Place du Marché ne voit pas venir de repre­neur

Sauf surprise de dernière minute, Place du Marché (ex Toupargel) se dirige vers une liquidation judiciaire le 11 janvier en l’absence de repreneur. Une réunion du CSE est programmée ce mercredi 4 janvier. En 3 ans, les Bahadourian ont investi près de 70 millions d’euros sans parvenir à redresser la barre.

L’inquié­tude gran­dit chez Place du Marché, l’ex Toupar­gel. Pour la 2ème fois en quatre ans, le groupe spécia­lisé dans la livrai­son à domi­cile de produits surge­lés est passé par la case sauve­garde puis redres­se­ment judi­ciaire. Sauf que, cette fois-ci, aucun repre­neur ne semble se mani­fes­ter. En 2019, la famille Tché­nio avait assumé le dépôt de bilan et se disait prête à accom­pa­gner un repre­neur, en inves­tis­sant aux côtés d’un nouveau proprié­taire. Dans la dernière ligne, le Tribu­nal de commerce de Lyon avait confié, fin 2019, les clés du camion aux frères Baha­dou­rian et à eux seuls, au grand désar­roi de Roland Tché­nio, repre­neur de l’en­tre­prise en 1982 avec son frère Maurice et qu’il avait dirigé jusqu’en 2013 avant de passer le relai à son neveu Romain Tché­nio, à l’is­sue d’une phase tran­si­toire asso­ciant aussi Jacques-Edouard Char­ret, ex diri­geant chez Casino et chez Quick France.

70 millions d’eu­ros inves­tis par les Baha­dou­rian

Les frères Léo et Patrick Baha­dou­rian, cofon­da­teurs et action­naires de Grand Frais, avaient écha­faudé un solide plan de reprise, repre­nant 2 300 sala­riés et l’es­sen­tiel des acti­vi­tés du groupe lyon­nais. Une stra­té­gie basée sur une diver­si­fi­ca­tion s’éten­dant aux produits frais et d’épi­ce­rie en faisant appel au boucher et à l’épi­cier de Grand Frais, mais aussi à un grand froma­ger lyon­nais Celle­rier et en rebap­ti­sant le groupe du nom de Place du Marché début 2021, la plate­forme créé au début des années 2000 par Roland Tché­nio, déjà soucieux de diver­si­fier l’offre du groupe pour qu’il ne dépende pas que du seul univers des surge­lés.

« On ne peut pas dire que les nouveaux action­naires n’ont pas été à la hauteur », déclare une source proche du tribu­nal de commerce de Lyon. De fait, en addi­tion­nant le coût de l’achat de Toupar­gel, le finan­ce­ment des inves­tis­se­ments pour relan­cer l’en­tre­prise avec le lance­ment de Place du Marché et les pertes consta­tées au bout du compte, ce sont sans doute pas loin de 70 millions d’eu­ros que les Baha­dou­rian auront injec­tés dans le groupe lyon­nais, pour fina­le­ment jeter l’éponge cet automne, en deux temps : sauve­garde fin octobre puis mise en redres­se­ment judi­ciaire pour faci­li­ter une cession de la société.

Elu service client 2023

Alors que tout est en place avec 700 livreurs dans tout l’Hexa­gone et une capa­cité de livrer presque toutes les communes du pays, hormis Paris et la Corse et que Place du Marché a été élu « service client de l’an­née 2023 » dans la caté­go­rie vente à distance alimen­taire (étude BVA – Viséo CI), l’ac­ti­vité n’est pas suffi­sante pour assu­rer la péren­nité de l’en­tre­prise prési­dée depuis l’été 2020 par Brieuc Fruchon (photo), passé aupa­ra­vant chez Pomona. « Ce qui est en jeu, c’est le modèle écono­mique sur lequel repose Place du Marché. Trop d’évé­ne­ments sont venus contra­rier le plan de redres­se­ment. Des éléments exté­rieurs que la direc­tion quali­fie d’im­pré­vi­sibles et incon­trô­lables. La crise sani­taire, l’in­fla­tion, la tension très forte sur les prix dans la grande distri­bu­tion n’ont pas faci­lité les choses. Sans comp­ter que, sur la partie livrai­son du dernier kilo­mètre, les concur­rents sont là aussi », explique un connais­seur du secteur. Un peu comme Coma­reg/Paru Vendu, Place du Marché voit son acti­vité s’ef­fon­drer inexo­ra­ble­ment. Certes, l’en­tre­prise emploie encore plus de 1 600 sala­riés et pesait encore 200 millions d’eu­ros de chiffre d’af­faires lors du dernier exer­cice clos le 31 mars 2022. Mais les repre­neurs ne se bous­culent pas au portillon.

CSE ce mercredi 4 janvier

La semaine dernière, la CGT a indiqué que le seul candi­dat à une reprise très partielle (200 sala­riés seule­ment), Tazita, une enseigne de distri­bu­tion implan­tée dans la région, avait retiré son offre. « Cette annonce pousse la société Place du Marché vers une liqui­da­tion judi­ciaire », précise la CGT dans un commu­niqué. Et d’ajou­ter : « Près de 1.600 sala­riés vont venir gonfler les statis­tiques de Pôle emploi l’an prochain », craint le syndi­cat.

Une réunion du CSE (Comité social et écono­mique) est prévue, ce mercredi 4 janvier pour tenir les repré­sen­tants du person­nel au courant des dernières trac­ta­tions. Une audience tech­nique au tribu­nal de commerce est aussi annon­cée pour ce mardi 3 janvier : elle concerne la présen­ta­tion du BES (bilan écono­mique et social) de la société. Et, la semaine suivante, le mercredi 11 janvier, une nouvelle audience est program­mée devant la juri­dic­tion consu­laire. Si aucune offre n’est présen­tée d’ici là, la liqui­da­tion judi­ciaire de Place du Marché est probable.

Un geste des Tché­nio ?

Au sein de l’en­tre­prise, certains espèrent secrè­te­ment un geste des Tché­nio en dernière minute pour repar­tir sur un format réduit autour d’un péri­mètre resserré. « Pour Roland Tché­nio, Toupar­gel, c’était tout. Il n’est pas indif­fé­rent à ce qui nous arrive. Alors, qui sait ?… », lâche un sala­rié. Aucun commen­taire du côté de la direc­tion et de son avocat, si ce n’est pour indiquer que jusqu’au 11 janvier, tout est encore possible, si une offre sérieuse venait à se présen­ter en dernière minute. Encore 8 jours à attendre et espé­rer.

Remonter