François Turcas, le patron au grand cœur s’est éteint

À trois jours de ses 77 ans, l’ancien patron emblématique de la CPME du Rhône et d’Auvergne-Rhône-Alpes est décédé ce matin, 20 mois après avoir laissé les rênes de l’organisation patronale qu’il avait présidée pendant 30 ans, la propulsant notamment à la tête de la CCI Lyon.
François Turcas François Turcas © DR

Il avait fêté son jubilé lors d’une jour­née mémo­rable le 24 mars 2022, à l’oc­ca­sion de Made in PME, immense rassem­ble­ment orga­nisé à Eurexpo, au sortir du covid, réus­sis­sant le tour de force de réunir de Charles Millon à Gérard Collomb et Bruno Bernard, sans oublier les patrons aussi emblé­ma­tiques que lui et le président natio­nal de la CPME.

Après 30 ans de prési­dence de la CPME du Rhône et de l’or­ga­ni­sa­tion à l’échelle régio­nale, il tirait sa révé­rence à l’is­sue d’une série d’hom­mages émou­vants. Aux côtés de sa famille et de ses succes­seurs, Franck Morize pour la CPME du Rhône et Daniel Villa­réal pour la CPME Auvergne-Rhône-Alpes, il avait, une dernière fois, rappelé sa passion pour l’œuvre de sa vie, cette orga­ni­sa­tion fédé­rant des milliers de PME à l’échelle régio­nale et dont il rappe­lait à l’envi qu’elle était « l’anti soli­tude du chef d’en­tre­prise ».

Une douzaine à la CGPME du Rhône en 1992

Arrivé au prin­temps 1992 à la tête de l’URPMI Rhône, à la faveur d’une reprise en main de la struc­ture rhoda­nienne par la CGPME natio­nale, François Turcas se retrou­vait à tout juste 46 ans aux manettes d’une petite équipe d’une douzaine de patrons dont quelques-uns avec lesquels il avait gravi un sommet dans l’Hi­ma­laya. Profes­sion­nel­le­ment, cet ancien para­chu­tiste, avait travaillé dans le secteur du bâti­ment au sens large via plusieurs entre­prises (Sodap inté­grée ensuite au groupe Lafarge, BAW dans le négoce de maté­riaux de construc­tion et Proli, filiale d’un groupe portu­gais spécia­lisé dans le négoce de liège).

Passionné par l’in­ter­na­tio­nal, il ne cessait d’in­ci­ter les jeunes chefs d’en­tre­prise à « aller se faire voir ailleurs » et multi­pliait les missions à l’in­ter­na­tio­nal emme­nant dans ses bagages nombre de patrons de PME pour décro­cher des contrats dans le Liban encore en guerre (1993), en Algé­rie ou bien encore au Moyen-Orient. Sous son impul­sion, la CGPME n’avait cessé de gran­dir et de se déployer quit­tant la rue Vallier dans le 7e pour la Maison Bini à Vaise dans le 9e avec une inau­gu­ra­tion en grande pompe ponc­tuée par un banquet des 1 000 à la Bras­se­rie Georges autour du 1er ministre de l’époque, Alain Juppé et d’une demi-douzaine de ministres. Les adhé­sions ne cessent de grim­per, dépas­sant les 3 000 dans le Rhône.

Retrou­vez en vidéo 🎥 : le 100ème Jour­nal Éco de Lyon Déci­deurs avec François Turcas, enre­gis­tré en mars 2022

Quand la CPME triomphe du Medef en 2010

Engagé en poli­tique, élu conseiller régio­nal sur la liste de Charles Millon à la région Auvergne-Rhône-Alpes en 1998 (puis réélu en 2004 sur la liste UMP-UDF) mais aussi à la Ville de Lyon. Proche d’Henry Chabert, il se présente néan­moins sur la liste de Charles Millon en 2001. François Turcas défend avec vigueur et charisme la cause des PME. Bien qu’élu sur des listes de droite, il est unani­me­ment appré­cié sur tous les bancs de l’échiquier poli­tique.

L’un de ses prin­ci­paux faits d’armes reste la conquête de la CCI Lyon Métro­pole fin 2010, face au Medef Lyon Rhône. Accord sur une liste unique impos­sible entre les deux orga­ni­sa­tions patro­nales qui reven­diquent l’une et l’autre le leader­ship.

François Turcas emmène ses troupes à la bataille avec son fidèle lieu­te­nant, Franck Morize, secré­taire géné­ral depuis la fin des années 90 et qui s’y connait en bataille élec­to­rale (il a été l’as­sis­tant parle­men­taire de Mars Fraysse, député de Villeur­banne de 1993 à 1997). Emma­nuel Imber­ton est de l’aven­ture aussi qui en connait un rayon en élec­tions poli­tiques. La CGPME d’alors l’em­porte haut la main et c’est Philippe Grillot qui est élu président avant de lais­ser la place fin 2012 à Emmnuel Imber­ton pour avoir oublié un peu vite qui l’a fait roi et défié ouver­te­ment l’au­to­rité de François Turcas.

Depuis cet épisode, la CPME et le Medef ne se sont plus affron­tés dans aucun scru­tin consu­laire, mais la CPME détient toujours les rênes de la chambre consu­laire dans le cadre d’un partage assumé : à la CPME la CCI lyon­naise, au Medef la CCI régio­nale.

François Turcas enchaîne les mandats à la tête de la CPME, promet­tant à plusieurs reprises qu’il s’agit du dernier mandat. Au prin­temps 2019, il fait appel à Alain Mérieux pour lui remettre la Légion d’hon­neur dans les salons de la préfec­ture bondés et en présence du direc­teur de cabi­net d’Em­ma­nuel Macron, Patrick Strzoda. En pleine bagarre, Gérard Collomb et David Kimel­feld, entendent alors François Turcas leur donner un conseil à un an du scru­tin qui les verra se déchi­rer : « ne chan­gez rien, ça nous va très bien comme cela, un à la Métro­pole et un à la Ville ». L’as­sis­tance éclate de rire.

Meneur d’hommes incom­pa­rable

Ce jour-là, il distille les remer­cie­ments, citant quelques banquiers mais pas tous… « Ceux que je ne cite pas, ce ne sont pas des oublis », prend-il soin de préci­ser mali­cieu­se­ment. Ce jour-là, il finit ses remer­cie­ments par sa femme et ses enfants. C’est à eux aussi qu’à son tour, Lyon Déci­deurs adresse ses pensées attris­tées et émues aujourd’­hui, parta­geant leur peine, celle de ses amis et de la grande famille de la CPME. François Turcas était un patron au grand cœur, un meneur d’hommes incom­pa­rable, toujours là pour aider un chef d’en­tre­prise dans la diffi­culté.

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