer son tour en 2022, se disant sans doute qu’a­près tout, il n’aura « que » 52 ans en 2027 ou 57 ans en 2032. « Etre candi­dat à l’élec­tion prési­den­tielle, c’est une déci­sion que l’on prend, non parce qu’on en a envie, mais parce que c’est un moment où on se sent en situa­tion de rassem­bler son camp et de réunir les Français. Je consi­dère que, pour moi, ce moment n’est pas venu », déclare Laurent Wauquiez dans un tweet posté peu avant 19 heures. « Je ne veux pas ajou­ter de la divi­sion à la divi­sion », ajoute le président d’Auvergne-Rhône-Alpes qui voit avec inquié­tude se multi­plier les candi­da­tures à droite. Et de tacler Xavier Bertrand : « certains candi­dats expliquent même qu’ils se présen­te­ront sans accep­ter de règle commune ».

50 ans d’en­ga­ge­ment poli­tique

Aucune mention du deal avec Michel Barnier. Mais nul doute que si le vent tourne favo­ra­ble­ment pour le Savoyard, le président de la Région Auvergne-Rhône-Alpes ne sera pas oublié. A 70 ans, Michel Barnier livre son dernier grand combat poli­tique, après avoir été le négo­cia­teur euro­péen du Brexit jusqu’en décembre 2020. Celui qui fut le benja­min de l’As­sem­blée natio­nale en 1978, à 27 ans, conseiller géné­ral de Savoie à 22 ans et jeune gaul­liste de l’UJP dès 16 ans, président du Conseil géné­ral de Savoie à 31 ans, plusieurs fois ministres, deux fois commis­saire euro­péen, est aussi l’homme des JO d’Al­bert­ville en 1992 avec Jean-Claude Killy.

Une candi­da­ture aux JO d’hi­ver qui empê­cha alors Paris d’avoir toutes ses chances pour les JO d’été. Ce qui explique que les rela­tions de Michel Barnier avec Jacques Chirac ne furent jamais chaleu­reuses. Après un demi-siècle d’en­ga­ge­ment poli­tique, Michel Barnier veut finir sa carrière à l’Ely­sée. C’est son parti, cet automne, puis les élec­teurs, en avril 2022, qui en déci­de­ront. Il a annoncé sa candi­da­ture au JT de TF1, ce soir : « j’ai pris la déci­sion d’être candi­dat à l’élec­tion prési­den­tielle. Les temps qui sont devant nous sont des temps exigeants et graves.(…) J’ai l’am­bi­tion d’être le président d’une France récon­ci­liée« , a déclaré Michel Barnier.

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