Laurent Abit­bol : les confi­dences du géant du tourisme

Vingt ans après son arrivée à la tête de Marietton Développement, Laurent Abitbol a transformé le groupe familial en véritable mastodonte du tourisme (2,2 milliards d’euros de volume d’affaires en 2023, 1 600 salariés, 530 agences). Numéro 1 du voyage en France, le dirigeant des marques Havas Voyages ou Selectour-Ailleurs retrouve aujourd’hui la croissance après des années noires liées au Covid, et murmure toujours à l’oreille des plus grands politiques. Rencontre.
Laurent Abitbol Laurent Abitbol © Pierre Ferrandis

Le groupe Mariet­ton Déve­lop­pe­ment a dépassé en 2023 les 2,2 milliards d’eu­ros d’ac­ti­vité. Comment accueillez-vous ces résul­tats ?

Laurent Abit­bol : Comme une déli­vrance après des années très diffi­ciles. Nous signons la plus belle année de l’his­toire du groupe, c’est un record. Mais nous ne sommes pas les seuls dans cette situa­tion. Les autres acteurs de la profes­sion ont aussi fait une très belle année. Après le Covid et les confi­ne­ments, les gens avaient envie de voya­ger à tout-va, donc ils ont beau­coup dépensé pour partir. Les vacances et les voyages restent le meilleur médi­ca­ment face au stress et à la fatigue. L’an­née 2022 était déjà très bonne même si le variant Omicron nous avait péna­li­sés entre janvier et avril. On va main­te­nant voir comment se présente 2024.

Vous avez rejoint le groupe fami­lial en 1991, d’abord comme agent de voyage. Quel regard portez-vous sur le chemin parcouru depuis 30 ans, jusqu’à ces 2 milliards d’eu­ros d’ac­ti­vité ?

Nous avons grandi progres­si­ve­ment, sans jamais faire de coup de folie. Tout cela s’est fait en famille, dans la prudence, et en faisant atten­tion à tout. Nous avons réalisé 26 acqui­si­tions sur les quinze dernières années, mais nous n’avons jamais agi dans la préci­pi­ta­tion. Tous les risques étaient limi­tés et réflé­chis.

C’est l’ar­ri­vée au capi­tal du fonds lyon­nais Sipa­rex en 2008 qui vous a permis de lancer cette poli­tique d’ac­qui­si­tions ?

Bien sûr. L’ar­ri­vée de Sipa­rex nous a pous­sés à nous agran­dir. À l’époque, je ne savais pas comment rache­ter une boîte, Sipa­rex m’a appris. Depuis, nous avons effec­tué ces 26 acqui­si­tions, mais tout cela s’est fait petit à petit, avec aussi l’ap­pui du fonds EdRIP (Edmond de Roth­schild Invest­ment Part­ners), puis du fonds améri­cain Certares depuis 2018. Et nous avons toujours eu la confiance des banques. Notam­ment celle de Raphaël Appert, le direc­teur géné­ral du Crédit Agri­cole Centre-Est. Je l’ai souvent au télé­phone. C’est un monsieur qui croit en nous, qui nous fait confiance, et c’est très impor­tant.

Vous êtes connu pour mettre beau­coup d’af­fect dans les rela­tions humaines. Comment cela se traduit-il ?

Je suis quelqu’un de très sensible, de très pater­na­liste. Je ne sais pas travailler sans affect. Avec mes équipes, c’est pareil. J’ai besoin d’ai­mer les gens pour travailler avec eux.

Combien pèse le groupe Mariet­ton Déve­lop­pe­ment, en nombre d’agences de voyages et de colla­bo­ra­teurs, aujourd’­hui ?

Nous avons 530 agences de voyages et 32 plateaux d’af­faires répar­tis sur l’en­semble de nos diffé­rentes marques : Havas Voyages, Selec­tour, Ailleurs Voyages, OL Voyages (voir ci-contre)… Et nous sommes 1 600 colla­bo­ra­teurs sur l’en­semble du groupe, soit 300 personnes de moins qu’en 2019. Il a fallu se réor­ga­ni­ser après le Covid et se sépa­rer de certains colla­bo­ra­teurs. C’était la première fois que cela m’ar­ri­vait. Nous n’avons enre­gis­tré que des départs volon­taires, avec un beau chèque pour chacune des personnes qui nous ont quit­tés.

Comment avez-vous traversé cette crise et les années noires de 2020 et 2021 ?

Sur un plan profes­sion­nel, c’était très dur. J’ai eu peur, très peur de tout perdre. Nous étions à l’ar­rêt, comme des maga­sins sans marchan­dises. Nous avions heureu­se­ment les moyens de tenir grâce à nos impor­tantes réserves de tréso­re­rie. Depuis la créa­tion du groupe en 1968, ni mon père, ni mon oncle, ni moi n’avions distri­bué 1 euro de divi­dende. Cela nous a permis de tenir, même si nous avons perdu 20 millions d’eu­ros de fonds propres. Il faut aussi dire que l’État a été merveilleux dans cette période.

En vous accor­dant des aides ?

Le président Macron nous a soute­nus de façon excep­tion­nelle en nous accor­dant d’im­por­tantes aides publiques. C’est la première fois que l’État m’aide de manière aussi concrète. Cela nous a permis de rebon­dir et c’est aussi grâce à cela que nous signons une si belle année 2023. D’ailleurs, dans nos impôts 2023, nous rembour­sons plus que ce que Macron nous avait donné. Donc avec nous, il a fait une bonne affaire ! J’ai eu l’oc­ca­sion de lui parler pendant trois ou quatre minutes lors d’un dîner à l’Ély­sée. Je l’ai remer­cié. Il était d’ailleurs assez étonné que quelqu’un lui dise merci (rires).

Vous faites aujourd’­hui partie des diri­geants lyon­nais les plus puis­sants et instal­lés, pour­tant, vous êtes loin d’être celui qui se montre le plus. Pourquoi culti­ver cette discré­tion ?

D’abord parce que je suis un couche-tôt, qui se lève tôt, géné­ra­le­ment autour de 5 h du matin, donc les soirées mondaines, ce n’est pas trop mon truc. Je suis aussi plus souvent à Paris qu’à Lyon, même si je rentre chaque week-end ou presque. Et puis je suis comme ça, je préfère rester dans l’ombre. Je passe quelque­fois sur BFM TV, j’étais l’un de leurs réfé­rents pendant le Covid. Je devais parfois y être les dimanches à 6 h du matin, ce qui était compliqué, même pour un lève-tôt comme moi. Ils conti­nuent de m’ap­pe­ler aujourd’­hui, géné­ra­le­ment pendant les vacances de juillet-août pour parler tourisme.

Malgré sa taille impo­sante, l’en­tre­prise reste assez mécon­nue du grand public. Notam­ment parce qu’elle distri­bue ses voyages à travers ses nombreuses marques. À Lyon, quand on dit Mariet­ton, beau­coup pensent d’abord aux auto-écoles avant de penser à vous. C’est un regret ?

Non, ce n’est pas grave. Ce qui compte, ce sont les marques comme Havas ou Selec­tour. Mariet­ton Déve­lop­pe­ment, c’est la holding qui héberge tout cela. Ce n’est pas impor­tant qu’elle soit connue ou non. Pour faire connaître une marque, il faut dépen­ser plusieurs dizaines de millions d’eu­ros. Chose qu’on ne peut pas se permettre. Donc on a préféré ache­ter des marques très connues et iden­ti­fiées, comme Havas Voyages, Selec­tour, Ailleurs Voyages, Auchan Voyages ou OL Voyages. Si moi derrière je ne suis pas iden­ti­fié, ça ne me gêne pas du tout. Je n’ai aucun ego là-dessus, je préfère être en retrait, et cela ne m’em­pêche pas de connaître et de voir énor­mé­ment de monde.

Comme par exemple Nico­las Sarkozy, conseiller du groupe Mariet­ton, qui vous a d’ailleurs remis la Légion d’hon­neur à Lyon en mars 2022 ?

C’est devenu un ami. Je ne mange pas tous les soirs avec lui, mais il fait partie de mon cercle proche. Nous nous voyons au moins une fois par mois dans nos bureaux à Paris, ou même à Lyon. Je l’avais accom­pa­gné en septembre à Decitre Belle­cour pour une séance de dédi­caces. C’est un vrai gentil, un type d’une grande loyauté. Il assiste à nos réunions, parti­cipe, donne son avis, et nous fait aussi profi­ter de son carnet d’adresses. Il me fait souvent des petits mots, me demande comment je vais, donc j’étais très heureux qu’il puisse me remettre la Légion d’hon­neur. Ce soir-là, beau­coup d’élus lyon­nais étaient présents dans la salle. Mais je ne sais pas s’ils étaient venus pour moi ou pour Sarko­zy… (rires).

Nico­las Sarkozy remet la légion d’hon­neur à Laurent Abit­bol le 18 mars 2022 à l’hô­tel du Dépar­te­ment du Rhône.

Votre ami et ancien profes­seur à l’Efap (promo­tion 1988, avec Pascal Blache et Laurence Ferrari), Gérard Angel, disait que vous auriez sans doute aimé faire de la poli­tique. Lorsqu’on réus­sit dans les affaires, on réus­sit forcé­ment en poli­tique selon vous ?

Les liens entre les hommes poli­tiques et les hommes d’af­faires sont très forts. Je me suis souvent appuyé sur le milieu poli­tique dans les affaires et le pouvoir poli­tique nous aide beau­coup. Je connais plein de ministres, je pour­rais être ministre faci­le­ment. Mais j’ai l’im­pres­sion que les poli­tiques n’aiment pas quand des hommes d’af­faires viennent en poli­tique. On m’avait proposé un temps de rejoindre En Marche, aux côtés de Bruno Bonnell. Cela ne s’était fina­le­ment pas fait à cause d’une histoire d’al­liances, mais je me disais que ça pouvait être sympa. Cela m’a titillé, mais aujourd’­hui je m’aperçois que je n’en ai plus du tout envie.

La poli­tique, toujours, mais celle de Mariet­ton Déve­lop­pe­ment, s’ar­ti­cule sur des acqui­si­tions ciblées. Pour vous déve­lop­per, vous dites qu’il faut « rache­ter des entre­prises ou cher­cher de nouveaux clients, mais qu’a­che­ter des entre­prises va plus vite que trou­ver des clients ». Qu’est-ce que ça traduit de votre person­na­lité ?

Que j’aime aller vite. Nous faisons les deux bien évidem­ment. Mais lorsque nous ouvrons de nouveaux produits, comme l’Es­pagne pour Voya­mar, le temps que tout se mette en place, c’est long. Alors que si nous ache­tons un tour-opéra­teur ciblé sur l’Es­pagne, cela coûte plus cher, mais l’in­ves­tis­se­ment est amorti plus rapi­de­ment.

Laurent Abit­bol © Pierre Ferran­dis

Votre plus beau coup, c’est la reprise de Havas Voyages fin 2015. Huit ans plus tard, vous dites que cette acqui­si­tion vous a fait chan­ger de dimen­sion…

Havas a changé ma vie. L’an­cien patron m’avait d’ailleurs prévenu. J’ai été solli­cité par de grands médias pari­siens : Le Figaro, Chal­lenges, Paris Match… C’était rigolo. Je n’étais pas habi­tué, c’était bizarre, mais j’étais fier. Et puis sur le plan poli­tique, j’ai rencon­tré des gens comme François Hollande, Nico­las Sarkozy, Emma­nuel Macron, Édouard Philip­pe… Je côtoie des ministres comme Jean-Baptiste Djeb­bari (ancien ministre des Tran­sports, NDLR), qui est devenu un copain, ou Jean-Baptiste Lemoyne (ancien ministre délé­gué au Tourisme, NDLR), qui vient encore à chacun de nos événe­ments.

Comment entre-t-on dans ce nouveau monde ? Sur la pointe des pieds ?

Au début, lorsque j’étais invité dans des soirées minis­té­rielles, je n’osais pas y aller. Donc soit je n’y allais pas, soit je restais seul dans mon coin. Puis Jean-Baptiste Lemoyne m’a présenté au président Macron. J’ai pu lui parler et le remer­cier. Le lende­main, Emma­nuel Macron et Nico­las Sarkozy étaient réunis pour rendre hommage à Valéry Giscard d’Es­taing, un an après son décès. Nico­las Sarkozy m’ap­pelle quelques heures plus tard : « Il t’aime bien Macron. Ah bon ? Il va t’ap­pe­ler d’ailleurs. Ah bon ? »

Il vous a appelé ?

Non, jamais (rires). Enfin peut-être que si. J’ai telle­ment de numé­ros qui m’ap­pellent que j’an­goisse de ne peut-être pas lui avoir répondu.

Sur un plan person­nel, est-ce qu’on ne s’épuise pas dans cette course à la crois­sance, à force de toujours vouloir gran­dir et gros­sir ?

J’ai connu deux gros coups de mou. Le premier pendant le prin­temps arabe et la révo­lu­tion en Tuni­sie. J’étais proche du burn-out. Ce pays est un appor­teur histo­rique de chiffre d’af­faires, et d’un coup, tout s’est effon­dré. Et le deuxième pendant le Covid. Mon père est mort du Covid et moi j’étais très malade, à l’hô­pi­tal. J’étais épuisé. Pendant deux mois, je dormais 20 heures par jour telle­ment j’étais fati­gué. Ça a été des moments affreux. J’ai pu m’ap­puyer sur les équipes et le comex qui ont été excep­tion­nels. Je me repose beau­coup sur eux, je délègue énor­mé­ment même si je suis dans le détail et que j’aime savoir ce qu’il se passe.

Laurent Abit­bol © DR

Le CRS sur la liste de Gérard Collomb

L’his­toire est mécon­nue, mais Laurent Abit­bol a d’abord été CRS pendant son service mili­taire. Et le jeune homme figu­rait même, en tant que CRS au début des années 1980, sur la liste de Gérard Collomb, alors candi­dat dans le 9e arron­dis­se­ment, où l’en­tre­prise fami­liale Mariet­ton est histo­rique­ment implan­tée. « Nous sommes toujours restés proches, on s’ap­pe­lait régu­liè­re­ment. À Paris, je n’ha­bite pas très loin de la place Beau­vau donc il m’in­vi­tait très souvent quand il était au minis­tère de l’In­té­rieur. J’ai peut-être été reçu quatre ou cinq fois. Il aimait bien que des Lyon­nais viennent le voir. »

On avait l’im­pres­sion que vous leviez le pied depuis quelques années. Pour­tant, depuis la sortie de crise, vous êtes reparti sur le même rythme effréné d’ac­qui­si­tions…

Nous avons repris le tour-opéra­teur Austral Lagons en 2021 et la marque Bleu Voyages au prin­temps 2023. C’est la plus grosse acqui­si­tion depuis Havas Voyages en 2015, puisqu’elle repré­sente 200 millions d’eu­ros de chiffre d’af­faires. Nous allons aussi reprendre un tour-opéra­teur pari­sien le 10 février prochain. Un beau truc, un peu spécial. Nous voulions en reprendre un deuxième, spécia­lisé sur l’Asie, mais les discus­sions sont plus longues que prévu. Cela se fera peut-être en 2024, on sent beau­coup d’hé­si­ta­tion de leur côté. Cela se comprend. Quand vous êtes patron d’une boîte, vous avez la liberté de faire ce que vous voulez dans l’en­tre­prise, alors que chez nous, tout est très régle­menté. Mais en échange, vous touchez un gros chèque.

Quels sont les autres projets à venir ?

Nous avons quelques cibles parmi les tour-opéra­teurs, des rachats qu’on aime­rait bien faire. On verra si cela se réalise ou non. Nous comp­tons aussi reprendre quelques agences de voyages. Il nous en manque une soixan­taine dans des petites villes pour avoir un maillage complet du terri­toire en France. On reste à l’af­fût et on fera en fonc­tion des oppor­tu­ni­tés. Je répète souvent que ma stra­té­gie, c’est la non-stra­té­gie. Je suis très oppor­tu­niste. Je fonc­tionne à l’ins­tinct, en fonc­tion des coups qui se présentent. J’ai besoin de sentir les choses pour savoir s’il faut se posi­tion­ner sur telle ou telle affaire.

Vous êtes entré en 2021 dans le capi­tal de la compa­gnie aérienne Corsair, qui dessert prin­ci­pa­le­ment les dépar­te­ments d’outre-mer. Vous avez des ambi­tions dans l’avia­tion, à la manière de ce qu’a­vait pu faire le voya­giste britan­nique Thomas Cook avant sa faillite ?

Je suis action­naire mino­ri­taire avec 10 % des parts et je vais rester mino­ri­taire. Mais il n’y a pas de reprise envi­sa­gée de Corsair par Mariet­ton. J’en serais inca­pable. C’est un métier très inté­res­sant même si je ne m’y connais pas vrai­ment. Je parti­cipe aux conseils d’ad­mi­nis­tra­tion, qui se font la plupart du temps par Zoom et je pense que Corsair a un bel avenir devant elle. C’est impor­tant parce que notre groupe se sert beau­coup de cette compa­gnie.

Les fonds Sipa­rex et Roth­schild sont sortis du capi­tal de Mariet­ton en 2018, rempla­cés par le fonds améri­cain Certares, spécia­lisé dans le tourisme, adossé à AfricIn­vest et Bpifrance. Comment se répar­tit le capi­tal du groupe aujourd’­hui ?

Certares détient 49 % des parts. Nous déte­nons 20 % avec mes frères et la famille, et le reste du capi­tal appar­tient aux autres action­naires. Je ne suis pas majo­ri­taire en parts, mais je suis majo­ri­taire en voix.

Le maga­zine Chal­lenges avançait en septembre que Certares allait revendre sa parti­ci­pa­tion dans Mariet­ton. Vous avez très vite démenti l’in­for­ma­tion…

Oui parce qu’ils vont revendre, mais reve­nir. Ils sont là depuis six ans, les gens qui ont mis l’argent ont besoin de le récu­pé­rer. Donc ils vont revendre puis reprendre des parts dans le prochain LBO que nous ferons en 2024. C’est le grand projet de cette année. Il est déjà bien lancé. Donc Certares part et va reve­nir, peut-être avec moins de parts, et peut-être que d’autres vont aussi en profi­ter pour rentrer…

Il est comment Laurent Abit­bol en dehors de Mariet­ton ? Il paraît que vous détes­tez voya­ger et que vous n’ache­tez jamais rien sur inter­net, c’est vrai ?

Je n’achète jamais rien sur inter­net. Je n’irai jamais ache­ter une paire de chaus­sures sur inter­net. J’aime le commerce, le fait d’al­ler dans les maga­sins. Ici au bureau, tout le monde reçoit des colis Amazon, ça m’énerve. Je suis aussi très nostal­gique, je vis beau­coup dans le passé, dans les années 80–90. Et quand je voyage, il faut qu’il y ait un objec­tif busi­ness derrière. Voya­ger pour voya­ger, ça m’em­merde. Sinon, j’ap­prends à pilo­ter des petits avions depuis un an dans la région pari­sienne, c’est mon nouveau hobby. Et puis j’aime bien la bonne bouffe.

Chez Bocuse notam­ment ? C’est l’une de vos cantines et là où vous orga­ni­sez vos grands galas annuels…

Mon premier gala chez Bocuse, c’est quand j’avais 13 ans, pour ma bar-mitsva. À l’époque, c’était Paul Bocuse en personne qui cuisi­nait. C’était ma première fois à Collonges. Aujourd’­hui, c’est ici que je prends les déci­sions impor­tantes du groupe, comme l’ac­qui­si­tion de Havas Voyages par exemple. J’ai de bonnes tables pari­siennes aussi. Je suis géné­ra­le­ment à Paris du dimanche au jeudi soir et à Lyon le week-end. Dès que je rentre à Lyon, je suis heureux. Content d’être chez moi.

Laurent Abit­bol et ses parents chez Paul Bocuse, le jour de sa bar-mitsva à 13 ans

Il y avait plus de 450 invi­tés lors de votre gala annuel chez Bocuse en novembre dernier. Votre fidèle ami Enrico Macias était présent, mais pas Grégory Doucet, le maire de Lyon. Quelles sont vos rela­tions avec lui et les écolo­gistes ?

On l’in­vite, mais il ne vient jamais. Je ne le connais pas, ni lui, ni Bruno Bernard à la Métro­pole. J’ai­me­rais le connaître, mais je vends des billets d’avion, donc il ne doit pas trop m’ai­mer. Il a été élu pour un programme, et il l’ap­plique, personne ne peut le lui repro­cher. Je ne suis pas dans la critique ni dans la haine comme certains qui disent que c’est affreux. Cepen­dant, je suis contre le fait qu’ils ferment la Presqu’île aux voitures. C’est mauvais pour les commerces et j’es­père qu’ils ne le feront pas.

Votre boutique Havas Voyages de la place Belle­cour avait été vanda­li­sée en 2022 par des mili­tants écolo­gistes. Depuis, vous renfor­cez vos actions en matière de RSE avec la nomi­na­tion l’été dernier d’Ève Choi­met comme respon­sable RSE. L’in­dus­trie du tourisme est-elle à la hauteur face aux enjeux envi­ron­ne­men­taux ?

La RSE, c’est essen­tiel. Nous devons aller dans cette direc­tion. Mais toutes nos actions seront toujours trop petites. Il n’y a que nos savants qui peuvent faire bouger les lignes. L’État doit mettre de l’argent dans la recherche, la tech­no­lo­gie. Nous ce qu’on fait à côté, c’est peanuts. Ce n’est pas moi qui vais créer la voiture élec­trique… C’est à nos cerveaux de trou­ver des solu­tions et de créer des choses pour répondre à ces enjeux.

Vous occu­pez depuis 2016 la prési­dence de la coopé­ra­tive Selec­tour, le réseau qui chapeaute 1 500 agences indé­pen­dantes et qui pèse 6 milliards d’eu­ros de volume d’af­faires pour 5 000 sala­riés. Quel est votre rôle à la tête de cette instance ?

Nous avons créé le GIE Asha, qui rassemble Selec­tour et Havas. Je suis président des deux struc­tures donc cela permet d’al­ler plus vite dans la prise de déci­sion. Quand je prends une déci­sion pour Selec­tour, c’est aussi une déci­sion pour Havas. Et dans Selec­tour, j’ai aussi 150 agences qui m’ap­par­tiennent. Donc tout est imbriqué. L’objec­tif premier du GIE, c’est de signer des contrats avec les four­nis­seurs et parte­naires pour que nos adhé­rents reçoivent plus d’argent. On se réunit chaque année pour un grand congrès avec des ateliers et des inter­ven­tions variées. Le dernier s’est déroulé à Amman en Jorda­nie début décembre. Beau­coup de gens ont eu peur d’y aller, mais tout s’est parfai­te­ment déroulé avec 550 parti­ci­pants, dont 350 adhé­rents Selec­tour.

Lors de ces congrès, vous défen­dez vigou­reu­se­ment les inté­rêts de la profes­sion, quitte à monter au créneau face aux diri­geants d’Air France, comme à Athènes en 2022. Vous comp­tez vous inves­tir encore davan­tage dans la profes­sion à la fin de votre carrière ?

J’adore mon métier et je ferai tout pour le défendre. J’avais dit que dans la dernière partie de ma carrière, j’ai­me­rais faire quelque chose pour proté­ger notre métier, défendre l’in­té­rêt des petits acteurs. Bon, j’avais aussi dit que j’ar­rê­te­rais à 55 ans, et j’en ai 58. Je suis vice-président de l’As­so­cia­tion profes­sion­nelle de soli­da­rité du tourisme (APST) et peut-être que d’ici quatre ou cinq, je m’in­ves­ti­rai encore plus dans la poli­tique de la profes­sion. Nous verrons bien.

Merci d’avoir lu cet article ! Si vous avez un peu de temps, nous aime­rions avoir votre avis pour nous amélio­rer. Pour ce faire, vous pouvez répondre anony­me­ment à ce ques­tion­naire ou nous envoyer un émail à redac@­lyon­de­ci­deurs.com. Merci beau­coup !

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