LE MENSUEL DES POUVOIRS LYONNAIS

Gérard Collomb, Alain Mérieux, Olivier Ginon : ils racontent Jean-Michel Aulas

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Publié le 14 juin 2023

Lyon Décideurs a appelé ceux qui ont côtoyé l’ex-boss de l’OL pour demander leurs anecdotes et souvenirs. Voici leurs réponses.

« En tribunes, Jean-Michel était fou de rage »

Gérard Collomb, ex-maire de Lyon

« Jean-Michel vivait toujours les matchs avec passion depuis les tribunes. Je me souviens d’un match en 2003 à Montpellier où l’on pouvait être champion si on gagnait ou s’il y avait match nul. Mais si Montpellier perdait, ils étaient relégués en deuxième division. Donc les deux là, Aulas et le président de Montpellier Louis Nicollin (avec qui il était très proche, NDLR), avaient convenu qu’on allait faire match nul. À la demi-heure de jeu, il y avait 1-1 et les Lyonnais n’ont plus jamais dépassé la ligne médiane ensuite. À dix minutes de la fin du match, je me souviens que Juninho avait touché le poteau en tirant depuis sa moitié de terrain. En tribunes, Jean-Michel était fou de rage. Il a tout de suite voulu le faire sortir du terrain. Trois minutes plus tard, Juninho était sur le banc. On était ensuite descendus à Saint-Tropez en fin de saison. Tout le monde était debout sur les tables, on va dire que c’était un peu chaud quoi… »

« L’ambiance potache d’un repas chez Paul Bocuse »

Alain Mérieux, fondateur de BioMérieux

« Le 9 septembre 2015, je remets les insignes de Grand Officier de l’Ordre national du mérite à Paul Bocuse au premier étage de l’Auberge de Collonges. C’est la dernière décoration remise à Paul Bocuse. Il y a là sa famille, des amis proches ainsi que Gérard Collomb, Olivier Ginon et Jean-Michel Aulas. Après mon discours, nous avons vécu un repas très folklorique. Jean-Michel Aulas était en grande forme et pas le dernier à assurer l’animation. On aurait dit un repas de potaches qui n’avait rien à voir, c’est certain, avec un repas de notables. Et moi qui ai une sainte horreur du football, j’ai beaucoup d’admiration pour toutes les réalisations et le courage de Jean-Michel Aulas. Je suis triste pour la ville de Lyon, c’est une page qui se tourne. »

« À minuit, à Saint-Tropez, il convainc ma femme de me faire signer »

Jacques Mottard, PDG de Sword Group.

« Le souvenir qui me vient spontanément à l’esprit est celui d’une fête chez Jean-Michel Aulas à Saint-Tropez en 2016, lorsqu’il entreprend, dès le début de soirée, de me faire signer le sponsoring maillot des filles de l’OL, notamment pour l’Europe. Jean-Michel est un excellent commercial, son argumentation est limpide. Mais je suis encore hésitant et repousse à plus tard ma décision. À minuit, je le vois en grande discussion avec ma femme Brigitte. Un peu plus tard, elle vient me dire : “Jacques, il faut que tu dises oui à Jean-Michel pour les filles”. Alors je ne pouvais plus dire “non”. Et je ne regrette pas ce sponsoring, nous avons vécu des moments formidables. Cela a été une période très sympathique à ses côtés. L’OL féminin, c’était un peu le havre de paix de Jean-Michel au milieu de périodes parfois difficiles avec l’OL masculin. »

« On a fait la fête non-stop pendant trois jours »

Jean-Louis Maier, président de Maier Horlogerie

« J’ai commencé à avoir des publicités dans le stade en 1990 et nous sommes sponsors depuis très longtemps. Mais le souvenir le plus marquant, c’est le cadeau du cinquième titre de champion de France en 2006. Jean-Michel Aulas m’avait sollicité pour offrir 50 montres gravées pour toute l’équipe, le staff, les dirigeants. Tout cela remis à Saint-Tropez, où nous avons fait la fête avec eux non-stop pendant deux ou trois jours. Il a fallu organiser tout cela dans des délais record, gérer le transport et les assurances autrement qu’avec ma petite voiture… On a remis aussi un beau cadeau pour le septième titre en 2008, l’année du doublé. Jean-Michel, c’est un super mec, fidèle, à l’écoute, très fédérateur. L’OL est la plus belle institution de la grande région Rhône-Alpes. Le projet de construction du stade était à la limite des possibilités. Grâce à l’OL, j’ai visité des lieux et des villes comme jamais… On n’en a pas fini de ses bienfaits. »

« Le foot à la taille d’un seul homme, c’est fini »

Olivier Ginon, président de GL Events

« Dans une double vie, peu de personnes ont porté une entreprise comme Cegid avec un bilan remarquable, tout en laissant des infrastructures comme le Grand Stade et bientôt la nouvelle Arena. Ce sont de grands projets structurants, pour lesquels JMA a pris des risques avec ses actionnaires. On a la chance à Lyon d’avoir trois pôles sport événementiels majeurs autour du foot, du basket et du rugby. C’est une réussite exceptionnelle. Le foot féminin, c’est made in Jean-Michel Aulas. C’est une réussite humaine aussi. Le revers de la médaille, c’est que ce n’est pas facile de partir. Chacun vit cela de manière différente. On a compris que ça a dû lui faire mal, mais les images de ce week-end ont dû le réconforter. Il a fait de belles choses, le bilan est satisfaisant. Aujourd’hui, le football est devenu un sport inabordable. C’est de la folie. Dans le rugby, on se dit que le salary cap a du bon. GL Events a été 20 ans au conseil d’administration de l’OL et actionnaire depuis le début. Quand on voit que les Américains n’ont pas encore engagé la procédure pour payer les petits actionnaires, on comprend que les moyens financiers ne sont pas faciles à trouver. Avec l’irruption du Qatar, le football est devenu infernal. Le foot à la taille d’un seul homme, ce n’est plus possible. »

Retrouvez tous les témoignages dans le numéro de juin de Lyon Décideurs

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