Cédric Van Styven­dael, nouveau souffle à gauche

Élu maire de Villeurbanne et nommé vice-président de la Métropole de Lyon à l’été 2020, Cédric Van Styvendael est l’une des révélations politiques des trois dernières années dans la région lyonnaise. Dans sa commune, l’élu socialiste déroule une partition largement saluée, axée sur une majorité plurielle, et appelle au rassemblement le plus large possible à gauche en vue des futures échéances électorales. Talent certain d’un parti en reconstruction, ce spécialiste des questions de logement et d’habitat peut rêver grand ces prochaines années.
© Maxime Gruss

Cédric Van Styven­dael l’ad­met volon­tiers, il n’est jamais très à l’aise face aux objec­tifs des photo­graphes. « J’ai horreur de ça », confie-t-il avant d’en­fi­ler sa veste et d’en­chaî­ner les poses sur le balcon de son bureau, surplom­bant l’ave­nue Henri-Barbusse. Le maire (PS) de Villeur­banne s’est à l’évi­dence habi­tué à l’exer­cice depuis son élec­tion à l’été 2020. Après 20 minutes de sourires, bras croi­sés, décroi­sés, l’élu retrouve sa ciga­rette élec­tro­nique et peut enfin tomber la veste. Les premières chaleurs de juillet sont déjà suffo­cantes et l’ho­raire, plutôt mati­nal, n’y change rien. Le venti­la­teur tourne à plein régime. Quelques jours plus tôt déjà, l’édile mouillait la chemise dans un contexte encore plus étouf­fant.

La 19e ville de France subis­sait sa quatrième nuit d’émeutes après la mort du jeune Nahel, et celui que tout le monde surnomme CVS, debout face aux habi­tants sur le perron de la mairie, tentait de rassu­rer les foules. « Il fallait donner l’in­for­ma­tion la plus trans­pa­rente possible sur ce qu’il se passait, sans être anxio­gène, même si j’ad­mets avoir été vrai­ment inquiet un soir lorsque j’ai senti que la situa­tion nous échap­pait. »

À l’image de ces violents débor­de­ments, de la crise sani­taire ou des conflits sociaux liés à la réforme des retraites, le premier mandat poli­tique de l’an­cien direc­teur géné­ral du bailleur social Est Métro­pole Habi­tat (15 000 loge­ments gérés, 300 colla­bo­ra­teurs) n’est pas fran­che­ment de tout repos. « Ce n’est pas un long fleuve tranquille d’être maire de Villeur­banne, mais j’aime l’éner­gie de cette ville à laquelle je suis profon­dé­ment atta­ché », indique l’élu socia­liste, installé depuis plus de 20 ans dans le quar­tier de Cusset.

À mi-mandat, ses débuts en poli­tique dans sa ville de cœur sont large­ment salués à gauche, mais pas seule­ment. « Je ne partage pas ses opinions poli­tiques, mais il redonne un souffle à cette ville qui en avait bien besoin, indique Bruno Bonnell, ancien député LREM de Villeur­banne. C’est un très bon maire, à l’écoute et volon­taire, qui est en train de révo­lu­tion­ner la ville sans lui faire perdre son âme. J’au­rais aimé être élu plus tard pour pouvoir asso­cier ma dépu­ta­tion à son mandat. »

« Il est très à l’aise dans ce monde poli­tique. C’est un élu avec qui les échanges sont faciles »

Désor­mais secré­taire géné­ral pour l’in­ves­tis­se­ment, chargé de France 2030, l’an­cien cofon­da­teur d’In­fo­grames n’est pas le seul conquis par la patte Van Styven­dael. L’élu villeur­ban­nais, aussi vice-président de la Métro­pole en charge de la Culture – une délé­ga­tion qu’il a deman­dée, alors que Bruno Bernard l’ima­gi­nait davan­tage au loge­ment –, est un inter­lo­cu­teur demandé, proche du maire écolo­giste de Lyon Grégory Doucet, ou même du maire LR du 2e arron­dis­se­ment, Pierre Oliver, avec qui il déjeune occa­sion­nel­le­ment. « Il est très à l’aise dans ce monde poli­tique et parle avec tout le monde. C’est un élu éner­gique et engagé, avec qui les échanges sont faciles », prolonge Hélène Geof­froy, la maire PS de Vaulx-en-Velin, et membre de l’exé­cu­tif métro­po­li­tain aux côtés de CVS. «  Cédric est un digne héri­tier des valeurs du socia­lisme villeur­ban­nais, confirme Najat Vallaud-Belka­cem, cheffe de file des socia­listes à la région. C’est une force tranquille, capable de faire travailler ensemble des gens qui viennent d’ho­ri­zons diffé­rents, tout en respec­tant les idées des uns et des autres. »

Alliance rose-rouge-verte

C’est sans doute la plus grande force de ce nouveau venu sur la scène poli­tique. Adoubé par Jean-Paul Bret, maire (PS) de Villeur­banne de 2001 à 2020, qui l’a dési­gné comme son succes­seur natu­rel dans ce bastion marqué par cent ans de socia­lisme muni­ci­pal, Cédric Van Styven­dael mène depuis trois ans une majo­rité plurielle, fruit d’une alliance rose-rouge-verte montée bien avant la Nupes. « Notre équipe va de La France Insou­mise jusqu’au Parti radi­cal de gauche. C’est l’équipe muni­ci­pale la plus large de toutes les grandes villes de France. Toute la presse atten­dait qu’on soit à feu et à sang, mais il n’y a pas de tensions majeures. On bosse et je suis persuadé qu’on agit plus intel­li­gem­ment que s’il n’y avait qu’un seul gros bloc dans cette majo­rité. »

« Le scou­tisme m’a appris le fonc­tion­ne­ment en équipe. Je l’as­sume même si mon côté boy-scout est parfois tourné en ridi­cule »

Depuis son fauteuil de maire, l’élu se charge de mettre en musique ce collec­tif hété­ro­clite. Il impulse la dyna­mique, déter­mine les grandes orien­ta­tions et tente surtout de débloquer les dossiers qui s’éter­nisent. « J’avais l’ha­bi­tude de diri­ger des boîtes où tout allait vite lorsqu’une impul­sion était donnée. Mais être maire, ce n’est pas être un super patron. Le proces­sus déci­sion­nel est beau­coup plus long, néces­site de réunir du monde autour de la table, de nouer des allian­ces… C’est une fonc­tion qui renforce l’hu­mi­lité puisque vous ne pouvez rien faire tout seul. »

Cette appé­tence pour le travail collec­tif, le maire de Villeur­banne la tient proba­ble­ment de son enfance passée chez les scouts et guides de France, de louve­teau à compa­gnon, avant d’y décro­cher quelques années plus tard son premier job à Paris, en charge du déve­lop­pe­ment du scou­tisme dans les quar­tiers sensibles du pays. « Le scou­tisme m’a appris le fonc­tion­ne­ment en équipe. Je l’as­sume même si mon côté boy-scout est parfois tourné en ridi­cule dans certaines inter­views. Cette asso­cia­tion m’a donné ma chance, m’a permis de me révé­ler à seule­ment 24 ans, et m’a beau­coup struc­turé en termes de valeurs. C’est un mouve­ment auquel je reste­rai atta­ché toute ma vie », confesse-t-il.

Avant de se lancer dans la campagne muni­ci­pale en 2019, CVS était d’ailleurs encore respon­sable du groupe de scouts de Char­pennes avec sa compagne Béran­gère, rencon­trée dans ses jeunes années au sein du mouve­ment.

Rupture avec Jean-Paul Bret

Toujours dans cette recherche d’unité, et fort de la dési­gna­tion de Villeur­banne comme capi­tale française de la culture pour 2022, l’élu frappe un grand coup à l’été 2021, en invi­tant les cadors du PS, de Carole Delga, à Johanna Rolland, Patrick Kanner ou Michael Dela­fosse, à se rassem­bler dans sa commune autour d’Anne Hidalgo, future candi­date socia­liste, à moins d’un an de la prési­den­tielle.

« L’image était belle hein ? », ironise aujourd’­hui un Cédric Van Styven­dael profon­dé­ment meur­tri par le fiasco subi par le PS quelques mois plus tard, avec un score histo­rique­ment bas à 1,7 % le soir du premier tour. « Je n’avais pas imaginé que cela serait aussi dur. Tout a été hors norme dans cette campagne : la décep­tion du résul­tat, la violence des attaques contre Anne Hidal­go… J’ai vu à quel point il fallait être extrê­me­ment préparé pour y aller. Notre candi­date l’était certai­ne­ment, mais le PS n’était pas suffi­sam­ment fort pour porter cela. Nous avons payé notre désunion », retrace l’élu qui figu­rait dans l’équipe de campagne de la candi­date socia­liste.

D’abord porte-parole d’Anne Hidalgo, puis respon­sable des rela­tions avec les autres partis, l’élu villeur­ban­nais a tissé des ponts, créé des liens et surtout constaté « qu’il y avait une majo­rité de gens qui voulaient qu’on bosse ensemble ». «  C’est ce qu’il ne faut pas perdre pour 2027. Je serai de ceux qui vont essayer de préser­ver l’union la plus large possible à gauche puisque je pense qu’il n’y a que comme cela qu’on peut diri­ger ce pays. »

Pas éton­nant donc, de voir l’édile soute­nir quelques semaines plus tard la Nupes et son candi­dat Gabriel Amard (LFI) lors des élec­tions légis­la­tives à Villeur­banne. Jean-Paul Bret, farou­che­ment opposé à cette alliance qu’il juge pro-Mélen­chon, s’élève contre cette déci­sion qu’il vit comme une « trahi­son ».

Depuis cet épisode, la rela­tion entre les deux hommes s’est nette­ment rafraî­chie. « Je n’ai pas envie de m’ex­pri­mer à son sujet », coupe net l’an­cien maire de Villeur­banne par télé­phone. « Jean-Paul Bret a eu tout le loisir de dire ce qu’il pensait de mon action après cet accord avec la Nupes. Bien sûr que ça me touche, mais j’ai trop de respect pour ce qu’il a fait pour commen­ter ce qu’il a dit », rétorque Cédric Van Styven­dael qui rece­vait en 2017 l’in­signe de cheva­lier de l’ordre natio­nal du Mérite des mains de Jean-Paul Bret.

Villeur­banne et Lyon paci­fiés

Cédric Van Styven­dael et Grégory Doucet ©  DR

Trois ans après les départs de Jean-Paul Bret et Gérard Collomb, les deux barons locaux à la riva­lité profonde, l’ère des tensions entre Villeur­banne et Lyon est désor­mais révo­lue. « L’op­po­si­tion entre ces deux hommes poli­tiques n’a pas toujours servi notre ville. Jean-Paul Bret a fait un boulot consi­dé­rable sur des sujets sur lesquels il avait l’au­to­no­mie de déci­sion, mais si Villeur­banne est aujourd’­hui en si grand chan­tier, c’est surtout parce qu’elle rattrape 20 ans de retard sur des projets d’en­ver­gure métro­po­li­taine qui ne s’étaient pas faits à cause de cette riva­lité. »

L’en­tente entre les deux maires, Grégory Doucet et Cédric Van Styven­dael, est aujourd’­hui très bonne. « Nous n’avons pas 15 années de poli­tique derrière nous et nous sommes de la même géné­ra­tion, donc forcé­ment ça rapproche, témoigne l’édile villeur­ban­nais, qui conver­sait avec son homo­logue lyon­nais à Blois fin août, lors du campus socia­liste. On échange régu­liè­re­ment sur la manière dont on perçoit nos mandats, sur les diffi­cul­tés ou les doutes auxquels on est parfois confron­tés. Mais nous gardons chacun notre ligne poli­tique. Ce n’est pas parce que je m’en­tends bien avec Grégory Doucet que je suis suiviste ou sur les mêmes lectures poli­tiques que lui. »

Les deux maires conduisent, en effet, deux mandats très diffé­rents et emploient surtout deux tactiques oppo­sées face à la presse.

Là où Grégory Doucet peut souvent appa­raître parti­san et clivant, CVS, toujours dispo­nible pour les médias, avance plus prudem­ment. « Je ne prends jamais la parole pour faire un coup poli­tique ou des petites phrases. Peut-être que cela donne l’image de quelqu’un d’ef­facé ou de prudent, mais je préfère les inter­views longues aux trucs de 30 secondes. Et je pense que le maire de Lyon, qui a tous les projec­teurs braqués sur lui, m’en­vie aussi cette forme de discré­tion », complète l’élu socia­liste dans un sourire.

© Maxime Gruss

« J’ai l’im­pres­sion d’être le dernier des Mohi­cans »

Maire de Villeur­banne et vice-président de la Métro­pole, Cédric Van Styven­dael est l’une des dernières grandes figures socia­listes de la région lyon­naise, avec Hélène Geof­froy, ancienne ministre, maire de Vaulx et égale­ment membre de l’exé­cu­tif métro­po­li­tain. « C’est étrange parce qu’on me dit que je suis l’une des dernières figures alors que je n’en ai jamais été une jusque-là. C’est surpre­nant, mais j’ac­cepte de porter quelque chose pour le PS, de jouer un rôle dans la fédé­ra­tion locale. Je n’ai jamais nié cette étiquette socia­liste, je n’ai jamais enlevé le poing et la rose de mes affiches, mais j’ai parfois l’im­pres­sion d’être le dernier des Mohi­cans à Lyon », confie l’élu, proche aussi de Lionel Jospinqu’il a reçu à plusieurs reprises à l’As­tro­balle et auprès de qui il a passé quelques jours de vacances cet été sur l’île de Ré.

Et après Villeur­banne ?

Cédric Van Styven­dael, qui a troqué en début d’an­née son foulard bleu contre une petite barbe de trois jours, se construit depuis trois ans une image plus douce que son homo­logue lyon­nais vis-à-vis des élec­teurs. Avec sa nouvelle assise villeur­ban­naise et ses respon­sa­bi­li­tés au Grand Lyon, l’élu pour­rait même être tenté de jouer un rôle plus large à l’ave­nir, notam­ment sur le plan métro­po­li­tain.

Et de refaire briller du même coup un PS passé selon lui « à un rien de dispa­raître dans la métro­pole en 2017 et encore très fragi­lisé aujourd’­hui ». « C’est un homme d’ave­nir pour le parti, juge Najat Vallaud-Belka­cem. Je ne doute pas qu’il aura des occa­sions d’al­ler encore plus loin, à lui de les saisir lorsqu’elles se présen­te­ront. » L’eu­ro­dé­pu­tée (PS) lyon­naise Sylvie Guillaume et le maire (PS) de Cler­mont-Ferrand Olivier Bian­chi, autre figure émer­gente du parti et proche de CVS, sont aussi de cet avis : «  C’est indé­nia­ble­ment l’un des talents de la nouvelle géné­ra­tion du PS aujourd’­hui. Il fait partie de ces nouveaux visages sortis du bois ces dernières années qui peuvent être les ressources du parti dans les années à venir. Il est encore jeune et a certai­ne­ment des places à conqué­rir à l’ave­nir. À lui de savoir jusqu’où il a envie d’al­ler. »

S’il assume plei­ne­ment son côté ambi­tieux, Cédric Van Styven­dael, qui fêtera son 50e anni­ver­saire en octobre, refuse d’en­trer pour le moment dans ces consi­dé­ra­tions : « Je ne suis pas en perma­nence en train de me deman­der ce que je vais faire ensuite et prépa­rer le coup d’après. D’abord parce que je suis concen­tré sur Villeur­banne, et que mon ambi­tion première est de bien faire mon mandat, mais aussi parce que je pour­rais très bien ne plus faire de poli­tique dans quelques années. Je n’en viens pas, je n’en ai pas eu besoin pour vivre et l’on recon­naît mes quali­tés dans d’autres secteurs. »

Et l’édile de conclure, toujours avec prudence : « C’est le jeu de prêter de futures respon­sa­bi­li­tés aux élus, mais de mon côté, j’ai toujours fait en sorte de lais­ser plusieurs portes ouvertes pour la suite de ma carrière. Je privi­lé­gie­rai donc le terri­toire où j’au­rai le plus d’im­pact. »

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