Le vrai bilan de Jean-Michel Aulas

L’incroyable aventure de Jean-Michel Aulas à l’OL est donc terminée. Évincé par le nouveau propriétaire américain John Textor moins de cinq mois après son arrivée, le président historique de l’OL n’a pas réussi à partager les pouvoirs dans un club qu’il a construit et mené vers les sommets depuis trente-six ans. La fin prématurée de la plus belle page de l’histoire du club, le début d’une nouvelle ère.
© Damien LG

Il n’a jamais cessé d’y croire et confiait même en rêver encore dans les dernières lignes de son auto­bio­gra­phie Chaque jour se réin­ven­ter, parue en mars dernier. Jean-Michel Aulas n’em­bras­sera pas son objec­tif ultime, celui de placer son OL sur le toit du foot­ball conti­nen­tal.

Malgré les années fastes et trois appa­ri­tions dans le dernier carré euro­péen, cette quête obsti­née dessine aujourd’­hui l’une des seules ombres au tableau esquissé depuis 1987 : « Mon parcours à l’OL me laisse un léger goût d’ina­chevé. La fina­lité était de faire gagner l’OL en France, mais aussi en Europe chez les garçons, ce qui n’a malheu­reu­se­ment pas été le cas et est un échec à mes yeux. » Le mot paraît fort tant l’in­tou­chable patron lyon­nais a collec­tionné les succès comme les fanions des joutes euro­péennes dans son bureau du Grou­pama Stadium.

Mais au moment de refer­mer le chapitre le plus impor­tant de sa vie, les souve­nirs des désillu­sions contre le PSV Eind­ho­ven, l’AC Milan, le Bayern Munich ou l’Ajax Amster­dam reviennent inlas­sa­ble­ment en tête. Comme des regrets éter­nels.

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Placer Lyon et l’OL sur la carte euro­péenne

Depuis l’an­nonce de son départ – laco­nique et au petit matin – par les nouveaux proprié­taires du club, les débats foisonnent sur la trace et l’em­preinte lais­sées par Jean-Michel Aulas. Est-il le plus grand président de l’his­toire du foot­ball français ? Où le placer parmi les illustres Bernard Tapie, Claude Bez et Roger Rocher ? Les avis divergent, mais les hommages sont unanimes.

Les premières critiques adres­sées au jeune débu­tant qui foulait la pelouse du stade de Gerland aux côtés de son prédé­ces­seur Charles Mighi­rian à l’été 1987 appar­tiennent désor­mais à un autre siècle. À un autre monde. Tous saluent aujourd’­hui l’odys­sée fantas­tique d’un président vision­naire et bâtis­seur.

À l’image d’un Paul Bocuse, Jean-Michel Aulas fait partie des acteurs qui auront placé Lyon sur la carte des villes euro­péennes ; les figures d’une ville en pleine muta­tion. Dès sa première saison au club, l’OL, alors sans spon­sor et en deuxième divi­sion, arbore d’ailleurs un maillot flanqué des inscrip­tions : « Lyon ville euro­péenne » et « OL Europe ».

Las des moque­ries, le président souhaite déjà faire de l’OL un club euro­péen : « Lyon est une ville de dimen­sion euro­péenne et les plus impor­tantes métro­poles d’Eu­rope possèdent des clubs de dimen­sion euro­péenne : Londres, Manches­ter, Munich, Madrid, Barce­lone, Turin, Milan, Rome… », retrace-t-il dans son auto­bio­gra­phie. Ces clubs du gotha euro­péen, l’OL les a reçus ces vingt dernières années à Gerland, Décines, ou même à Collonges-au-Mont-d’Or, à l’Au­berge Paul Bocuse où le président avait l’ha­bi­tude de convier ses homo­logues euro­péens avant chaque rencontre.

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Le foot­ball dans une nouvelle ère

Il y a l’Eu­rope bien sûr, et ces nuits mémo­rables contre le Real Madrid, le Bayern Munich, Manches­ter City ou ces premiers exploits contre la Lazio de Rome et l’Ös­ter Växjö, mais il y a surtout cette domi­na­tion domes­tique sans partage, avec sept titres de cham­pion de France consé­cu­tifs. Un record encore inégalé aujourd’­hui.

Mais chaque cycle a sa fin, et depuis cette période dorée, l’OL n’a remporté qu’une seule petite coupe de France. « On n’a peut-être pas su faire en sorte de se renou­ve­ler à l’aube de ce septième titre », confiait Jean-Michel Aulas pour Télé­foot à la mi-mai. Mono­po­lisé par son projet de Grand Stade, l’ou­til qui devait lui permettre d’at­teindre enfin les sommets euro­péens, le président n’a pu qu’as­sis­ter, impuis­sant, à l’ar­ri­vée du Qatar à la tête du Paris Saint-Germain.

Ringar­disé par la venue de ces super-puis­sances du Golfe aux capi­taux illi­mi­tés (Qatar, Émirats arabes unis, Arabie Saou­di­te…), JMA s’est insurgé, a long­temps crié à l’injus­tice, avant d’ac­cep­ter doulou­reu­se­ment le fait que le foot­ball entrait dans une nouvelle ère. Un cercle nouveau, dans lequel les bâtis­seurs d’hier sont bien souvent chas­sés par des fonds d’in­ves­tis­se­ment opaques.

L’OL devait assu­ré­ment chan­ger son mode de fonc­tion­ne­ment. Ces dix dernières années sans trophées, passées à se réjouir des perfor­mances écono­miques et des quelques quali­fi­ca­tions euro­péennes, pendant que Lille, Guin­gamp, Rennes, Stras­bourg, Nantes, Toulouse et même Saint-Étienne remplis­saient leur armoire à trophées, ont coupé l’OL d’une partie de ses suppor­ters. John Textor l’a bien compris.

Le nouveau proprié­taire du club a mesuré ces derniers mois la colère des tribunes et des réseaux sociaux. En avril dernier, une bande­role déployée par les suppor­ters l’in­ci­tait à agir au plus vite alors que l’OL achève une nouvelle saison morose, encore loin des places euro­péennes (pour la troi­sième fois en quatre ans). L’OL de Jean-Michel Aulas ne gagnait plus, son modèle était dépassé. Alors l’homme d’af­faires améri­cain a tran­ché dans le vif, bien plus tôt que prévu.

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Le divorce préma­turé

Le scéna­rio était inéluc­table, Jean-Michel Aulas en était parfai­te­ment conscient. En se rangeant à l’avis de Thomas Riboud-Seydoux, fils adop­tif de Jérôme Seydoux, de lais­ser la majo­rité du club à John Textor, le président histo­rique de l’OL se savait en sursis. Il avait négo­cié pour prolon­ger son aven­ture d’en­core au moins trois ans, mais cette direc­tion bicé­phale n’avait pas un avenir infini.

Ainsi, moins de cinq mois après l’ar­ri­vée de l’in­ves­tis­seur améri­cain qu’il avait lui-même adoubé face à la presse, l’OL offi­cia­li­sait son départ par un commu­niqué glacial de 17 lignes envoyé aux aurores. La méthode, discu­table et discu­tée – surtout en interne –, est jugée « scan­da­leuse » et « honteuse » par des parte­naires du club de longue date. Elle témoigne surtout de la nouvelle ère qui s’ouvre à l’OL.

Au lende­main de ce commu­niqué, John Textor appa­rais­sait seul face à la presse, dans l’au­di­to­rium du Grou­pama Stadium, pour expliquer les raisons de ce divorce préma­turé. Et l’homme d’af­faires améri­cain a usé des mêmes tech­niques que son prédé­ces­seur pour drib­bler les ques­tions des jour­na­listes, tous médu­sés d’as­sis­ter à une confé­rence sur la stra­té­gie lyon­naise sans voir appa­raître Jean-Michel Aulas.

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Commu­ni­cant hors-pair, parfois cham­breur, un brin provo­ca­teur, mais toujours au service des inté­rêts de son équipe, JMA va lais­ser un grand vide, une trace indé­lé­bile dans le foot­ball français. Amené à prendre des respon­sa­bi­li­tés à la FFF pour conti­nuer de struc­tu­rer le foot­ball fémi­nin dans lequel il n’a cessé de croire et d’in­ves­tir, il obser­vera, depuis sa future loge du Grou­pama Stadium, atten­dant de voir si John Textor peut enfin soule­ver ce trophée conti­nen­tal derrière lequel il a tant couru ces 36 dernières années. Comme un simple suppor­ter, ou presque. 

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