Comment Collomb a poussé pour le Grand Stade de Décines

C’est l’un de ses principaux combats, mené de front et pendant dix ans avec Jean-Michel Aulas. Entre 2006 et 2016, Gérard Collomb s’est démené pour faire sortir de terre le Grand Stade de Décines.
Aulas et Collomb © Olivier Chassignole - photo d’illustration

C’est d’abord l’his­toire d’un rendez-vous, en 1986, chez Pierre Béré­go­voy, alors ministre de l’Éco­no­mie et des Finances. « Gérard était alors député, et je le côtoyais dans le cadre de mes acti­vi­tés avec Cegid. Il m’avait décro­ché un entre­tien et emmené à Bercy pour faire modi­fier la loi sur la créa­tion d’en­tre­prises », se souvient Jean-Michel Aulas.

Bien des années plus tard, la trajec­toire des deux hommes prend une autre tour­nure, à la tête de la ville et du plus puis­sant club du foot­ball français, des rêves de gran­deur plein la tête. Jean-Michel Aulas en est convaincu.

Pour fran­chir un cap et atteindre les sommets euro­péens, l’OL doit construire son propre stade à l’image d’Ar­se­nal ou du Bayern Munich. La première piste vali­dée par Gérard Collomb pour cette nouvelle enceinte mène au site du Puisoz, à Vénis­sieux, le long du péri­phé­rique.

« Le terrain appar­te­nait au fonds améri­cain Apollo qui était prêt à signer un deal à 50–50 avec l’OL. Mais cette propo­si­tion est vite refu­sée par Aulas », rejoue Thierry Braillard, l’an­cien adjoint aux Sports de Gérard Collomb.

Le président de l’OL veut avoir les mains libres sur le dossier, sans être asso­cié à Apollo, et vise surtout un foncier plus large pour déve­lop­per des acti­vi­tés connexes autour du stade et géné­rer plus de reve­nus avec des hôtels, des restau­rants, un pôle de loisirs… « Il s’en­suit six mois de recherche au Grand Lyon pour trou­ver un autre site où implan­ter ce stade. Gérard Collomb propose alors le site du Montout à Décines, à 15 kilo­mètres du centre-ville. Un site stra­té­gique puisqu’une partie du terrain appar­tient déjà au Grand Lyon », prolonge Thierry Braillard.

L’idée est rapi­de­ment vali­dée par Jean-Michel Aulas. Le 20 septembre 2007, le président de l’OL convoque la presse pour la présen­ta­tion offi­cielle du projet, aux côtés de Gérard Collomb et de Pierre Credoz, l’an­cien maire de Décines.

Impli­ca­tion totale de Gérard Collomb

© Olivier Chas­si­gnole – photo d’illus­tra­tion

« À partir de là, l’in­ves­tis­se­ment de Gérard Collomb a été très puis­sant. Il a mouillé la chemise, peut-être même plus que Jean-Michel Aulas », note l’an­cien secré­taire d’État aux Sports. Face à la forte oppo­si­tion susci­tée par le projet, l’im­pli­ca­tion du maire est totale.

Il parti­cipe aux concer­ta­tions, reçoit des délé­ga­tions d’agri­cul­teurs, fait passer un amen­de­ment au Sénat avec Michel Mercier, en 2008, pour faire recon­naître les enceintes spor­tives d’in­té­rêt géné­ral par l’État.

Et, il signe une enve­loppe de 200 millions d’eu­ros pour finan­cer les accès au stade et bataille contre plus de 120 recours admi­nis­tra­tifs. « Il a fait du mili­tan­tisme pour convaincre que Décines était le bon choix. Mais je sais qu’il s’est parfois décou­ragé en voyant les retards s’ac­cu­mu­ler et les montants des hono­raires liés aux recours grim­per jusqu’à plusieurs millions d’eu­ros. Il a demandé à Jean-Michel Aulas si ça valait la peine de conti­nuer », note Thierry Braillard.

Pour bon nombre d’ob­ser­va­teurs, l’op­tion du Puisoz aurait été bien préfé­rable. « Le fait d’avoir fait ce stade à Décines plutôt qu’à Vénis­sieux est pour moi une erreur indus­trielle, note une autre source sous couvert d’ano­ny­mat. Il y avait déjà le métro et le boule­vard péri­phé­rique sur place et le tram­way devait arri­ver à Vénis­sieux. L’an­cien maire, André Gerin, avait commencé à mener les concer­ta­tions sur le site. Il y aurait eu beau­coup moins de recours et le stade serait sorti de terre beau­coup plus vite, en 2011 ou 2012. »

« Il a fallu batailler »

Le Grou­pama Stadium sera fina­le­ment inau­guré en 2016, bien aidé par la dési­gna­tion de la France comme pays hôte de l’Euro cette année-là. L’hé­gé­mo­nie spor­tive et les épopées euro­péennes de l’OL sont déjà passées. « On a perdu beau­coup de temps dans la construc­tion du stade. S’il avait été là en 2010, on était prêts pour être cham­pions d’Eu­rope », regret­tait JMA dans Télé­foot en mai dernier. « Il a fallu batailler pour faire surgir ce stade, mais c’est toujours comme cela pour les grands projets, expliquait Gérard Collomb lors de la pose de la première pierre en 2013. Il a fallu combattre, mais demain, notre vision d’ave­nir va deve­nir réalité. »

Forcé­ment, le dossier a renforcé les liens entre les deux hommes. «  Ils avaient tous les deux inté­rêt à ce que le stade sorte. S’il ne se faisait pas, ça deve­nait un échec poli­tique pour Collomb et écono­mique pour Aulas. Leurs inté­rêts se rejoi­gnaient », confirme Thierry Braillard. La preuve aussi, du long chemin parcouru par ces deux barons lyon­nais depuis ce rendez-vous à Bercy.

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