DOSSIER. Alexandre Mérieux, la prise de pouvoir

Une nouvelle gouvernance chez bioMérieux dont il devient président exécutif et laisse la direction opérationnelle à Pierre Boulud. L’arrivée à hauteur de 10 % de la famille Agnelli au capital de la holding lnstitut Mérieux et une complicité de génération avec John Elkann, 47 ans, petit-fils de Giovanni Agnelli. Et un Mérieux Equity Partners, dont il est à l’origine de la création, qui prend de l’ampleur. Alexandre Mérieux monte en puissance au sein du groupe familial leader mondial du diagnostic in vitro.
Alexandre Mérieux et Alain Mérieux lors des 60 ans de bioMérieux © Quentin Delafont

« Jamais je n’ai vu une telle osmose entre les colla­bo­ra­teurs et une famille proprié­taire de l’en­tre­prise. » C’est un banquier pari­sien qui s’ex­prime à l’is­sue de la soirée des 60 ans de bioMé­rieux, en juin dernier, à la Halle Tony-Garnier. Alain et son fils Alexandre Mérieux, respec­ti­ve­ment président de l’Ins­ti­tut Mérieux et président exécu­tif de bioMé­rieux, ont passé la soirée à multi­plier les selfies et les embras­sades avec leurs sala­riés.

Les deux stars, c’étaient eux incon­tes­ta­ble­ment. Mais il n’a échappé à personne que ce soir-là, ils ont été trois à prendre la parole. Outre Alain et Alexandre Mérieux, Pierre Boulud, tout juste nommé direc­teur géné­ral de bioMé­rieux, a offi­ciel­le­ment étrenné ses galons de diri­geant opéra­tion­nel, lui qui est arrivé dans le groupe voici sept ans et qui était déjà direc­teur géné­ral délé­gué depuis 2020 après avoir dirigé les acti­vi­tés de l’en­tre­prise en Asie.

➔  À lire aussi dans ce dossier : Alexandre Mérieux : « Une fierté du chemin accom­pli »

Devant 4 600 personnes, la nouvelle gouver­nance de bioMé­rieux a reçu la béné­dic­tion dAlain Mérieux, le fonda­teur de l’en­tre­prise. Et ceux qui étaient déjà là pour les 50 ans du leader mondial du diagnos­tic in vitro en 2013 – à la Halle Tony-Garnier aussi – ont bien mesuré le chemin parcouru par Alexandre Mérieux. Celui qui avait alors fendu l’ar­mure et prononcé un discours émou­vant alors qu’il s’ap­prê­tait à deve­nir direc­teur géné­ral, vient de boucler une décen­nie sans faute.

Le pilo­tage réussi de l’ac­qui­si­tion de BioFire L’ac­qui­si­tion de BioFire aux États-Unis, qu’il a pilo­tée person­nel­le­ment en 2013–2014 avec Jean-Luc Bélin­gard, alors président de bioMé­rieux, repré­sente aujourd’­hui un des atouts majeurs du spécia­liste du diagnos­tic in vitro. La start-up de 50 millions pèse désor­mais un milliard de dollars de chiffre d’af­faires. Véri­table pépite du groupe, elle met en place une nouvelle plate­forme avec de nouveaux tests toujours plus rapides et n’a pas fini d’in­no­ver.

« Alexandre, c’est quelqu’un de très simple, un taiseux, mettant toujours en avant ses équipes. Ce n’est pas un orateur, mais il avance »

Capa­cité d’in­no­va­tion, déve­lop­pe­ment dans les pays émer­gents, mise en place d’une poli­tique RSE ambi­tieuse avec notam­ment la créa­tion d’un fonds de dota­tion, Alexandre Mérieux a mis sa patte dans la stra­té­gie du vais­seau amiral de l’Ins­ti­tut Mérieux, la holding qui chapeaute l’en­semble des acti­vi­tés du groupe fami­lial. Tout se passe le plus natu­rel­le­ment du monde, puisqu’il est parfai­te­ment en phase avec la vision de son père : vision à long terme, ambi­tions plané­taires, indé­pen­dance du groupe fami­lial.

Et, dans un clin d’œil, le président de bioMé­rieux rappelle qu’en matière de mala­dies infec­tieuses, il y aura, hélas, de quoi faire dans les années qui vien­nent… « Alexandre, c’est quelqu’un de très simple, un taiseux, mettant toujours en avant ses équipes. Ce n’est pas un orateur, mais il avance », analyse un conseil proche de l’en­tre­prise.

De fait, les récentes évolu­tions montrent qu’A­lexandre Mérieux a pris de l’étoffe. La nouvelle gouver­nance chez bioMé­rieux lui permet de se concen­trer sur la stra­té­gie en conser­vant une prési­dence exécu­tive, tout en confiant la direc­tion opéra­tion­nelle à Pierre Boulud. Une façon aussi de prépa­rer en douceur et dans la conti­nuité, la succes­sion de son père à la tête de l’Ins­ti­tut Mérieux.

Parcours simi­laire avec John Elkann De la même façon, l’ar­ri­vée à hauteur de 10 % des Agnelli, via leur holding Exor, à l’Ins­ti­tut Mérieux l’été 2022, met en lumière deux quadra­gé­naires dont les parcours présentent de fortes simi­li­tudes.

On peut parler de compli­cité de géné­ra­tion entre John Elkann, 47 ans, petit-fils de Gianni Agnelli (patron d’Exor et de Stel­lan­tis, entre autres), et Alexandre Mérieux, 49 ans, petit-fils de Charles Mérieux. « C’est une chance de pouvoir comp­ter sur une famille d’in­dus­triels comme les Agnelli, souligne ainsi le direc­teur géné­ral de l’Ins­ti­tut Mérieux, Michel Bague­nault. Cela renforce notre capa­cité à soute­nir la crois­sance du groupe avec les moyens qu’ils apportent et cela nous permet­tra de garder le contrôle de nos entre­prises quand elles feront des acqui­si­tions. »

➔  À lire aussi dans ce dossier : la galaxie Mérieux : une étoile mère et cinq planètes

Dans la galaxie Mérieux depuis plus de 25 ans (il a commencé à la fin des années 1990 chez Mérieux NutriS­ciences, dont il est aussi le président), à l’ori­gine du lance­ment en 2009 de Mérieux Equity Part­ners, la société de private equity du groupe aujourd’­hui en plein essor avec 40 parti­ci­pa­tions actives, Alexandre Mérieux sait que lui revien­dra, un jour, la respon­sa­bi­lité de l’en­semble de l’Ins­ti­tut Mérieux, quand son père jugera le moment venu.

S’il préfère éluder le sujet, il concède qu’il « conti­nuera la suite de l’his­toire », consta­tant avec humour, qu’a­près tout ce qui a été engagé par les trois premières géné­ra­tions de Mérieux, « il y a encore pas mal de choses à faire ». Sans pres­sion, mais avec un sens aigu des respon­sa­bi­li­tés, ce jour-là, Alexandre Mérieux sera prêt.

La famille Agnelli en renfort

Étape impor­tante dans la stra­té­gie de déve­lop­pe­ment de l’Ins­ti­tut Mérieux : l’ar­ri­vée en juillet 2022 d’Exor, la holding diver­si­fiée de la famille Agnelli (action­naire de Ferrari, Stel­lan­tis, Iveco, Part­nerRE, la Juven­tus Turin et The Econo­mist) à hauteur de 10 % du groupe Mérieux, via une augmen­ta­tion de capi­tal de 833 millions d’eu­ros (valo­ri­sant, de facto, l’Ins­ti­tut Mérieux à 8,3 milliards d’eu­ros).

Exor dispose de deux sièges d’ad­mi­nis­tra­teurs au conseil de l’Ins­ti­tut Mérieux. Parmi eux, Benoît Riba­deau-Dumas, ancien direc­teur de cabi­net du Premier ministre Édouard Philippe (2017 à 2020), désor­mais asso­cié d’Exor. Symbole de la nouvelle géné­ra­tion qui prend le pouvoir dans les deux groupes des deux côtés des Alpes : Alexandre Mérieux chez Mérieux et John Elkann, petit-fils de Giovanni Agnelli (le fonda­teur de Fiat) chez Exor et Stel­lan­tis.

Suivez toute l’ac­tua­lité des déci­deurs lyon­nais en vous abon­nant 👈

Merci d’avoir lu cet article ! Si vous avez un peu de temps, nous aime­rions avoir votre avis pour nous amélio­rer. Pour ce faire, vous pouvez répondre anony­me­ment à ce ques­tion­naire ou nous envoyer un email à redac@­lyon­de­ci­deurs.com. Merci beau­coup !

Consent choices
Remonter