Patri­cia Gros-Micol : rien n’est impos­sible

La fondatrice d'Handishare, qui vient de se voir remettre la médaille de l'Ordre national du mérite, a navigué pendant 25 ans dans des grands groupes avant de devenir entrepreneure. Et de cibler son action sur l'emploi des personnes handicapées.
Patricia Gros-Micol, le fondatrice d'Handishare Patricia Gros-Micol © DR

Ce n’était pas une blague

Quand elle a ouvert ce cour­rier signé d’Eli­sa­beth Borne et d’Oli­vier Véran pour lui signi­fier qu’elle allait être déco­rée de l’Ordre natio­nal du mérite, elle a d’abord cru à un gag. « J’ai failli le mettre à la poubelle. C’est quand j’ai reçu d’autres cour­riers du minis­tère que j’ai compris que ce n’était pas une blague », raconte Patri­cia Gros-Micol qui s’est donc vu remettre, le 8 mars, l’in­signe de cheva­lier des mains de la préfète Fabienne Buccio pour récom­pen­ser son action avec Handi­share (40 sala­riés, 3 millions d’eu­ros de chiffre d’af­faires) qu’elle a créée il y a 13 ans.

« Une entre­prise comme une autre », comme aime le dire Patri­cia Gros-Micol, au détail près que 75% des employés sont en situa­tion de handi­cap.

Entre­prise à mission depuis l’an­née dernière, Handi­share, qui a égale­ment le statut d’En­tre­prise Adap­tée, propose, depuis ses bureaux de Limo­nest, des missions exter­na­li­sées d’as­sis­tance aux fonc­tions support (RH, achats, commu­nity mana­ger…) pour près d’une centaine de clients, majo­ri­tai­re­ment des grands groupes.

« Les colla­bo­ra­teurs d’Han­di­share ont tous types de handi­caps, visibles ou non, à l’ex­cep­tion du handi­cap mental car nous propo­sons des pres­ta­tions intel­lec­tuelles. Ce sont des personnes qui ont eu, pour beau­coup, un acci­dent de la vie, qui n’ont pas leur place dans des Esat mais qui sont aussi très diffi­ci­le­ment inté­grées dans des entre­prises. L’objec­tif numéro 1 d’Han­di­share est donc leur retour à l’em­ploi », expose-t-elle.

Grands groupes et perte de sens

Patri­cia Gros-Micol est, elle-même, consi­dé­rée comme travailleuse handi­ca­pée à la suite d’un acci­dent de train à Tassin-la-Demi-Lune lorsqu’elle avait 17 ans et dont elle a gardé des séquelles. « Je me suis retrou­vée sous un tas de ferraille », dit-elle.

Elle prépa­rait les concours pour les grandes écoles au moment de l’ac­ci­dent, mais cela n’a pas empê­ché un parcours brillant : sortie major de promo à la Burgundy School of Busi­ness en 1986, elle entame ensuite une carrière de mana­ge­ment dans des grands groupes inter­na­tio­naux pendant 25 ans.

D’abord Proc­ter&Gamble (chef de secteur), puis Black&Decker (respon­sable marke­ting), ensuite Ultra-Demu­ger (direc­trice marke­ting inter­na­tio­nal) jusqu’à un poste de direc­trice géné­rale adjointe d’une filiale du groupe d’amé­na­ge­ment paysa­ger Tarvel qui s’est terminé par un licen­cie­ment « dur à vivre ».

Et puis, pour tout dire, Patri­cia Gros-Micol n’a jamais vrai­ment été très à l’aise dans toutes ces grandes entre­prises : « Ces expé­riences ont été forma­trices mais je n’étais pas en phase avec mes valeurs. Et j’ai toujours dit que je fonde­rai un jour mon entre­prise. »

Elle saute enfin le pas avec le lance­ment d’Han­di­share en 2011. « C’était le bon moment pour moi. Mes quatre enfants avaient grandi et après j’al­lais être trop vielle pour créer une entre­prise », sourit-elle.

Le cœur à Mada­gas­car

La cheffe d’en­tre­prise a l’ha­bi­tude de dire que « le mot  »impos­sible » n’existe que dans les diction­naires ». C’est avec cet état d’es­prit qu’elle mène depuis 2017, en paral­lèle d’Han­di­share, le projet huma­ni­taire d’en­tre­prise Mada­share qui récolte des fonds pour la construc­tion d’écoles à Mada­gas­car. Déjà 7 écoles et 3 collèges construits, soit plus de 1000 enfants scola­ri­sés.

« Tout est parti d’un voyage en famille à l’été 2006. Mada­gas­car est un pays magni­fique mais c’est aussi l’un des plus pauvres au monde. En repar­tant, on s’est dit qu’on ne pouvait pas rester sans rien faire », retrace Patri­cia Gros-Micol, qui va retour­ner à Mada­gas­car l’an prochain, accom­pa­gné de la moitié des équipes d’Han­di­share.

Une mission huma­ni­taire à l’autre bout du monde menée par des personnes handi­ca­pées, « ce n’est pas très commun », s’amuse Patri­cia Gros-Micol, qui dit avoir « toujours plein de projets en tête ». Comme par exemple le lance­ment d’Han­di­share Inte­rim en 2020.

Une agence de travail tempo­raire 100% dédiée aux personnes en situa­tion de handi­cap qui accom­pagne une tren­taine d’in­té­ri­maires. « Je sais pourquoi je me lève le matin. Je me suis construite une vie riche de sens qui vaut la peine d’être vécue », affirme-t-elle. On la croit sur parole.

BioEx­press

  • 28 janvier 1964 : Nais­sance à Lyon
  • 1985 – 2010 : Occupe des postes de mana­ge­ment dans des grands groupes
  • 2011 : Créa­tion d’Han­di­share
  • 2017 : Lance­ment de Mada­share
  • 2020 : Fonde Handi­share Inte­rim
  • mars 2023 : Déco­rée de l’Ordre natio­nal du mérite

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