Grégory Doucet : « Ma bous­sole c’est le bien-être des Lyon­nais »

Élu maire de Lyon en juillet 2020, Grégory Doucet aborde aujourd’hui la deuxième partie de son mandat à la tête de la troisième ville de France. Décrié en début d’exercice pour ses prises de position jugées parfois trop clivantes, l’élu écologiste défend son projet pour adapter la ville aux enjeux climatiques et cherche désormais à renforcer sa proximité avec les habitants. Avant d’être candidat, dans deux ans, à sa propre réélection.
Grégory Doucet maire de lyon
Grégory Doucet © Pierre Ferran­dis

Comment devient-on maire d’une grande ville dans laquelle on ne réside que depuis dix ans, sans jamais avoir été élu aupa­ra­vant ?

Grégory Doucet : On s’y prépare. La campagne a été parti­cu­lière puisqu’il s’est passé plusieurs mois entre le premier et le second tour. Cela m’a permis de prépa­rer l’exé­cu­tif. Le soir du deuxième tour, l’es­sen­tiel de mon équipe était déjà construit, les objec­tifs fixés et les feuilles de route établies. Nous avions aussi mené tout un travail collec­tif, dès 2017, pour penser à la ville de demain et construire notre programme. Nous avions iden­ti­fié les personnes qui souhai­taient s’en­ga­ger avec nous ; des personnes qui ne venaient pas du sérail poli­tique, mais plutôt de la vie asso­cia­tive avec des profils extrê­me­ment variés. Donc au soir du deuxième tour, nous étions nombreux à être élus sans avoir la moindre expé­rience d’élu poli­tique.

Cette inex­pé­rience vous a valu de nombreuses critiques durant les premiers mois de votre mandat. Que répon­dez-vous à ceux qui vous ont repro­ché de ne pas être le maire de tous les Lyon­nais, mais d’agir en prio­rité pour vos mili­tants ?

Lorsque nous sommes arri­vés aux respon­sa­bi­li­tés, nous étions en pleine crise sani­taire. Nous sortions d’un confi­ne­ment et allions rentrer dans un nouveau confi­ne­ment. J’ai été, dès le début, le maire de toutes les Lyon­naises et de tous les Lyon­nais lorsqu’il s’est agi de répondre à l’ur­gence de cette crise sani­taire. La Ville de Lyon a été la première à mettre en place un grand centre de dépis­tage, puis l’une des premières à ouvrir un grand centre de vacci­na­tion, au Palais des Sports de Gerland. Nous avons tout de suite été, avec l’en­semble de mon exécu­tif, au service de tous les Lyon­nais.

Vous avez présenté votre bilan cet automne lors des rencontres de mi-mandat et êtes très présent dans les médias ces dernières semaines. Quel est le sens de ces prises de paroles ?

Être élu, c’est agir au nom de l’en­semble des citoyennes et citoyens d’une ville. Je prends des déci­sions en leur nom, donc il est normal de leur rendre des comptes. Les rencontres de mi-mandat ont d’abord été l’oc­ca­sion d’al­ler à la rencontre des Lyon­nais, en proxi­mité, pour leur présen­ter l’en­semble de nos réali­sa­tions. Nous avons pu leur dire qu’un tiers des 573 actions du plan de mandat ont été réali­sées, et que 60% d’entre elles sont program­mées ou en cours de réali­sa­tion.

Est-ce aussi une manière de commen­cer à prépa­rer les muni­ci­pales de 2026, où vous serez candi­dat à votre propre succes­sion ?

Je n’ai pas l’œil rivé sur la prochaine élec­tion. L’objec­tif de ces rencontres, c’était d’abord d’être à l’écoute des Lyon­naises et des Lyon­nais, d’en­tendre leurs préoc­cu­pa­tions. Ils m’ont parlé de propreté, de sécu­rité, de loge­ment, d’ac­ti­vité écono­mique, du rôle de la jeunes­se… Ils m’ont aussi beau­coup parlé du chan­ge­ment clima­tique et de leur inquié­tude pour leurs enfants ou petits-enfants. J’ai pu leur présen­ter les actions que nous enga­geons depuis le début du mandat pour répondre à ces diffé­rentes problé­ma­tiques. Plus que sur la prochaine élec­tion, j’ai l’œil rivé sur les grands enjeux à long-terme auxquels la ville doit se prépa­rer.

Et comment comp­tez-vous adap­ter la ville à ces grands enjeux ?

Ma bous­sole, mon premier indi­ca­teur de réus­site, c’est le bien-être des habi­tantes et des habi­tants de cette ville. Si aujourd’­hui nous voulons faire en sorte que les gens puissent bien vivre à Lyon, il faut adap­ter la ville au chan­ge­ment clima­tique. Il faut donc la trans­for­mer, agir sur les mobi­li­tés, le loge­ment, l’ha­bi­tat, l’es­pace public. Il faut aussi pouvoir la rafraî­chir, y plan­ter des arbres et c’est ce que nous faisons depuis 2020 avec un grand plan de végé­ta­li­sa­tion. Je veux faire en sorte que les Lyon­nais d’aujourd’­hui aient encore envie de vivre à Lyon demain, avec le même niveau de bien-être. Donc on inves­tit massi­ve­ment, dans les écoles, dans les crèches, dans les équi­pe­ments spor­tifs… Vous avez des gens qui viennent aujourd’­hui vivre à Lyon parce qu’ils savent qu’ici, on fait un effort consi­dé­rable sur la qualité de vie et le bien-être en ville.

Les entrées de Lyon en voiture sont de plus en plus encom­brées. La ville est la troi­sième la plus embou­teillée de France selon un récent clas­se­ment. Comment lutter contre ce problème ?

Vous avez vu des images du Lyon des années 70, 80 ou 90 ? Les embou­teillages étaient déjà présents dans la ville. Cepen­dant depuis 2019, la circu­la­tion auto­mo­bile a baissé de plus de 10%. Les gens prennent moins leur voiture et utilisent plus les trans­ports en commun. On constate aussi une augmen­ta­tion de 60% de la pratique du vélo depuis 2019. Les mobi­li­tés sont en train de se trans­for­mer. La prio­rité, c’est de faire en sorte que Lyon soit une ville marchable, où le piéton s’y sent à l’aise. Un autre clas­se­ment nous place numéro 1 des villes françaises où l’on peut tout faire à pied. Je m’en réjouis, mais ce n’est qu’un début. On va conti­nuer.

Comme avec le projet de piéton­ni­ser la rue de la Répu­blique ou le réamé­na­ge­ment de la rive droite des quais du Rhône. Votre objec­tif, c’est de faire sortir les voitures de la Presqu’île ?

La zone à trafic limité sur la Presqu’île et le réamé­na­ge­ment de la rive droite du Rhône visent d’abord à faci­li­ter la vie des rive­rains et des piétons. On ne va pas faire dispa­raître le trafic en Presqu’île, on va le limi­ter. Ma première prio­rité, c’est celui qui marche, ensuite celui qui se déplace à vélo et ensuite celui qui utilise les trans­ports en commun. Donc on va faire en sorte qu’il n’y ait plus ce trafic de tran­sit qui pollue la Presqu’île et la rend moins agréable à vivre. Nous allons réamé­na­ger des sites pour les rendre tota­le­ment piétons et permettre ainsi aux habi­tantes et aux habi­tants de gagner en qualité de vie. L’objec­tif de cette zone à trafic limité, c’est d’abord de faire en sorte qu’en Presqu’île, on s’y sente bien.

Des asso­cia­tions d’ha­bi­tants et de commerçants ont exprimé leur oppo­si­tion au projet. Que leur répon­dez-vous ?

La Presqu’île est un cœur battant écono­mique de la ville, donc les voiries reste­ront acces­sibles aux livreurs et profes­sion­nels, ainsi qu’aux rive­rains, grâce à un système de bornage. On ne garde que le trafic néces­saire. Je vous parlais de ma prio­rité pour le piéton, elle s’in­carne dans ce projet. Ce sera aussi l’oc­ca­sion de végé­ta­li­ser les endroits que nous allons rendre piétons. Nous allons amener de la fraî­cheur, avec en paral­lèle ces 3 hectares d’es­paces verts et de nature sur la rive droite du Rhône, et faire ainsi de la Presqu’île un lieu encore plus agréable. Et lorsqu’un lieu est plus agréable, il est plus attrac­tif. Je peux vous assu­rer que pour les commerçants, ce sera bien mieux.

La consul­ta­tion que vous aviez lancé sur la place des terrasses dans la ville a aussi suscité beau­coup d’inquié­tude chez les profes­sion­nels. Va-t-on vers une réduc­tion du nombre des terrasses et de leurs horaires d’ou­ver­ture ?

Nous avons construit un nouveau règle­ment avec les profes­sion­nels. Ce sont eux qui ont le savoir-faire et l’ex­pé­rience, donc nous les avons écou­tés en prio­rité. Il fallait trou­ver le bon équi­libre entre le dyna­misme écono­mique et le respect des rive­rains. Nous rédui­sons l’am­pli­tude horaire, avec une heure d’ou­ver­ture de moins, de 1h du matin à 0h, les dimanches, lundis et mardis, mais les horaires restent inchan­gés les autres jours. Et nous éten­dons de trois mois supplé­men­taires les terrasses sur station­ne­ment. Il ne s’agit donc pas de réduire le nombre de terrasses, au contraire. J’ai envie d’avoir une ville vivante.

L’une des prio­ri­tés de votre mandat, c’est le plan Lyon 2030 pour rendre la ville neutre en carbone, avec l’ap­pui de l’Eu­rope. Où en êtes-vous dans la mise en place de ce plan ?

Lyon 2030, c’est la décli­nai­son lyon­naise du programme ‘100 villes clima­tique­ment neutres et intel­li­gentes pour 2030’ de la Commis­sion euro­péenne. L’objec­tif, c’est de décar­bo­ner notre écono­mie et nos modes de vie. Nous avons donc créé l’agora Lyon 2030 pour asso­cier des parte­naires à cette ambi­tion. Elle regroupe aujourd’­hui 70 acteurs, parmi des entre­prises de tous secteurs, des asso­cia­tions diverses et le monde de l’en­sei­gne­ment supé­rieur lyon­nais (INSA, ENS, Centrale, emlyon, Sciences Po, Lyon I-II-III…). Ces acteurs sont tous enga­gés dans cette démarche de neutra­lité carbone à nos côtés. 70 acteurs c’est bien, mais ce n’est pas suffi­sant. En 2024, nous voulons accueillir de nouvelles parties prenantes et entre­prises dans cette agora.

Certains chefs d’en­tre­prise regrettent de ne pas avoir de lien avec vous ou votre exécu­tif. Quelles rela­tions entre­te­nez-vous avec les milieux écono­miques ?

Je ne vien­drais pas voir Lyon Déci­deurs si j’étais aller­gique au monde de l’en­tre­prise. Je rencontre fréquem­ment des entre­pre­neurs lyon­nais et j’ai des rela­tions de très grande proxi­mité avec la CCI, le Medef ou la CPME. On se voit, on évoque diffé­rents sujets comme par exemple la zone à trafic limité de la Presqu’île. Et puis je rencontre régu­liè­re­ment des chefs d’en­tre­prise dans des cercles profes­sion­nels. Alors peut-être que certains n’ont pas le bon numéro (rires) ou que je ne fréquente pas les mêmes lieux qu’eux.

Encore dans notre précé­dent numéro, le numéro 1 français du tourisme, Laurent Abit­bol, regret­tait de ne jamais avoir pu vous rencon­trer…

Si vous faites réfé­rence à des chefs d’en­tre­prise pari­siens qui habitent Paris, viennent à Lyon tous les 6 mois et qui regrettent de ne pas rencon­trer le maire, j’ai le regret de vous dire qu’ils ne sont pas bien partis pour avoir un rendez-vous avec moi. (Lyon­nais, Laurent Abit­bol partage sa semaine entre Paris et Lyon, NDLR)

Comment défi­ni­riez-vous vos rela­tions avec le président de la Métro­pole de Lyon, Bruno Bernard ? Êtes-vous toujours sur la même longueur d’onde ?

Nous avons des styles diffé­rents, des parcours qui ne sont pas les mêmes. Nous ne sommes pas des copies conformes et c’est heureux. Nos approches sont complé­men­taires. Nous avons chacun des sujets de prédi­lec­tion et nous travaillons de façon très harmo­nieuse. Nous nous voyons chaque semaine pour passer en revue les sujets, parta­ger des réflexions, établir des prio­ri­tés ou mettre de l’huile dans les rouages. Si nous arri­vons à lancer autant de chan­tiers, comme ce sera le cas en 2024 avec la zone à trafic limité de la Presqu’île, le réamé­na­ge­ment de la rive droite du Rhône, la requa­li­fi­ca­tion du boule­vard de la Croix-Rousse, l’ave­nue des Frères Lumière, la rue Gari­baldi, la rue du Mail, c’est juste­ment parce qu’on travaille très bien avec Bruno Bernard. Notre objec­tif commun, c’est l’in­té­rêt géné­ral, le bien-être des habi­tants de la Métro­pole et de la Ville de Lyon.

Grégory Doucet © Pierre Ferran­dis

Le poids poli­tique et écono­mique de la Ville de Lyon est bien infé­rieur à celui de la Métro­pole. L’af­fron­te­ment de ces deux légi­ti­mi­tés est-il parfois frus­trant ?

Il ne faut pas parler d’af­fron­te­ment, mais de complé­men­ta­rité. Je n’en­vi­sage pas la vie poli­tique comme un champ de bataille mais comme un champ de coopé­ra­tion. Je fais en sorte de coopé­rer avec la Métro­pole. Avec la Région aussi, même si je ne vous cache pas que c’est beau­coup plus compliqué. La coopé­ra­tion, ce n’est pas inné. Il faut la construire, tendre la main et faire aussi le constat que parfois, la main tendue n’est pas prise.

Vous prenez du plai­sir à être maire de Lyon ?

Abso­lu­ment, c’est une tâche passion­nante. Il y a bien sûr des sujets complexes à trai­ter, mais des sujets complexes, j’en ai beau­coup traité dans ma carrière profes­sion­nelle dans l’hu­ma­ni­taire. Être au service des Lyon­naises et des Lyon­nais, c’est extrê­me­ment porteur pour moi. Et j’y prends du plai­sir quoti­dien­ne­ment.

Quelle trace souhai­tez-vous lais­ser en tant que maire de Lyon ?

Je ne raisonne pas de cette manière. Mon indi­ca­teur de succès, je vous le redis, c’est le bien-être des Lyon­naises et des Lyon­nais. Beau­coup de gens m’in­ter­ro­geaient après l’élec­tion pour me deman­der quel serait mon grand projet pour cette manda­ture. Et bien quand je vois le nombre de rues aux enfants qu’on a fait dans cette ville, le nombre d’écoles réno­vées ou ouvertes, quand je vois qu’on arrive à faire sortir de terre des équi­pe­ments spor­tifs ou cultu­rels, c’est ça qui compte pour moi. Ce qui compte, c’est que demain, les Lyon­nais aient des réponses à leurs attentes en matière de bien-être.

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