LE MENSUEL DES POUVOIRS LYONNAIS

Gérard Collomb s’en est allé

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Publié le 26 novembre 2023

L’ancien maire de Lyon et président de la Métropole de Lyon est décédé ce samedi soir. Il se battait depuis septembre 2022 contre un cancer de l’estomac. L’ancien ministre de l’Intérieur d’Emmanuel Macron était élu à la Ville de Lyon, sans discontinuer, depuis mars 1977. Il aura marqué de son empreinte Lyon et la métropole lyonnaise.

Lorsque Gérard Collomb arrive dans la salle du conseil municipal pour présider le 1er conseil qui suit son accession à Beauvau, l’ensemble des élus, toutes tendances politiques confondues lui réservent une longue standing ovation. Gérard Collomb est visiblement ému. Presqu’autant qu’à l’Elysée lorsqu’Emmanuel Macron lui donne l’accolade le jour de son intronisation, quelques jours auparavant. Une scène qui rappelle aux plus anciens l’émotion de Pierre Mendès-France devant François Mitterrand dans une circonstance analogue en mai 1981.

N°2 du gouvernement d’Edouard Philippe

Longtemps dans l’opposition nationale jusqu’en 1981, mais aussi au sein de son parti, le PS, Gérard Collomb tient enfin sa revanche. Premier grand baron socialiste à rallier Emmanuel Macron dès 2016, il a pris une part essentielle dans la victoire de l’ancien ministre de l’Economie et des Finances. Il est invité à rejoindre le 1er gouvernement d’Edouard Philippe au prestigieux poste de ministre de l’Intérieur avec rang de Ministre d’Etat, il est de facto, le N°2 du gouvernement.

Le voilà, enfin, ministre à presque 70 ans. Lui qui a vu tous ses adversaires politiques locaux ou d’autres socialistes ou radicaux de gauche siéger au conseil des ministres (Raymond Barre, Michel Noir, Jean-Jack Queyranne, Michel Mercier, Nora Berra, Najat Vallaud-Belkacem, Hélène Geoffroy, Thierry Braillard) est enfin reconnu. Dans sa tête, il ne fait pas de doute cependant, qu’il reviendra à Lyon et à la Métropole, symbole de   l’engagement de toute sa vie politique.

Elu à 29 ans et pendant plus de 46 ans à Lyon

Car c’est bien à Lyon et dans le Grand Lyon qu’il a mené tous ses combats. Passé par la CIR (Convention des institutions républicaines) à la fin des années 60 puis engagé au sein du nouveau PS, il mènera un premier combat aux municipales de 1971 à Sainte-Foy-lès-Lyon. Terre de mission pour une liste PS dans une commune très bourgeoise de l’ouest lyonnais.

Jeune marié, il colle les affiches avec sa femme. A nouveau, une candidature aux cantonales de 1973 dans une terre de droite. Il décroche son 1er mandat sur la liste de Claude Bernardin aux municipales de mars 1977 à Lyon. A 29 ans, il est un tout jeune élu. Il commence alors une carrière de plus de 46 ans à la Ville de Lyon, comme simple conseiller municipal de 1977 à 1995, puis comme maire du 9e arrondissement, puis maire de Lyon de 2001 à 2017 et de 2018 à 2020.

Battu en juin 2020 dans le 9e arrondissement, il siège à nouveau dans l’oppsition comme simple conseiller municipal. 27 ans dans l’opposition et 19 ans à la tête de la Ville moins les 16 mois de « l’intérim » de Georges Képénékian.

Aux manettes de la Ville et du Grand Lyon qu’il conquiert haut la main en avril 2001, même si sur le papier, il n’était pas assuré d’avoir la majorité, il se lance dans une transformation en profondeur de Lyon et la métropole.

Création des berges du Rhône, développement du quartier Confluence, lancement de Velo’v, développement des lignes de tramway T3 et T4, raccordement à Eurexpo et Saint-Exupéry (avec le département), Salle 3 000 à la Cité internationale, centre commercial de la Soie à Vaulx-en-Velin. Sans oublier les tours Oxygène, Incity et To Lyon, la fameuse « sky line » à laquelle il tenait tant.

Gérard Collomb, meilleur ambassadeur de Lyon

Les milieux économiques lyonnais, circonspect à son arrivée au poste de maire (seuls quelques patrons -Bruno Bonnell ou Alain Godard- le soutiennent alors) deviennent ses plus fervents supporters. Meilleur ambassadeur de Lyon à l’étranger ou dans les salons de l’immobilier (le SIMI à Cannes en mars chaque année), les professionnels de l’immobilier avouent : « c’est tout juste s’ils ne nous prend pas notre métier, tellement il vend bien sa ville ». Difficile de ne pas mentionner combien Gérard Collomb s’est battu aux côtés de Jean-Michel Aulas pour que ce dernier puisse faire sortir de terre le Grand Stade à Décines.

C’est aussi sous ses mandatures que la Fête des Lumières prend une dimension particulière et que le Festival Lumière voit le jour. La rénovation du Grand Hôtel-Dieu porte aussi sa marque, tout comme celle du quartier de la Duchère et de Vaise. La métamorphose du 9e commence sous son mandat de maire de l’arrondissement avec l’aide précieuse de Raymond Barre, le maire de l’époque, conscient que les 3 arrondissements conquis par la gauche en 1995 -1er, 8e et 9e, ont besoin d’importants investissements.

La coopération entre Gérard Collomb et Raymond Barre se passe si bien qu’à la veille du scrutin de mars 2001, l’ancien premier ministre déclare que ce ne serait pas une catastrophe si Gérard Collomb l’emportait… Un coup de pouce inespéré pour Gérard Collomb. La division entre les listes Mercier-Dubernard et Millon fera le reste, ouvrant la voie au succès historique d’un maire socialiste à Lyon, le 1er depuis un siècle. Pour y arriver, Gérard Collomb aura dû s’y prendre à 4 fois, essuyant des revers en 1983, 1989 et 1995 dans sa conquête de la Ville de Lyon.

Réélu brillamment en 2008 et sans trembler en 2014, il chutera en 2020, victime des divisions de son camp, notamment un combat fratricide avec David Kimelfeld et aussi avec Georges Képénékian. Il paie aussi une abstention record (seul un tiers des électeurs se déplace pour voter le 15 mars en pleine crise covid et pas beaucoup plus en juin pour le 2nd tour). Gérard Collomb paie aussi le dégagisme qui a soufflé en 2017. Il s’expliquera un jour du printemps 2022 avec Georges Képénékian sur cette élection perdue. «Le seul pour qui j’ai des regrets, c’est toi. Pour les autres, je ne regrette rien », glisse Gérard Collomb à son ancien 1er adjoint.

Lyon est en deuil

Pour son dernier combat électoral, Gérard Collomb chute lourdement. Ce qui n’empêche pas ses adversaires et nouveaux patrons de la ville et de la métropole de le saluer respectueusement lorsqu’ils sont intronisés. Gérard Collomb devient alors le 1er opposant résolu aux nouveaux exécutifs, ne manquant pas une occasion de pointer du doigt leurs choix et décisions.

En mars 2022, Emmanuel Macron, qui a compris que Gérard Collomb avait besoin de « preuves d’amour » lui remet personnellement les insignes d’Officier de la légion d’honneur et dîne avec lui. Le 16 septembre 2022, Gérard Collomb révèle sur Twitter avoir « appris lundi dernier que j’étais atteint d’un cancer à l’estomac. Je vais me battre contre la maladie avec la même énergie que j’avais mise au service de Lyon et de notre métropole quand j’exerçais les fonctions de maire et de président ».

À l’issue d’un combat de 15 mois, il s’en est allé ce samedi soir. À Caroline Collomb, sa femme, à ses enfants et à tous ses proches, Lyon Décideurs adresse ses pensées amicales et attristées et partage votre peine. Lyon est en deuil ce soir.

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