Emlyon : la CCI garde les rênes aux côtés de Gali­leo

La CCI Lyon Métropole va rester l’actionnaire majoritaire d’emlyon à 51% tandis que Galileo, leader européen de l’enseignement supérieur privé, prendra 46% et se substitue au fonds Qualium qui se retire 3 ans après son arrivée. Une opération qui permet à l’école lyonnaise d’ouvrir 4 campus à court terme à Londres, Milan, Berlin et Oslo, tandis que l’école déménagera d’Ecully à Lyon Gerland en septembre 2024.

« L’ar­ri­vée de Gali­leo à emlyon est un signal fort pour le secteur. Les grandes manœuvres vont se pour­suivre dans d’autres écoles. Avoir un leader euro­péen, voire demain mondial qui se posi­tionne ainsi, ce n’est pas neutre ». C’est un acteur lyon­nais du monde des écoles privées, fin connais­seur de l’en­sei­gne­ment supé­rieur qui salue l’opé­ra­tion ainsi l’opé­ra­tion autour d’emlyon. A dire vrai, on est en droit de se deman­der pourquoi Gali­leo n’a pas répondu d’em­blée à l’ap­pel à candi­da­tures de la CCI Lyon Métro­pole en 2019, lors du proces­sus de priva­ti­sa­tion de l’école amorcé avec la trans­for­ma­tion juri­dique d’emy­lon deve­nue une société anonyme en 2018.

Certes, dans un 1er temps, ils avaient marqué un inté­rêt et faisaient partie du premier lot des candi­dats. Mais, quand il s’est agi de confir­mer, Gali­leo a passé son tour, lais­sant Qualium, Eura­zéo et un troi­sième candi­dat s’ex­pliquer en finale. On se souvient qu’à l’époque Bruno Bonnell, président du conseil d’ad­mi­nis­tra­tion et Bernard Belle­tante, vice-président du conseil de surveillance, qui venait d’in­tro­ni­ser Tawhid Chtioui à la direc­tion de l’école, pous­saient pour la solu­tion Eura­zéo, tandis que la CCI et son président, Emma­nuel Imber­ton, les déci­sion­naires, choi­sis­saient le tandem Qualium (fonds récent adossé à la Caisse des Dépôts)-Bpifrance avec le message suivant : emlyon a besoin d’im­por­tants moyens finan­ciers pour assu­rer son déve­lop­pe­ment que la CCI n’est pas en mesure de mobi­li­ser dans un contexte géné­ral des chambres consu­laires pour le moins tendu sur le plan finan­cier. S’en­sui­vait, fin 2019/début 2020, une période mouve­men­tée avec le départ du direc­teur d’emlyon, 9 mois tout juste après son arri­vée, Bruno Bonnell et Bernard Belle­tante, ayant quant à eux, quitté leurs fonc­tions.

40 millions appor­tés par Qualium

L’aug­men­ta­tion de capi­tal de 100 millions d’eu­ros, actant l’ar­ri­vée de Qualium, était séquen­cée avec un premier apport de 40 millions contre 33% du capi­tal, tandis que les 60 autres millions d’eu­ros devaient être versés au fur et à mesure des besoins de l’école. « Avec la crise sani­taire, beau­coup de projets ont été gelés et il n’y a pas eu de dossiers signi­fi­ca­tifs présen­tés en termes d’ac­qui­si­tions ». Donc, pas de mobi­li­sa­tion des 60 autres millions qui auraient permis à Qualium de monter en puis­sance, la CCI gardant, quoi qu’il en soit, au mini­mum une mino­rité de blocage. Sur le plan opéra­tion­nel, la nouvelle direc­trice géné­rale et prési­dente du direc­toire, Isabelle Huault (photo), arri­vée en septembre 2020 de Paris Dauphine, s’est char­gée de mettre fin à la guerre des égos agitant l’école et de redé­fi­nir la stra­té­gie de l’école avec, en ligne de mire le démé­na­ge­ment à Gerland programmé pour 2024 (un inves­tis­se­ment de 120 millions d’eu­ros financé par emprunt bancaire). C’est alors que Gali­leo Global Educa­tion est revenu dans la danse, faisant savoir à la CCI Lyon Métro­pole tout l’in­té­rêt qu’il pouvait porter à emlyon. Objec­tif : être l’opé­ra­teur indus­triel de l’école, tout en accep­tant que la CCI en reste l’ac­tion­naire majo­ri­taire. Sur ces bases, l’ac­cord a, somme toute, été trouvé assez faci­le­ment, avec un dernier round de négo­cia­tions cet été, Bpifrance, déjà présent au tour de table d’emlyon et action­naire de Gali­leo, jouant les go-between.

54 écoles dans 13 pays et 170 000 étudiants

Gali­leo Global Educa­tion est un leader euro­péen de l’en­sei­gne­ment supé­rieur privé contrô­lant 54 écoles dans 13 pays qui repré­sentent 170 000 étudiants dont 110 000 en France. Parmi les réfé­rences de Gali­leo, le Cours Florent, Pren­nin­ghen, Paris School Busi­ness. Gali­leo est détenu à 40% par Thétys (holding de la famille Bétten­court), 38% par un fonds souve­rain cana­dien, 10% par Bpifrance et par un fonds euro­péen). L’en­trée de Gali­leo va s’ef­fec­tuer via une augmen­ta­tion de capi­tal de 50 millions d’eu­ros, tandis que Qualium va céder sa parti­ci­pa­tion. A l’is­sue de ce proces­sus, la CCI contrô­lera 51% d’em­lyon, Gali­leo et Bpifrance possé­de­ront 46%, les sala­riés 2% (et 1% d’au­to­con­trôle). Des entre­prises emblé­ma­tiques de la région lyon­naise, dont bioMé­rieux, parti­ci­pe­ront aussi au tout de table. « On passe d’un action­naire -fonds d’in­ves­tis­se­ment- à un indus­triel du secteur, qui a iden­ti­fié emlyon comme un fleu­ron. Avec Gali­leo, emlyon qui était déjà présent à Lyon, Paris, Saint-Etienne, en Inde, Chine et au Maroc, va pouvoir renfor­cer son déve­lop­pe­ment inter­na­tio­nal en dispo­sant, à court terme, de 4 campus supplé­men­taires à Londres, Milan, Berlin et Oslo », explique Yves Chavent, 1er vice-président de la CCI Lyon Métro­pole, repré­sen­tant de cette dernière au conseil de surveillance d’emlyon et négo­cia­teur de l’opé­ra­tion. Cette nouvelle étape s’ins­crit dans la conti­nuité de la vision de la CCI pour faire d’em­lyon une global busi­ness univer­sity figu­rant dans le top 15 euro­péen. De son côté, Isabelle Huault, prési­dente du direc­toire et direc­trice géné­rale de l’école ajoute : « cette évolu­tion permet­tra de doter emlyon de nouveaux leviers immé­diats et de long terme pour accé­lé­rer le déploie­ment de son plan stra­té­gique, tout en réaf­fir­mant son anima, ses valeurs et son enga­ge­ment au service de ses étudiants, de son corps acadé­mique d’ex­cel­lence, de ses sala­riés et de ses alumni ».

120 millions d’eu­ros de chiffre d’af­faires

Emlyon accueille près de 9 000 étudiants de 121 natio­na­li­tés dans ses 6 campus avec 170 profes­seurs cher­cheurs inter­na­tio­naux. Entre­prise à mission, emlyon est enga­gée dans « un plan stra­té­gique Confluences 2025, visant à hisser l’école au rang des meilleures insti­tu­tions euro­péennes et mondiales autour de trois axes : inter­na­tio­na­li­sa­tion, hybri­da­tion et digi­ta­li­sa­tion ». Avec un chiffre d’af­faires de 120 millions d’eu­ros en 2021 (contre 100 millions en 2019), l’école propose un PGE (programme grande école) à 15 000 € la scola­rité annuelle et lance un BBA, cette rentrée à Lyon. L’école inté­grera son nouveau campus dans le 7e à Lyon en septembre 2024, les bâti­ments étant livrés au prin­temps. Les oraux de recru­te­ments des étudiants, en juin 2024, devraient commen­cer dans le nouveau campus.

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