Kem One bien­tôt vendu à Apollo

Alain de Krassny est entré en négociation exclusive avec les Fonds Apollo en vue de céder Kem One d’ici à la fin de l’année. Acteur européen majeur dans la production de PVC, Kem One a connu un redressement spectaculaire après son dépôt de bilan en 2013. Et ce grâce à 500 millions € d’investissements. L’entreprise vise le milliard d’euros de chiffre d’affaires en 2021
Photo : Laurent Cérino

Huit ans après avoir sauvé Kem One, Alain de Krassny s’ap­prête à passer le relais à un nouvel action­naire chez Kem One. Et pas n’im­porte qui, en l’oc­cur­rence, puisqu’il s’agit du fonds améri­cain Apollo qui détient tout simple­ment 472 milliards de dollars d’ac­tifs sous gestion. Basé à New York, Apollo n’est pas inconnu à Lyon puisqu’il déte­nait le terrain du site du Puisoz à Vénis­sieux en 2006 sur lequel l’OL lorgnait pour son Grand Stade. L’af­faire avait tourné court, compte tenu du prix exigé par Apollo qui propo­sait de surcroit une opéra­tion foncière à 50–50 à l’OL. D’où l’aban­don du projet parti à Décines où Jean-Michel Aulas put acqué­rir le foncier pour une bouchée de pain.

Le dossier Kem One repré­sente un bel exemple de redres­se­ment indus­triel spec­ta­cu­laire pour une entre­prise contrainte au dépôt de bilan début 2013, après une cession mal maîtri­sée l’an­née précé­dente par Arkema à l’homme d’af­faires améri­cain Gary Klesch. Pour sauver le 2e produc­teur euro­péen de PVC, ses 1 400 sala­riés (sept sites en France dont Lyon où se trouve son siège social, Saint-Fons et Balan dans l’Ain), la mobi­li­sa­tion géné­rale est totale. Du préfet, Jean-François Carenco, et de l’ad­mi­nis­tra­teur judi­ciaire, M°Bruno Sapin, aux syndi­cats, en passant par le direc­teur géné­ral et, surtout, le repre­neur Alain de Krassny, l’union sacrée permet à Kem One de se redres­ser à la vitesse grand V.

Un fonds qui connaît l’in­dus­trie et la chimie

Quand le tribu­nal de commerce de Lyon remet les clés de la maison à Alain de Krassny, ce dernier dispose d’une belle expé­rience de redres­se­ment d’en­tre­prises en Autriche. Sa feuille de route est milli­mé­trée. Elle recense une centaine d’ac­tions à enga­ger : entre autres, des inves­tis­se­ments massifs à hauteur de 500 millions € pour abais­ser les coûts de produc­tion et prendre en compte les enjeux envi­ron­ne­men­taux. Gros consom­ma­teur d’éner­gie, Kem One a, par exemple, réduit de moitié sa consom­ma­tion de vapeur sur le site de Lavéra en 5 ans (de 1,2 million de tonnes à 600 000 tonnes). L’en­ga­ge­ment finan­cier de l’Etat, à hauteur d’une centaine de millions €, l’al­lè­ge­ment de la dette négo­ciée par Bruno Sapin et le redé­mar­rage grâce aux inves­tis­se­ments, permettent à Kem One de reve­nir à l’équi­libre dès 2015, puis d’être posi­tif en 2017, de 50 millions €. Tant et si bien que Kem One rembourse toutes ses dettes en 2018 avec six ans d’avance. Et traverse la crise sani­taire en 2020 plus que correc­te­ment.

Le projet de cession de Kem One aux Fonds Apollo, pour lequel les deux acteurs ont signé vendredi une option de vente devrait être fina­lisé d’ici à la fin de l’an­née. Alain de Krassny, qui souf­flera ses 79 bougies très bien­tôt, et n’avait pas trouvé, au sein de sa famille, de repre­neur inté­ressé, cher­chait un acqué­reur connais­sant bien le monde de l’in­dus­trie (plus parti­cu­liè­re­ment de la chimie) avec la volonté de pour­suivre les inves­tis­se­ments enga­gés. Deux condi­tions remplies par Apollo. « Je suis très fier de ce que nous avons accom­pli depuis fin 2013, déclare Alain de Krassny. Aujourd’­hui, Kem One a des fonda­tions solides. Je suis convaincu que les ambi­tions d’Apollo permet­tront d’ac­cé­lé­rer le déve­lop­pe­ment de Kem One ». De son côté, Samuel Fein­stein, asso­cié chez Apollo, précise : « nous avons une longue expé­rience de l’in­dus­trie et nous serions ravis de mettre à profit notre exper­tise et notre capi­tal pour soute­nir l’équipe talen­tueuse de Kem One dans cette nouvelle phase de crois­sance ».

Le mana­ge­ment actuel conforté

Après appro­ba­tion de la cession par les auto­ri­tés de la concur­rence et régle­men­taires et après le proces­sus d’in­for­ma­tion/consul­ta­tion des instances repré­sen­ta­tives du person­nel, le mana­ge­ment actuel de Kem One devrait pour­suivre sa mission. «  Je suis très fier d’avoir porté le projet Kem One aux côtés d’Alain de Krassny et des résul­tats que nous avons atteints, ajoute Frédé­ric Chal­min, direc­teur géné­ral de Kem One. Cette réus­site nous permet d’en­vi­sa­ger aujourd’­hui une nouvelle phase de déve­lop­pe­ment grâce à la puis­sance finan­cière d’Apollo et j’aborde cette nouvelle étape avec enthou­siasme ».

Le chiffre d’af­faires de Kem One qui avait baissé à 800 millions € en 2020, devrait atteindre le milliard € en 2021, en forte crois­sance.

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