Barreau de Lyon : une finale de double mixte inat­ten­due

Alors qu’il franchit la barre des 4 000 avocats, le barreau de Lyon élit son bâtonnier et sa vice-bâtonnière fin janvier. La partie s’annonce serrée entre les deux binômes en présence. Epilogue d’un automne tumultueux après la démission d’Yves Hartemann, moins de deux mois avant sa prise de fonction.
Jean-Francois Barre, Valérie Giet, Alban Pousset-Bougère et Sara Kebir - Barreau de lyon
Jean-Fran­cois Barre, Valé­rie Giet, Alban Pous­set-Bougère et Sara Kebir © DR

Le parrain de la promo­tion 2023 des avocats compo­sant les barreaux de la cour d’ap­pel de Lyon trône en majesté, pour la photo de famille, sur les marches du palais des 24 colonnes aux côtés de la bâton­nière, Marie-Josèphe Laurent. Quelques semaines après avoir fêté ses 90 ans, André Soulier prend un plai­sir non dissi­mulé à adou­ber les 139 nouveaux avocats qui vont permettre au barreau de Lyon de fran­chir, en ce début d’an­née 2024, la barre des 4 000 avocats.

Satis­fac­tion aussi pour Marie-Josèphe Laurent de s’ex­traire, ce lundi de décembre, de la cuisine élec­to­rale du barreau lyon­nais, pour accueillir les futurs femmes et hommes du droit. Car les dernières semaines n’ont pas été de tout repos pour elle après la démis­sion, début novembre, du bâton­nier élu Yves Harte­mann, moins de deux mois avant de prendre ses nouvelles fonc­tions.

Aux prises avec diffé­rentes procé­dures judi­ciaires liées à ces anciennes fonc­tions de maire de Grézieu-la-Varenne entre 1995 et 2008 sur un dossier de pollu­tion indus­trielle, l’avo­cat spécia­lisé en droit des victimes renonce le 8 novembre devant le conseil de l’ordre des avocats lyon­nais. La veille, son étude et son domi­cile ont été perqui­si­tion­nés.

Conci­lia­bules discrets

« C’est une déci­sion de sagesse, explique alors Yves Harte­mann. Je dois régler ma situa­tion d’abord. Dans l’in­té­rêt du barreau, c’est la meilleure des solu­tions. Nous avions été élus sur un programme avec Valé­rie Giet. Je souhaite qu’elle se présente et je serai son suppor­ter numéro 1 », affirme-t-il alors. L’avo­cate en droit des socié­tés qui avait été élue vice-bâton­nière aux côtés d’Yves Harte­mann confirme, de son côté, qu’elle « n’a pas envie que ça s’ar­rête » et qu’elle compte « porter le projet jusqu’au bout ».

Marie-Josèphe Laurent réunit un conseil de l’ordre la semaine qui suit la démis­sion pour fixer le calen­drier du nouveau scru­tin. A ceux qui deman­daient à Yves Harte­mann de démis­sion­ner depuis un moment déjà, la bâton­nière explique alors que « lui seul pouvait prendre cette déci­sion et il a pris la bonne déci­sion, mais il n’est pas ques­tion de jeter le discré­dit sur cet homme. N’ou­blions pas que, chaque jour, nous nous levons pour faire respec­ter la présomp­tion d’in­no­cence ».

Autant dire que Marie-Josèphe Laurent réfute avec force l’idée d’un barreau en crise, divi­sée et dans la tempête. « Il ne faut jamais perdre son sang-froid, ne pas se lais­ser empor­ter, rester calme. Il y a des règles à respec­ter. Il s’agit de tenir la barre. Cette histoire est derrière nous main­te­nant », plaide la bâton­nière en dévoi­lant le calen­drier des opéra­tions, mi-novembre. Les candi­dats ont jusqu’au 12 janvier pour se faire connaître. Le scru­tin aura lieu les 30 et 31 janvier, si deux tours s’avèrent néces­saires. Soit deux petits mois de campagne.

Les noms commencent à circu­ler

Commencent alors les trac­ta­tions secrètes et conci­lia­bules discrets. Plusieurs noms circulent : Alain Jaku­bo­wicz, Thierry Dumou­lin, Jean-Claude Desseigne, Alban Pous­set-Bougère, Jean-François Barre. Et, bien sûr, celle qui « a les cartes en mains », Valé­rie Giet.

Cette dernière propose alors au péna­liste Jean-François Barre de faire tandem avec elle autour du projet qu’elle avait défendu initia­le­ment avec Yves Harte­mann. Un binôme qui incarne la légi­ti­mité du sortant et celle de l’élue et qui évite toute discus­sion sur l’ordre de présen­ta­tion. Vice-bâton­nier sortant, Jean-François Barre ne peut pas enchaî­ner avec un deuxième mandat de vice-bâton­nier, seul une candi­da­ture au bâton­nat est possible pour lui. Et Valé­rie Giet reprend sa candi­da­ture au vice-bâton­nat comme en novembre 2022.

Quelques anciens bâton­niers ont œuvré dans la coulisse à la candi­da­ture de ce binôme, dont Farid Hamel notam­ment. Mais pas tous. Diffi­cile de ne pas voir dans le binôme Alban Pous­set-Bougère-Sara Kébir, l’in­fluence d’Adrien-Charles Dana, figure emblé­ma­tique du barreau lyon­nais, ancien bâton­nier lui aussi, et dont le cabi­net s’est rappro­ché du Nantais Cornet Vincent Ségu­rel avec Alban Pous­set-Bougère aux manettes à Lyon

Dès la démis­sion d’Yves Harte­mann connue, Alban Pous­set-Bougère s’est mis en ordre de marche, se conten­tant d’une réponse évasive dans un 1er temps –« Je réflé­chis »- pour mieux prépa­rer le terrain. Histoire de voir aussi avec qui Valé­rie Giet enten­dait former un tandem. Dès lors qu’elle avait choisi de rouler avec Jean-François Barre, la route se déga­geait pour un nouveau binôme et Alban Pous­set-Bougère n’a pas tardé à sortir sa carte maîtresse, Sara Kébir, jeune avocate (ayant travaillé chez CVS avant de créer son propre cabi­net) et surtout déjà très impliquée dans les instances de la profes­sion.

Elle a été nommée en 2021 co-prési­dente de la commis­sion déon­to­lo­gie du barreau lyon­nais. De son côté, Alban Pous­set-Bougère, le patron de Cornet Vincent Ségu­­rel à Lyon, rappelle ses « 15 ans au service des insti­tu­tions ordi­nales et diverses repré­sen­ta­tions du barreau dans les juri­dic­tions confiées par huit bâton­niers ». Tandis que certains le présente comme un homme de consen­sus, il s’em­presse d’ajou­ter « consen­sus, oui, mais pas un consen­sus mou ! » Et d’en appe­ler à « un débat démo­cra­tique ouvert et trans­pa­rent, essen­tiel pour l’ave­nir du barreau », tout en évoquant une « dyna­mique nouvelle » et « le souci d’être à l’écoute des aspi­ra­tions des jeunes géné­ra­tions.

Beau match en pers­pec­tive

De leur côté, Jean-François Barre et Valé­rie Giet écrivent dans leur profes­sion de foi vouloir « mettre immé­dia­te­ment à votre service notre éner­gie et notre expé­rience commune, ayant déjà travaillé ensemble au sein de l’Ordre depuis janvier dernier ».

Il est aussi ques­tion de rendre « l’Ordre toujours plus proche de vous » et d’ac­com­pa­gner les avocats « dans les grandes trans­for­ma­tions de notre profes­sion : digi­tal/intel­li­gence arti­fi­cielle, RSE, modes d’exer­cice ».

De « nombreux défis » cités nommé­ment aussi par Alban Pous­set-Bougère et Sara Kébir, preuve que tout n’op­pose pas les deux équipes qui s’af­frontent. Un beau match en pers­pec­tive, de l’avis unanime de plusieurs avocats.

La grande expli­ca­tion autour des programmes est fixée au mardi 23 janvier à 18 h 30 au siège de l’Ordre des avocats. Un débat orga­nisé par les diffé­rents syndi­cats profes­sion­nels : SAF (syndi­cat des avocats de France), ACE (Avocats conseil d’en­tre­prise), CNA (confé­dé­ra­tion natio­nale des avocats), UJA (union des jeunes avocats) et ABF (avocats des barreaux de France).

Avec l’es­poir que cette confron­ta­tion de projets débouche sur une forte parti­ci­pa­tion les 30 et 31 janvier. Fin novembre, pour le conseil de l’ordre, seuls 43% des inscrits avaient pris la peine de voter.

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