Chris­tophe Marguin, collec­tion­neur à la carte

Chris­tophe Marguin, chef lyonnais et président des Toques Blanches Lyonnaises, est un grand collectionneur. Le 31 mai, il se sépare de l’une des collections les plus importantes à ses yeux. Plus de 4 000 menus seront mis aux enchères. Mais sa passion pour les collections, elle, n’est pas à vendre.
Christophe Marguin Christophe Marguin © Éline Dany

Tout commence par une collec­tion d’objets de la marque Coca-Cola. Chris­tophe Marguin, chef lyon­nais du restau­rant le Président (Lyon 6e) et président des Toques Blanches Lyon­naises, alors âgé d’une dizaine d’an­nées stocke dans sa chambre bouteilles et autres bibe­lots de la célèbre marque rouge. “C’était ma toute première collec­tion, il y avait telle­ment de produits diffé­rents, des écri­tures multiples, j’avais des bouteilles du monde entier”, raconte le chef lyon­nais. 

Quelques années plus tard, c’est à Paris, que sa passion prend véri­ta­ble­ment son envol. À 18 ans, sans ami dans la capi­tale et jeune inscrit à l’as­so­cia­tion La société des cuisi­niers de France, Chris­tophe Marguin se trouve souvent à flâner dans la biblio­thèque de l’as­so­cia­tion, où il se voit propo­ser d’ache­ter des livres de cuisine. “Au début je me suis demandé à quoi ça servi­rait d’ache­ter des livres de cuisine, j’ai jamais acheté de livres et encore moins des livres de cuisines et j’étais loin d’ima­gi­ner ce qui allait arri­ver ensuite.” 

Faute de moyens mais encou­ragé par son parrain, le chef Pierre Orsi, il commence à inves­tir dans ce qui devien­dra la passion de sa vie. “J’ai donc acheté quelques livres, et ensuite on m’a dit “tiens et tu ne voudrais pas des menus ? Même schéma je demande à mon parrain et il me conseille de les ache­ter. ” 

Une collec­tion de plus de 4000 menus

À 19 ans, Chris­tophe Marguin achète ses premiers clas­seurs de menus : “Dans ces menus, il y en a qui m’in­ter­pellent, car, comme pour les bouteilles coca-cola, il y a plein de choses diffé­rentes : des menus de la famille royale d’An­gle­terre, de l’Ély­sée… Bref beau­coup de thèmes dans seule­ment 5 clas­seurs. Ensuite j’ai vu un menu du président de la Répu­blique et là je me dis “quand même c’est sympa””. 

Chris­tophe Marguin se lance alors dans une quête inces­sante pour des pièces de plus en plus rares et histo­riques. Le chef étend sa collec­tion de manière expo­nen­tielle avec des trou­vailles chez des bouqui­nistes sur les quais pari­siens, sur eBay ou encore via son amitié avec le chef cuisi­nier de l’Ély­sée Guillaume Gomez.

Les vendeurs, décou­vrant des menus oubliés dans des greniers ou des caves, ont trouvé en Chris­tophe Marguin non seule­ment un ache­teur mais aussi un conser­va­teur de ces morceaux d’his­toire.

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 « Je n’au­rais jamais imaginé être autant passionné par les menus » confie le président des Toques Blanches Lyon­naises. « Ces menus ne sont pas juste des listes de plats. Ils racontent des histoires, des événe­ments mondiaux impor­tants, des moments de joie et de diplo­ma­tie. J’adore parti­cu­liè­re­ment ceux des années 1900–1920 ”

Fasciné par l’ori­gi­na­lité des menus

Un des lots de « L’in­croyable collec­tion de menus du Chef Chris­tophe Marguin » © Millon

Le premier pas de fran­chi c’est le jour où j’en ai eu 1 000. Pour moi c’était impro­bable. Je vends plus de 4 000 menus et il n’y en a pas un pareil.” Mais tous ne seront pas mis en vente, Chris­tophe Marguin en garde certains précieu­se­ment. “J’ai des menus qui vont de Napo­léon jusqu’au Roi Charles qui est venu en septembre. Ceux-là seront dans la vente. Mais tous ceux que les prési­dents m’ont signé person­nel­le­ment, je les garde.” 

Parmi tous ces menus, Chris­tophe Marguin avoue une prédi­lec­tion pour la période de 1900 à 1920, une époque où chaque menu était une œuvre d’art unique :  “Pour chaque menu, la gravure de la couver­ture était faite une fois, on créait un dessin pour l’in­vité.

Ils sont vrai­ment excep­tion­nels ceux-là. Après 1945 ce sont des gravures à l’encre et il y a trois dessins. Enfin, à partir de Giscard d’Es­taing, ce dernier reprend des tableaux qui sont dans les musées sur ses menus. Et puis jusqu’à Nico­las Sarkozy qui fait tout chan­ger. Ils deviennent plus simples : de couleur blanche et avec unique­ment le logo de la répu­blique française.” Et, conclut : « Ces menus sont un pan de notre histoire. Ils doivent être préser­vés et parta­gés, pas oubliés. » 

Une collec­tion parmi tant d’autres

S’il a choisi cette passion, cette collec­tion là, à mettre en vente aux enchères ce n’est pas seule­ment “pour faire plai­sir à ma femme et libé­rer de l’es­pace chez nous” dit-il. Mais aussi car ses fils ne s’y inté­ressent pas et que ces menus ont une valeur finan­cière et histo­rique.

Exper­ti­sée par le cabi­net Poulain, la collec­tion est esti­mée dans sa globa­lité a envi­ron 150 000 euros. La vente est prévue le 31 mai à Paris et est orga­ni­sée par la maison Millon.

Ce qui n’est pas le cas des vestes de chef, qui décorent tota­le­ment la pièce où Chris­tophe Marguin nous a conviés. “Mettre en vente mes vestes de chefs ? Non, elles sont ines­ti­mables et je ne suis pas prêt de m’en sépa­rer” confie-t-il. 

Vestes de chefs, médailles, cartes “ne pas déran­ger” et cartes magné­tiques des hôtels, cartes de visite de restau­rant, boîtes d’al­lu­mettes ou encore cartes postales d’hô­tel-restau­rant et pour ses fils les maillots de spor­tifs… Les collec­tions du chef ne se comptent pas sur les doigts de la main. La seule collec­tion qu’il a arrê­tée, c’est la toute première, celle des bouteilles Coca-Cola.

Reste à savoir main­te­nant quelle prochaine collec­tion Chris­tophe Marguin va commen­cer, peut-être en lien avec ses projets poli­tiques, pour rappel le président des Toques Blanches Lyon­naises est en lice pour les prochaines élec­tions muni­ci­pales en 2026 à Lyon…  

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