Lyon-Turin : accord entre Laurent Wauquiez et l’Etat

A 24 heures du dépôt du dossier de financement de l’APD (avant-projet détaillé) des voies d’accès au tunnel international de la liaison à grande vitesse Lyon-Turin, Laurent Wauquiez et l’Etat français se posent en sauveur du projet en apportant à 50-50 les 40 millions d’euros manquants. Un accord a été trouvé sur le Contrat de plan Etat-Région (CPER), en souffrance depuis plusieurs mois.
Laurent WAUQUIEZ Laurent wauquiez © DR

« Ce sera, jusqu’à l’ul­time minute, une partie de poker menteur ». C’est un obser­va­teur chevronné qui glis­sait ce commen­taire cet été sur le bouclage du finan­ce­ment des études pour le tracé des voies d’ac­cès côté français de la ligne ferro­viaire trans­al­pine Lyon-Turin. L’État a inclus le dossier du contour­ne­ment ferro­viaire de l’ag­glo­mé­ra­tion lyon­naise, le CFAL Nord. Au total, 220 millions d’eu­ros à trou­ver, dont 90 millions appor­tés par l’Union euro­péenne, charge à la France de mettre 130 millions d’eu­ros sur la table. Au départ, l’Etat s’en­gage à hauteur de 65 millions d’eu­ros et demande aux collec­ti­vi­tés locales (région, dépar­te­ments, métro­poles concer­nées) d’ap­por­ter les 65 autres millions pour boucler le dossier.

Un calen­drier serré

Sauf que, depuis plusieurs semaines, il manque 40 millions d’eu­ros et l’heure tourne. Si le dossier n’est pas rendu le 30 janvier avec tout le finan­ce­ment (130 millions d’eu­ros garan­tis par la France, Etat et collec­ti­vi­tés terri­to­riales addi­tion­nés), c’est le projet Lyon-Turin dans son ensemble qui est remis en cause, plus spécia­le­ment sur les voies d’ac­cès côté français.

Des voies d’ac­cès que l’Eu­rope est prête à finan­cer à hauteur de 50%, à condi­tion que la France ne tergi­verse pas à n’en plus finir. Passé le délai du 30 janvier, l’Eu­rope ne rouvrira la porte d’éven­tuels finan­ce­ments que dans plusieurs années. Et la DUP (décla­ra­tion d’uti­lité publique) du projet tombe aux oubliettes. C’est donc bel et bien une date butoir que l’échéance du 30 janvier 2024.

En résumé, face aux 65 millions promis par l’Etat, les collec­ti­vi­tés locales n’ap­por­taient jusqu’à dimanche soir « que » 25 millions d’eu­ros : 13 millions pour la région Auvergne-Rhône-Alpes, 5 millions pour la Métro­pole de Lyon (pour le volet CFAL), 3 millions pour le dépar­te­ment de la Savoie, 1,5 million pour le Rhône, 1 million pour la Métro­pole d’An­necy et autant pour la Métro de Grenoble, 0,5 million pour Cham­béry et 0,3 million pour Aix-les-Bains.

Déblo­cage sur le Contrat de plan Etat-Région

Pour débloquer la situa­tion, l’Etat annonce la semaine dernière qu’il est prêt à prendre en charge 20 millions d’eu­ros sur les 40 manquants, charge aux collec­ti­vi­tés terri­to­riales de mettre aussi 20 millions supplé­men­taires.

Au passage, Chris­tophe Béchu, le ministre de la Tran­si­tion écolo­gique qui gère le dosser en l’ab­sence de ministre des Tran­sports, s’étonne devant le Sénat que la Région Auvergne-Rhône-Alpes ne s’en­gage pas plus sur un tel dossier.

Dimanche soir, Laurent Wauquiez sort du bois et se pose en « sauveur  » du Lyon Turin, annonçant dans un entre­tien à l’AFP, qu’il est prêt à porter sa parti­ci­pa­tion de 13 à 33 millions, soit les 20 millions d’eu­ros manquants.

À une condi­tion toute­fois : il demande à l’Etat de mettre 100 millions d’eu­ros de plus sur « les mobi­li­tés du quoti­dien » dans le cadre du Contrat de plan Etat-Région. «  Je mets 100 millions de plus sur la table et je demande à l’Etat de faire pareil pour le sauve­tage des petites lignes ferro­viaires, l’in­ves­tis­se­ment sur les voies vertes et la sécu­ri­sa­tion des ouvrages d’art pour les routes ».

Du côté de la préfète, Fabienne Buccio, on se réjouit que Laurent Wauquiez ait avancé sur le contrat de plan. En début d’an­née, c’est elle qui disait être en attente d’une réponse de la région sur le CPER… Voilà que tout se débloque. La part de l’Etat dans le CPER va passer de 620 à 690 millions, la Région suivant de son côté dans les mêmes propor­tions. L’Etat va ainsi finan­cer des petites lignes et des vélo-routes. « C’est ce que nous avions mis sur la table lors des négo­cia­tions  » depuis plusieurs semaines indique-t-on à la préfec­ture.

L’ab­sence du dépar­te­ment de l’Isère

Du côté du gouver­ne­ment, on ne manque pas de rappe­ler, au passage, qu’on ne s’au­to­pro­clame pas « sauveur du Lyon-Turin  » quand l’Eu­rope met 90 millions et l’Etat 85 millions. Bruno Bernard, président écolo­giste de la Métro­pole de Lyon, a beau jeu de rappe­ler, de son côté, qu’il s’en­gage sur 5 millions d’eu­ros pour le CFAL Nord, alors qu’il n’est pas favo­rable à la liai­son Lyon-Turin. Et, surtout, il pointe du doigt « les dépar­te­ments de droite qui mettent 0 euro ». Sont visés les dépar­te­ments de l’Ain, de la Haute-Savoie et, surtout, l’Isère qui va béné­fi­cier d’un montant non négli­geable de travaux sur son terri­toire.

De fait, le refus de l’Isère de mettre au pot, inter­pelle. Certains y voient une fâche­rie entre Laurent Wauquiez et Jean-Pierre Barbier, le président LR du dépar­te­ment de l’Isère à la suite de l’an­nonce de la candi­da­ture des régions Auvergne-Rhône-Alpes et Sud pour les JO d’hi­ver 2030. Aucune épreuve ne serait prévue en Isère au grand dam des Dauphi­nois. De là à ce que ceci explique cela, il n’y a qu’un pas.

Expli­ca­tion du dépar­te­ment de l’Isère : ce dernier « tient la même posi­tion depuis 2006 : nous sommes favo­rables au Lyon-Turin et nous aména­ge­rons toutes les voies routières de réta­blis­se­ment rele­vant de sa compé­tence (…) une fois qu’il sera en construc­tion. En revanche, la collec­ti­vité ne parti­ci­pera pas au finan­ce­ment de sa réali­sa­tion qui relève de l’Etat. Sa prio­rité est, depuis 2017, la ligne Lyon-Grenoble et le Lyon-Turin n’y appor­tera quasi­ment aucune amélio­ra­tion ».

Enle­ver 1 million de camions des vallées alpines

Bref, beau­coup de chicayas poli­ti­ciens face à un projet d’en­ver­gure euro­péenne qui vise tout simple­ment à reti­rer plus de 1 million de camions des vallées alpines. Sans comp­ter que l’ébou­le­ment qui a mis à mal la liai­son ferro­viaire France-Italie cette fin d’été souligne, chaque jour un peu plus, l’ur­gence de la réali­sa­tion de cette liai­son.

Il aura quand même fallu attendre la veille pour que le dossier soit bouclé. « La Commis­sion euro­péenne annon­cera en juin prochain si le dossier français a été retenu pour béné­fi­cier des solu­tions solli­ci­tées » précise le Comité pour la Tran­sal­pine dans un commu­niqué où il « salue l’ac­cord conclu entre l’Etat et les collec­ti­vi­tés locales en vue du dépôt d’un dossier de demande de subven­tions à l’Union euro­péenne  ».

🎥En vidéo: Grand Entre­tien – Jacques Gounon, président du Comité pour la Tran­sal­pine

Une fois la réponse de la Commis­sion euro­péenne obte­nue, l’étape de l’APD (avant-projet détaillé) pren­dra 3 ans à comp­ter de 2025. « Ces études ont pour but de défi­nir de manière très détaillée les projets dans leurs aspects tech­niques, écono­miques et envi­ron­ne­men­taux. Elles visent égale­ment à plani­fier les diffé­rentes phases de travaux  ».

Les travaux propre­ment dit des voies d’ac­cès ne commen­ce­ront qu’a­près. Coût estimé de ces travaux : envi­ron 8 milliards d’eu­ros dont 50% éligibles à un cofi­nan­ce­ment euro­péen. Les travaux du tunnel inter­na­tio­nal sous les Alpes ont, quant à eux, déjà commencé.

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