Bruno Bernard va confier le métro lyon­nais à Jean Castex

C’est RATP Dev, la filiale du groupe parisien présidé par l’ancien Premier ministre, qui a été choisie par Bruno Bernard pour l’exploitation des métros et tramways lyonnais. L’actuel titulaire, du marché depuis 30 ans, Keolis, conserve le lot bus et trolleybus. Transdev est le grand perdant dans l’affaire.
Philippe Ratto et Arnaud Legrand RATP Dev Philippe Ratto et Arnaud Legrand

Le suspens sera offi­ciel­le­ment levé mardi prochain quand tous les membres du conseil d’ad­mi­nis­tra­tion de Sytral Mobi­li­tés rece­vront les déli­bé­ra­tions en débat lors du conseil d’ad­mi­nis­tra­tion de l’au­to­rité orga­ni­sa­trice des trans­ports en commun de la Métro­pole de Lyon et du Rhône prévu le 28 mars prochain.

Mais comme le révé­lait hier nos confrères de Tribune de Lyon, Bruno Bernard et sa majo­rité, ont pris leur déci­sion. Et décidé de confier les 2 lots du marché des trans­ports en commun lyon­nais à RATP Dev pour le lot dit « modes lourds »  englo­bant le métro, le funi­cu­laire, les tram­ways et Rhonex­press et à Keolis pour le lot « modes légers » consti­tué des bus et trol­ley­bus. Une victoire indé­niable pour la RATP pari­sienne et un lot de conso­la­tion pour Keolis qui perd la moitié du marché, mais sauve la face.

L’offre finan­cière très attrac­tive de RATP Dev

Un dossier qui a aiguisé les appé­tits et qui est suivi de très près dans l’uni­vers du trans­port public urbain. Et ce, pour plusieurs raisons. D’une part parce que le réseau lyon­nais est le plus impor­tant en France, hors région pari­sienne. D’autre part, parce qu’il était détenu par le groupe Keolis (filiale de la SNCF) depuis 1993. Enfin, parce qu’en déci­dant de scin­der le marché en 2 lots le 10 mars 2022, le Sytral avait ouvert la voie à de vraies offres concur­rentes.

Avec, à la clé, la possi­bi­lité pour les élus d’at­tri­buer éven­tuel­le­ment les deux délé­ga­tions de service public (DSP) à deux opéra­teurs diffé­rents. C’est le schéma vers lequel on se dirige. A noter que le Sytral et la Métro­pole gardent la haute main, via une SPL (Société publique locale) sur la rela­tion usagers, commu­ni­ca­tion & marke­ting, l’in­for­ma­tion voya­geurs, le SAV, les récla­ma­tions et les parcs relais (soit envi­ron 215 personnes).

Les 2 lots ne sont pas d’égale valeur. Les « modes lourds » compre­nant métro, funi­cu­laire, tram­way (dont Rhônex­press), la gestion des infra­struc­tures, l’in­for­ma­tique, la sécu­rité et le contrôle des titres repré­sentent près de 1 300 personnes (chiffres 2022) et sont attri­bués pour 10 ans (1er janvier 2025 au 31 décembre 2034).

Tandis que les « mode légers », bus et trol­ley­bus avec contrôle des titres, repré­sentent envi­ron 2 850 personnes. Côté budgets, les enjeux ne sont pas compa­rables. Même si la diffé­rence n’est pas énorme en termes de chiffre d’af­faires, la marge n’est pas iden­tique (plus faible sur les bus).

Jean Castex a mouillé la chemise

Comment RATP Dev a-t-il réussi à faire pencher la balance en sa faveur sur le lot majeur ? Incon­tes­ta­ble­ment, l’équipe dépê­chée depuis Paris à la fin de l’été 2022, sous la houlette d’Arnaud Legrand et Philippe Ratto a fait le job, sur place.

Et elle a su de montrer perfor­mante, entre autres, dans les oraux, là où Trans­dev a pêché si l’on en croit plusieurs obser­va­teurs. L’an­cien Premier ministre et nouveau PDG de la RATP depuis fin 2022, Jean Castex, a mouillé la chemise aussi. Et RATP Dev a aussi présenté une offre finan­cière très attrac­tive pour la Métro­pole de Lyon.

C’est Arnaud Legrand (à droite sur la photo) qui pilo­tait la candi­da­ture sur le lot « métro », tandis que Philippe Ratto était en charge des bus et trol­ley­bus. Outre cette victoire emblé­ma­tique, la filiale du groupe RATP a décro­ché égale­ment récem­ment une partie du marché à Bayonne, celle-là même que Keolis avait repris à Trans­dev.

Une décep­tion pour le groupe Keolis

Avec le métro lyon­nais qui s’ajoute aux réseaux de Vienne, Anne­masse, Aix-les-Bains et Thonon-les-Bains, la RATP réus­sit une sacrée percée en Auvergne-Rhône-Alpes. Ce n’est pas un hasard si RATP Dev a multi­plié par 2 son chiffre d’af­faires en 5 ans et tota­li­sait en 2022 1,7 milliard d’eu­ros de chiffre d’af­faires dont 40% en France sur un chiffre d’af­faires total du groupe de 6,1 milliards d’eu­ros. Ce qui fait de ce dernier le 3e opéra­teur de trans­port public urbain dans le monde.

Pour le groupe Keolis, c’est une décep­tion, même s’il se doutait qu’il aurait du mal à conser­ver les deux lots. Les pannes à répé­ti­tion depuis 2 ans sur les diffé­rentes lignes de métro, sans parler de l’au­to­ma­ti­sa­tion chao­tique de la ligne B n’ont pas simpli­fié la tâche de l’opé­ra­teur en place depuis plus de 30 ans.

L’ar­ri­vée de Thomas Fontaine à la tête de Keolis Lyon en septembre 2022, de retour entre Rhône et Saône, après quelques années à Dijon, a mis de l’huile dans les rouages, à la suite d’une période tendue entre Laurence Eymieu et le nouvel exécu­tif de la Métro­pole.

Keolis conquiert 2 lignes de métro à Paris

Toute­fois, il n’a échappé à personne que Bruno Bernard avait en tête de chan­ger la donne pour les TCL, sans pour autant bannir complè­te­ment la filiale de la SNCF qui aurait, pour le moins, mal vécu d’être évacuée du terrain de jeu lyon­nais.

La SNCF ne vient-elle pas juste­ment de remettre à la Métro­pole de Lyon les clés d’une impor­tante friche indus­trielle à Oullins qui va abri­ter « Les grandes locos », au service de grands événe­ments cultu­rels (tels que les bien­nales de Lyon) ?

Si Keolis perd une partie du marché à Lyon, il n’en a pas moins conquis 2 lignes de métro en mai 2023 à Paris, dans le fief de la RATP. Les premières lignes, ouvertes à la concur­rence par Ile-de-France Mobi­li­tés, les lignes 16 et 17, sont une belle prise de guerre pour Keolis, avec une ouver­ture à partir d’oc­tobre 2026 et la gestion, dès juin 2024, de la gare de Saint-Denis Pleyel.

Trans­dev n’a pas trouvé sa place

A la diffé­rence de RATP Dev, Keolis décroche un contrat de 6 ans « seule­ment » (2025–2030). Et ce, afin de faire coïn­ci­der la fin de ce contrat avec la fin des contrats du réseau des Cars du Rhône, expliquait le Sytral en mars 2022, lors de la déci­sion de procé­der à un allo­tis­se­ment du marché.

Au total, un jeu savant et subtil d’équi­libres nouveaux dans lequel Trans­dev n’a pas réussi à trou­ver sa place. Après avoir échoué dans sa tenta­tive de conquête à Bordeaux, Lyon repré­sente une désillu­sion incon­tes­table pour la filiale du groupe Caisse des Dépôts, qui espé­rait bien, enfin, pouvoir décro­cher une part du gâteau lyon­nais.

Certes, Trans­dev conserve Reims et Rouen pour l’ins­tant, mais il est sur la défen­sive, là où son concur­rent pari­sien bien aidé par un habile président qui sait parler aux élus, marque des points.

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