Léon de Lyon, Insti­tut Paul Bocuse : l’été très agité de Jérôme Bocuse

Jérôme Bocuse, le fils du plus célèbre des chefs lyonnais, a annoncé à la mi-août s’être rapproché de Laurent Gerra, récent repreneur de Léon de Lyon et du Chanteclair. Les deux hommes ont l’ambition de « sauver » ces deux maisons historiques, symboles du patrimoine culinaire lyonnais. En parallèle, celui qui pilote désormais l’empire Bocuse mène depuis plusieurs mois une bataille judiciaire contre l’Institut Paul Bocuse autour de l’utilisation du nom et de la marque Bocuse.

C’est l’autre infor­ma­tion majeure de cet été dans le secteur de la gastro­no­mie lyon­naise. Outre la revente en juin dernier de La Mère Brazier par Mathieu Vian­nay à l’homme d’af­faires borde­lais Matthieu Gufflet, Laurent Gerra annonçait mi-août avoir repris 100% du capi­tal de Léon de Lyon, du Chan­te­clair et de Pléthore & Baltha­zar, les restau­rants déte­nus par Fabien Chalard et Julien Géliot, des Gastro­no­mistes. L’épi­logue d’un long feuille­ton, dont l’is­sue semblait inéluc­table tant l’idylle entre le couple d’en­tre­pre­neurs et l’hu­mo­riste, parte­naires depuis 2018 et la reprise de Léon de Lyon au restau­ra­teur Jean-Paul Lacombe, s’était étio­lée ces derniers mois.

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Désor­mais seul aux manettes de ces établis­se­ments, Laurent Gerra s’est alors tourné vers Jérôme Bocuse pour l’épau­ler dans la reprise de ces maisons iconiques, symboles du patri­moine culi­naire lyon­nais. « Les premiers contacts remontent au mois de janvier. Laurent nous a dit qu’il était très inquiet quant à l’ex­ploi­ta­tion de certains restau­rants, renseigne Paul-Maurice Morel, direc­teur géné­ral asso­cié des Maisons Bocuse. Il sentait que ça n’al­lait pas dans bon sens et nous a demandé de pouvoir le soute­nir au niveau de l’ex­ploi­ta­tion. Ce que Jérôme a bien évidem­ment accepté. » 

Entre les mains des banquiers

Jérôme Bocuse et Laurent Gerra, proches depuis long­temps, vont main­te­nant enta­mer des discus­sions avec les parte­naires bancaires, bailleurs et créan­ciers pour « sauver » ces établis­se­ments de la Presqu’île et de la Croix-Rousse. Car c’est bien d’un sauve­tage dont il est ques­tion dans ce dossier. « Notre prio­rité, c’est de préser­ver le Léon de Lyon et le Chan­te­clair qui sont deux joyaux. Mais on ne le fera pas sans le soutien des parte­naires bancaires et finan­ciers. Ce sont eux qui ont les choses en mains désor­mais, et la clé pour préser­ver ces acti­vi­tés », prolonge Paul-Maurice Morel, qui espère un dénoue­ment posi­tif d’ici mi-septembre. 

Laurent Gerra, dans son restau­rant Léon de Lyon ©Marie-Eve Brouet

En cas d’ac­cord, Léon de Lyon ne passera pas pour autant sous pavillon Bocuse, aux côtés des sept bras­se­ries (Le Nord, Le Sud, L’Est, L’Ouest, Lumières, Louvre et Irma) et des deux restau­rants (Fond Rose et Margue­rite) du groupe. « Seul Jérôme Bocuse peut déci­der de l’usage du nom Bocuse pour un établis­se­ment à Lyon ou aux quatre coins du monde et il n’a pas eu l’idée de l’adjoindre dans ce cas précis pour l’ins­tant, souligne le direc­teur géné­ral asso­cié des Maisons Bocuse. Léon de Lyon, c’est une entité qui vit d’elle-même, ancien­ne­ment deux étoiles au Miche­lin. Il suffit de voir l’en­goue­ment suscité par l’an­nonce de cette reprise sur les réseaux sociaux pour voir que les clients vont être là. » Le groupe déploiera donc des acti­vi­tés supports pour l’ex­ploi­ta­tion de ces établis­se­ments, en soutien des équipes de Laurent Gerra. « Et l’oi­seau volera de ses propres ailes quand on aura appris à voler ensemble », souffle le diri­geant. 

Bataille juri­dique contre l’Ins­ti­tut

Mais l’été de Jérôme Bocuse, qui vit aux Etats-Unis mais vient une fois par mois envi­ron à Lyon, n’a pas été secoué par ce seul rappro­che­ment avec Laurent Gerra. Le fils de Monsieur Paul mène depuis de longs mois une bataille juri­dique contre l’Insti­tut Paul Bocuse, l’école des arts culi­naires et des métiers de l’hô­tel­le­rie d’Écully, du fait d’un litige sur l’uti­li­sa­tion du nom et de la marque Bocuse. Alors qu’il veille depuis le décès de son père à préser­ver l’hé­ri­tage de ce patro­nyme inter­na­tio­na­le­ment respecté, il déplore aujourd’­hui dans une lettre adres­sée aux étudiants « des chan­ge­ments profonds et boule­ver­se­ments orga­ni­sa­tion­nels qui ternissent et malmènent l’image de Paul Bocuse, et instru­men­ta­lisent le nom Bocuse pour trans­for­mer le projet péda­go­gique en projet marke­ting global. »

Jérôme Bocuse s’étonne ainsi de voir fleu­rir des parte­na­riats en tous genres entre l’école et d’autres parties, sous-couvert du célèbre patro­nyme. Du côté de la famille, on explique pour­tant que le contrat initial prévoyait une utili­sa­tion du nom Bocuse limi­tée aux acti­vi­tés d’en­sei­gne­ment, d’hô­tel­le­rie et de restau­ra­tion, pour éviter les confu­sions entre les acti­vi­tés de l’école et celles de la famille. Jérôme Bocuse a donc choisi de porter l’af­faire devant la justice. « Le nom Bocuse, ce n’est pas un pin’s. C’est d’abord un homme, Paul Bocuse, une famille, des profes­sion­nels. À partir du moment où l’Ins­ti­tut ne respecte pas les termes de ce contrat, les diffi­cul­tés arrivent », justi­fie Paul-Maurice Morel.

Jérôme Bocuse et Paul-Maurice Morel

Le direc­teur géné­ral asso­cié des Maisons Bocuse livre par ailleurs sa version des faits quant à la suppo­sée rede­vance exigée par Jérôme Bocuse à l’Ins­ti­tut pour l’au­to­ri­ser à garder son nom : « On ne peut pas dire que Jérôme a demandé des millions à l’Ins­ti­tut ! Au contraire, il était même prêt à prolon­ger gratui­te­ment au-delà des dates initiales et à prendre à sa charge le contrôle interne du respect du contrat d’usage. » Domi­nique Girau­dier, le direc­teur de l’école, assure de son côté dans un cour­rier envoyé aux étudiants « qu’au­cune action n’a été menée de façon lucra­tive, en utili­sant anor­ma­le­ment le nom de Paul Bocuse ». L’af­faire sera jugée devant les tribu­naux courant 2023.

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