OL Groupe : Jean-Michel Aulas, une vente et des ques­tions

L’homme d’affaires américain John Textor est entré mi-juin en négociations exclusives avec OL Groupe pour acquérir la totalité des actions détenues par Pathé, IDG Capital et Holnest, la holding de Jean-Michel Aulas, soit 66,56 % du capital. L’arrivée de ce nouvel actionnaire majoritaire, qui s’est présenté à la presse fin juin, suscite plusieurs interrogations.
Photo Romane Thevenot

D’où vient la fortune de John Textor?

En deve­nant le futur action­naire majo­ri­taire de l’OL, John Textor ouvre, à 56 ans, une nouvelle page de sa longue carrière profes­sion­nelle. Ancien skateur de haut niveau, l’homme d’af­faires s’est d’abord révélé dans le cinéma, à la prési­dence du studio d’ef­fets spéciaux Digi­tal Domain, puis dans les nouvelles tech­no­lo­gies (holo­grammes, réalité virtuelle, strea­ming). En 2021, via sa holding Eagle Foot­ball, il se tourne vers le ballon rond et reprend les clubs de Bota­fogo au Brésil, de Molen­beek en Belgique, et rachète 40 % des parts de Crys­tal Palace, en Angle­terre.

Pour son arri­vée à Lyon, il s’en­toure de ses deux richis­simes amis : Jamie Salter, proprié­taire de Reebok et d’une tren­taine d’autres marques, ainsi que Bill Foley, le proprié­taire de l’équipe de hockey de Las Vegas. Les trois hommes inves­tissent à l’OL en fonds propres et apportent ainsi les garan­ties finan­cières qu’un Foster Gillett – autre candi­dat poten­tiel à la reprise du club – n’a pas été en mesure de présen­ter.

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Pourquoi Jean-Michel Aulas revend-il ses parts?

Alors qu’on imagi­nait John Textor reprendre seule­ment les parts mises en vente par Pathé (19,26 % du capi­tal) et IDG (19,74 %), l’in­ves­tis­seur améri­cain va aussi acqué­rir les parts d’Holnest (27,56 %), la holding fami­liale de Jean-Michel Aulas. Un choix éton­nant sur lequel le boss de l’OL ne s’est pas encore exprimé.

Faut-il y voir un simple accord entre les deux hommes, permet­tant au président histo­rique de l’OL de conser­ver son poste pendant au moins trois ans, ou bien la volonté pour JMA de prépa­rer sa sortie à 73 ans, après des derniers mois compliqués et éprou­vants ? « Aulas ne pren­dra jamais de recul, fait savoir un proche du président. C’est un mec comme Alain Mérieux ou Chris­tian Latouche, des gens qui ne s’ar­rê­te­ront jamais. Il suffit de voir qu’il siège encore aujourd’­hui à la FFF et à l’UEFA, et en très bonne place. » À l’is­sue des négo­cia­tions, Jean-Michel Aulas va par ailleurs rejoindre la direc­tion de la struc­ture Eagle Foot­ball, pour soute­nir son déve­lop­pe­ment et celui des clubs affi­liés.

Photo Romane Theve­not

Jean-Michel Aulas aura-t-il son mot à dire dans cette nouvelle direc­tion bicé­phale?

Pour la première fois depuis son arri­vée à la prési­dence de l’OL en 1987, Jean-Michel Aulas ne sera pas le prin­ci­pal déci­sion­naire du club. Une situa­tion nouvelle qu’il devra gérer en bonne intel­li­gence, même si John Textor a annoncé ne pas vouloir marcher sur ses plates- bandes : « Je suis ici en tant que ressource, je ne prends pas de déci­sions liées au spor­tif. Ce sera à Jean-Michel de les prendre. Il sait gérer une entre­prise et mener sa barque, je pense qu’il est assez à l’aise pour qu’on le laisse faire ce qu’il a toujours fait jusqu’à aujourd’­hui. » Et l’in­ves­tis­seur améri­cain de confir­mer qu’il s’ap­puiera bien sur le trium­vi­rat Aulas – Ponsot – Chey­rou en place aujourd’­hui : « L’OL fait partie des 20 plus grands clubs au monde. Pourquoi j’ar­ri­ve­rais ici avec l’am­bi­tion de chan­ger les choses ? » De quoi lais­ser une grande liberté à l’équipe actuelle ? « Textor a dit au club et dans la presse au Brésil que sa prio­rité, c’était de construire Bota­fogo, prolonge une source proche du dossier. Donc, il est bien content d’avoir quelqu’un comme Jean-Michel Aulas pour gérer le truc à Lyon pendant qu’il sera occupé au Brésil. »

Tony Parker a-t-il joué un rôle dans les négo­cia­tions ?

Lors de sa présen­ta­tion face à la presse à Décines fin juin, John Textor a rappelé son atti­rance pour l’en­semble de l’éco­sys­tème OL (sport et loisirs), en multi­pliant notam­ment les réfé­rences au basket (équipes mascu­line et fémi­nine de l’As­vel, LDLC Arena…). De quoi lais­ser suppo­ser qu’un certain Tony Parker, quadruple cham­pion NBA, figure bien connue aux États- Unis et membre du conseil d’ad­mi­nis­tra­tion d’OL Groupe, aurait pu jouer un rôle dans les discus­sions avec l’homme d’af­faires améri­cain ? « Non, Tony Parker n’a pas eu d’in­fluence sur les négo­cia­tions. Cela s’est joué entre les banques, les avocats respec­tifs et la direc­tion de l’OL », renseigne un connais­seur du dossier.

L’an­cien basket­teur et président de l’Asvel, éton­nam­ment absent lors de cette fameuse confé­rence de presse (malgré la présence de plusieurs autres membres du conseil d’ad­mi­nis­tra­tion), avait prévu de rencon­trer le futur action­naire majo­ri­taire du club fin juin. « John m’a écrit le lende­main du rachat, il est content que je sois impliqué dans le projet. Je n’ai pour l’ins­tant aucune idée de ce qu’il veut faire avec le basket. Va-t-il inves­tir des fonds ? Je ne sais pas, j’at­tends de lui parler et on verra », souf­flait-il dans une inter­view accor­dée à L’Équipe. Pour rappel, OL Groupe détient 33 % du capi­tal du club de basket triple cham­pion de France en titre.

Photo Susie Waroude

Tony Parker sera-t-il le prochain président de l’OL ?

Régu­liè­re­ment annoncé comme le succes­seur de Jean-Michel Aulas, Tony Parker sera-t-il dési­gné président de l’OL à l’is­sue des trois (dernières ?) années de mandat du patron histo­rique ? « Tony fait beau­coup de choses, mais il inves­tit peu ses deniers person­nels. Alors forcé­ment, ça complexi­fie les possi­bi­li­tés pour lui, souligne un proche du club. Dans l’hy­po­thèse où quelqu’un devrait prendre la suite de JMA, je ne pense pas que ce soit lui. Ou bien il monte au capi­tal et met a minima 200 millions sur la table. Mais si tu veux être un peu plus haut dans ce club, soit tu amènes des capi­taux, soit tu fais partie d’Eagle Foot­ball, ce qui n’est pas son cas pour le moment. »

De son côté, l’an­cienne star de la NBA, vite impa­tient, accep­tera-t-il d’at­tendre encore trois ans avant d’es­pé­rer éven­tuel­le­ment arri­ver à la tête de l’OL ? Rien n’est moins sûr.

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