Gérard Collomb s’en est allé

L’ancien maire de Lyon et président de la Métropole de Lyon est décédé ce samedi soir. Il se battait depuis septembre 2022 contre un cancer de l’estomac. L’ancien ministre de l’Intérieur d’Emmanuel Macron était élu à la Ville de Lyon, sans discontinuer, depuis mars 1977. Il aura marqué de son empreinte Lyon et la métropole lyonnaise.
Gérard Collomb Gérard Collomb © Susie Waroude

Lorsque Gérard Collomb arrive dans la salle du conseil muni­ci­pal pour prési­der le 1er conseil qui suit son acces­sion à Beau­vau, l’en­semble des élus, toutes tendances poli­tiques confon­dues lui réservent une longue stan­ding ovation. Gérard Collomb est visi­ble­ment ému. Presqu’au­tant qu’à l’Ely­sée lorsqu’Em­ma­nuel Macron lui donne l’ac­co­lade le jour de son intro­ni­sa­tion, quelques jours aupa­ra­vant. Une scène qui rappelle aux plus anciens l’émo­tion de Pierre Mendès-France devant François Mitter­rand dans une circons­tance analogue en mai 1981.

N°2 du gouver­ne­ment d’Edouard Philippe

Long­temps dans l’op­po­si­tion natio­nale jusqu’en 1981, mais aussi au sein de son parti, le PS, Gérard Collomb tient enfin sa revanche. Premier grand baron socia­liste à rallier Emma­nuel Macron dès 2016, il a pris une part essen­tielle dans la victoire de l’an­cien ministre de l’Eco­no­mie et des Finances. Il est invité à rejoindre le 1er gouver­ne­ment d’Edouard Philippe au pres­ti­gieux poste de ministre de l’In­té­rieur avec rang de Ministre d’Etat, il est de facto, le N°2 du gouver­ne­ment.

Le voilà, enfin, ministre à presque 70 ans. Lui qui a vu tous ses adver­saires poli­tiques locaux ou d’autres socia­listes ou radi­caux de gauche siéger au conseil des ministres (Raymond Barre, Michel Noir, Jean-Jack Quey­ranne, Michel Mercier, Nora Berra, Najat Vallaud-Belka­cem, Hélène Geof­froy, Thierry Braillard) est enfin reconnu. Dans sa tête, il ne fait pas de doute cepen­dant, qu’il revien­dra à Lyon et à la Métro­pole, symbole de   l’en­ga­ge­ment de toute sa vie poli­tique.

Elu à 29 ans et pendant plus de 46 ans à Lyon

Car c’est bien à Lyon et dans le Grand Lyon qu’il a mené tous ses combats. Passé par la CIR (Conven­tion des insti­tu­tions répu­bli­caines) à la fin des années 60 puis engagé au sein du nouveau PS, il mènera un premier combat aux muni­ci­pales de 1971 à Sainte-Foy-lès-Lyon. Terre de mission pour une liste PS dans une commune très bour­geoise de l’ouest lyon­nais.

Jeune marié, il colle les affiches avec sa femme. A nouveau, une candi­da­ture aux canto­nales de 1973 dans une terre de droite. Il décroche son 1er mandat sur la liste de Claude Bernar­din aux muni­ci­pales de mars 1977 à Lyon. A 29 ans, il est un tout jeune élu. Il commence alors une carrière de plus de 46 ans à la Ville de Lyon, comme simple conseiller muni­ci­pal de 1977 à 1995, puis comme maire du 9e arron­dis­se­ment, puis maire de Lyon de 2001 à 2017 et de 2018 à 2020.

Battu en juin 2020 dans le 9e arron­dis­se­ment, il siège à nouveau dans l’opp­si­tion comme simple conseiller muni­ci­pal. 27 ans dans l’op­po­si­tion et 19 ans à la tête de la Ville moins les 16 mois de « l’in­té­rim » de Georges Képé­né­kian.

Aux manettes de la Ville et du Grand Lyon qu’il conquiert haut la main en avril 2001, même si sur le papier, il n’était pas assuré d’avoir la majo­rité, il se lance dans une trans­for­ma­tion en profon­deur de Lyon et la métro­pole.

Créa­tion des berges du Rhône, déve­lop­pe­ment du quar­tier Confluence, lance­ment de Velo’v, déve­lop­pe­ment des lignes de tram­way T3 et T4, raccor­de­ment à Eurexpo et Saint-Exupéry (avec le dépar­te­ment), Salle 3 000 à la Cité inter­na­tio­nale, centre commer­cial de la Soie à Vaulx-en-Velin. Sans oublier les tours Oxygène, Incity et To Lyon, la fameuse « sky line » à laquelle il tenait tant.

Gérard Collomb, meilleur ambas­sa­deur de Lyon

Les milieux écono­miques lyon­nais, circons­pect à son arri­vée au poste de maire (seuls quelques patrons -Bruno Bonnell ou Alain Godard- le soutiennent alors) deviennent ses plus fervents suppor­ters. Meilleur ambas­sa­deur de Lyon à l’étran­ger ou dans les salons de l’im­mo­bi­lier (le SIMI à Cannes en mars chaque année), les profes­sion­nels de l’im­mo­bi­lier avouent : « c’est tout juste s’ils ne nous prend pas notre métier, telle­ment il vend bien sa ville ». Diffi­cile de ne pas mention­ner combien Gérard Collomb s’est battu aux côtés de Jean-Michel Aulas pour que ce dernier puisse faire sortir de terre le Grand Stade à Décines.

C’est aussi sous ses manda­tures que la Fête des Lumières prend une dimen­sion parti­cu­lière et que le Festi­val Lumière voit le jour. La réno­va­tion du Grand Hôtel-Dieu porte aussi sa marque, tout comme celle du quar­tier de la Duchère et de Vaise. La méta­mor­phose du 9e commence sous son mandat de maire de l’ar­ron­dis­se­ment avec l’aide précieuse de Raymond Barre, le maire de l’époque, conscient que les 3 arron­dis­se­ments conquis par la gauche en 1995 –1er, 8e et 9e, ont besoin d’im­por­tants inves­tis­se­ments.

La coopé­ra­tion entre Gérard Collomb et Raymond Barre se passe si bien qu’à la veille du scru­tin de mars 2001, l’an­cien premier ministre déclare que ce ne serait pas une catas­trophe si Gérard Collomb l’em­por­tait… Un coup de pouce ines­péré pour Gérard Collomb. La divi­sion entre les listes Mercier-Duber­nard et Millon fera le reste, ouvrant la voie au succès histo­rique d’un maire socia­liste à Lyon, le 1er depuis un siècle. Pour y arri­ver, Gérard Collomb aura dû s’y prendre à 4 fois, essuyant des revers en 1983, 1989 et 1995 dans sa conquête de la Ville de Lyon.

Réélu brillam­ment en 2008 et sans trem­bler en 2014, il chutera en 2020, victime des divi­sions de son camp, notam­ment un combat fratri­cide avec David Kimel­feld et aussi avec Georges Képé­né­kian. Il paie aussi une absten­tion record (seul un tiers des élec­teurs se déplace pour voter le 15 mars en pleine crise covid et pas beau­coup plus en juin pour le 2nd tour). Gérard Collomb paie aussi le déga­gisme qui a souf­flé en 2017. Il s’ex­pliquera un jour du prin­temps 2022 avec Georges Képé­né­kian sur cette élec­tion perdue. « Le seul pour qui j’ai des regrets, c’est toi. Pour les autres, je ne regrette rien », glisse Gérard Collomb à son ancien 1er adjoint.

Lyon est en deuil

Pour son dernier combat élec­to­ral, Gérard Collomb chute lour­de­ment. Ce qui n’em­pêche pas ses adver­saires et nouveaux patrons de la ville et de la métro­pole de le saluer respec­tueu­se­ment lorsqu’ils sont intro­ni­sés. Gérard Collomb devient alors le 1er oppo­sant résolu aux nouveaux exécu­tifs, ne manquant pas une occa­sion de poin­ter du doigt leurs choix et déci­sions.

En mars 2022, Emma­nuel Macron, qui a compris que Gérard Collomb avait besoin de « preuves d’amour » lui remet person­nel­le­ment les insignes d’Of­fi­cier de la légion d’hon­neur et dîne avec lui. Le 16 septembre 2022, Gérard Collomb révèle sur Twit­ter avoir « appris lundi dernier que j’étais atteint d’un cancer à l’es­to­mac. Je vais me battre contre la mala­die avec la même éner­gie que j’avais mise au service de Lyon et de notre métro­pole quand j’exerçais les fonc­tions de maire et de président ».

À l’is­sue d’un combat de 15 mois, il s’en est allé ce samedi soir. À Caro­line Collomb, sa femme, à ses enfants et à tous ses proches, Lyon Déci­deurs adresse ses pensées amicales et attris­tées et partage votre peine. Lyon est en deuil ce soir.

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