Philippe Dalau­dière : l’as­cen­sion hôte­lière

Philippe Dalaudière a frappé un gros coup en signant le rachat du Grand Hôtel des Terreaux, le plus ancien établissement de la Presqu’île. Une opération qui fait définitivement entrer le discret et opiniâtre quadragénaire parmi les hôteliers qui comptent à Lyon. D’autant que son groupe Dalofi ne cesse de prendre de l’ampleur, en se déployant notamment dans l’Est lyonnais.
Philippe Dalaudière Philippe Dalaudière © Pierre Ferrandis

C’est le genre de deal qui ne passe pas inaperçu. Philippe Dalau­dière a signé, fin janvier, le rachat de l’his­to­rique Grand Hôtel des Terreaux de la rue Lanterne (Lyon 1er), le plus ancien hôtel de la Presqu’île, ouvert depuis 1855.

Un établis­se­ment 4 étoiles de 53 chambres en plein centre-ville qui a attiré les convoi­tises quand la nouvelle s’est sue que son proprié­taire, l’an­cien fidèle de Gérard Collomb et hôte­lier Roland Bernard, se sépa­rait de sa dernière affaire à l’aube de ses 80 ans.

Et c’est tout sauf un hasard si Philippe Dalau­dière a raflé la mise. « Beau­coup de monde voulait cet hôtel, on m’a harcelé !, rapporte Roland Bernard. Mais j’ai fait parler le cœur en choi­sis­sant Philippe que je connais depuis long­temps. Ça a été une déci­sion très diffi­cile pour moi de vendre cet hôtel, alors j’ai voulu le confier à quelqu’un qui partage mes valeurs. Philippe est un homme avec d’énormes valeurs humaines, j’ai beau­coup de respect pour lui. »

Et l’an­cien proprié­taire mesure parfai­te­ment l’im­por­tance du « cadeau » (le montant de l’ac­qui­si­tion n’est pas dévoilé) fait à Philippe Dalau­dière qui est juste­ment en pleine phase de lyon­ni­sa­tion de son groupe hôte­lier Dalofi qui va démé­na­ger, début mai, dans un nouveau siège social à Dardilly. « Je suis très heureux de prendre le relais de Roland Bernard. L’ac­qui­si­tion de cet hôtel, renforce notre ancrage lyon­nais en nous implan­­tant au cœur de la Presqu’île. C’est un bel abou­­tis­­se­­ment, une belle étape », commente le nouveau proprié­taire qui a prévu une réno­va­tion complète en 2025 de l’em­blé­ma­tique Grand Hôtel des Terreaux.

Ses deux autres projets lyon­nais

Déjà à la tête du Mercure Genas-Eurexpo et de l’Ibis Style de Meyzieu à deux pas du Grou­pama Stadium depuis quelques années, Philippe Dalau­dière avait aussi deux autres projets lyon­nais dans les tuyaux avant de toper pour les Terreaux : un Cour­tyard by Marriott autour d’Eu­rexpo (4 étoiles, 108 chambres) qui doit être inau­guré cette année, et un Hamp­ton by Hilton (3 étoiles, 120 chambres) dans un ancien immeuble de bureaux réha­bi­lité à l’aé­ro­port Lyon Saint-Exupéry dont l’ou­ver­ture est prévue en 2025.

« Le terri­toire de l’Est lyon­nais est dyna­mique. Il y a une belle four­mi­lière d’en­tre­prises perfor­mantes autour d’Eu­rexpo et de l’aé­ro­port. Avec plus de 500 chambres, nous serons l’un des premiers groupes hôte­­liers fami­­liaux proprié­­taires de la place lyon­naise », avance celui qui se déve­loppe depuis quelques années sur un axe PLM avec des hôtels à Lyon, mais aussi à Paris (Mercure Gare de Lyon) et Marseille (Hilton Garden à l’aé­ro­port).

Et table sur un chiffre d’af­faires d’en­vi­ron 35 millions d’eu­ros par an et plus de 250 colla­bo­ra­teurs en fin d’an­née prochaine lorsque les deux hôtels de l’Est lyon­nais actuel­le­ment en construc­tion seront ouverts, et que le groupe comp­tera alors près d’une dizaine d’éta­blis­se­ments sous sa coupe.

« Terrain de jeu »

En somme, une nouvelle dimen­sion pour le groupe fami­lial Dalofi aux origines roan­naises. Philippe Dalau­dière a tout juste cinq ans quand ses parents se lancent dans l’aven­ture hôte­lière au début des années 1980, en ouvrant un premier établis­se­ment au sud de Roanne, au bord de la natio­nale 7, vendant leur maison et misant tout sur leur projet.

« Mon père en avait marre de devoir rendre des comptes à un patron alors il a décidé de se mettre à son compte avec ma mère en rache­tant un premier hôtel. Je suis donc tombé dans l’hô­tel­le­rie quand j’étais tout petit », a-t-il l’ha­bi­tude de dire. L’hô­tel fami­lial s’agran­dit et l’en­tre­prise se déve­loppe aussi à Paris. Après des études à l’école de mana­ge­ment Ifag Lyon et des premiers pas profes­sion­nels dans la grande distri­bu­tion pendant cinq ans (chez Casino puis Auchan avec notam­ment la direc­tion d’un maga­sin à la Duchère), Philippe Dalau­dière rejoint son père en 2005.

Le tren­te­naire qui aime le terrain se plonge alors dans la comp­ta­bi­lité, l’ani­ma­tion des équipes et maîtrise tout de l’en­tre­prise fami­liale, dont il prend offi­ciel­le­ment les rênes comme président dix ans plus tard, en 2015, quelques mois avant le décès de son père.

Trans­for­mer la PME régio­nale en ETI natio­nale

Le groupe, qui réalise à l’époque envi­ron 5 millions d’eu­ros de chiffre d’af­faires par an, pour­suit alors son déve­lop­pe­ment entre Roanne et Paris, jonglant entre les ouver­tures et les ventes pour assu­rer la bonne santé écono­mique de l’en­semble sans trop s’en­det­ter. En 2018, il ajoute un troi­sième pôle avec la région lyon­naise, en ciblant d’abord l’est de la métro­pole comme « terrain de jeu ».

La symbo­lique est forte : cette fois, c’est l’hô­tel histo­rique de Roanne, celui où il a habité quand il était enfant, dont il se sépare pour finan­cer ces premières opéra­tions lyon­naises.

« J’ai cédé cet établis­se­ment au bon moment et dans l’op­tique de favo­ri­ser l’es­sor du groupe Dalofi. C’était aussi une façon de respec­ter le travail de mes parents. Et moi, je me sens presque aussi lyon­nais que roan­nais. C’est ici que j’ai fait mes études, que mon fils est né… », détaille celui qui est en train de trans­for­mer la petite PME régio­nale en une ETI natio­nale. « Je n’ai jamais eu envie de choi­sir entre être le diri­geant d’une entre­prise fami­liale pérenne ou être un entre­pre­neur qui va de l’avant. Tout l’enjeu est de trou­ver le bon dosage », rapporte-t-il.

« En dehors des écrans radars »

Pas du genre grande gueule, l’hô­te­lier dit « aimer la discré­tion et avan­cer en dehors des écrans radars ». Mais le chan­ge­ment de braquet actuel de Dalofi attire forcé­ment la lumière sur le patron de 48 ans qui détient 100 % du capi­tal. « Mon groupe connaît une grosse accé­lé­ra­tion, je sais que tout le monde m’at­tend au tour­nant. Mais j’avance avec prudence et humi­lité », affirme celui qui se défi­nit comme « auber­giste et promo­teur ».

Et c’est vrai que le plan d’at­taque de Dalofi est de plus en plus observé par ses confrères. « C’est un déve­lop­pe­ment à la fois fulgu­rant et harmo­nieux, analyse ainsi la cofon­da­trice de Mi Hotel, Stépha­nie Marquez-Boucetla. Philippe Dalau­dière n’est pas là pour révo­lu­tion­ner l’hô­tel­le­rie. Il est dans l’hô­tel­le­rie “clas­sique” et reste sur son chemin, aligné à ce qu’il sait faire. Quand il signe des opéra­tions, il ne fait jamais n’im­porte quoi. Il a le tempé­ra­ment d’un homme tranquille qui avance droit. »

« Dalofi est un joli groupe porté par un diri­geant de talent. Philippe Dalau­dière dirige ses établis­se­ments de manière rigou­reuse et humaine. Son déve­lop­pe­ment actuel est aussi le signe d’une bonne santé finan­cière », commente de son côté Laurent Jaumes, le gérant de l’Ho­tel Roose­velt (Lyon 6e). « Il calcule bien ses coups, c’est une vraie réus­site. Surtout que ce n’est jamais facile de prendre la suite de ses parents », appuie Thibault Salvat qui pilote le groupe de restau­ra­tion CBH.

Et tous ses proches qui le connaissent depuis des années vous répon­dront la même chose : ils ne sont abso­lu­ment pas surpris par son ascen­sion fulgu­rante. «  Non, je ne suis pas étonné parce que Philippe a toujours voulu réus­sir dans ce milieu. Et il s’en est donné les moyens : il a une volonté infaillible, c’est un acharné de travail qui connaît bien ses dossiers, le marché, ses concur­rents… », rapporte son ami de plus de 20 ans Oliver Michel, le gérant de Lyon City Tour rencon­tré alors qu’ils étaient tous les deux membres du Cercle des jeunes diri­geants (CJD).

Philippe Dalau­dière, bien inté­gré dans le réseau lyon­nais

Et l’on peut dire aussi que Philippe Dalau­dière a parfai­te­ment réussi son atter­ris­sage dans le micro­cosme lyon­nais. « Il n’est pas installé à Lyon depuis long­temps, mais il connaît déjà tout le monde. Il fait sa place sans faire de bruit, et sans marcher sur les pieds de quiconque », résume un proche.

L’une de ses bonnes idées pour gonfler son réseau a notam­ment été de prendre un abon­ne­ment dans la Président Box du Grou­pama Stadium, où l’on est à peu près sûr d’être bien entouré. « Il avait besoin d’in­té­grer les réseaux lyon­nais, et une place VIP en loges, c’est un accé­lé­ra­teur, juge Serge Bex, le direc­teur commer­cial de l’OL devenu un ami à force de se croi­ser les soirs de match. Surtout que Philippe est toujours à l’aise quand il rencontre de nouvelles personnes, il a un vrai pouvoir de séduc­tion. C’est vrai­ment quelqu’un que j’ap­pré­cie beau­coup. Il mélange humi­lité, discré­tion et ambi­tion. »

Grand passionné (et ancien joueur) depuis tout jeune de basket, le patron de Dalofi est aussi un spec­ta­teur assidu de l’As­vel dont il est désor­mais un parte­naire. « Philippe, c’est la simpli­cité, la sympa­thie et la jovia­lité. C’est un vrai entre­pre­neur qui va de l’avant, mais il ne la ramène pas. Il est à la fois très présent, presque toujours là, tout en restant discret. Ce qui fait qu’il est appré­cié », renché­rit Stéphane Morot-Sir, le direc­teur géné­ral adjoint de LDLC Asvel, qui côtoie aussi le proprié­taire d’hô­tels au sein du club patro­nal L’Exe­cu­tive Club.

« C’est un entre­pre­neur qui réus­sit, un fonceur avec du punch et de l’éner­gie. Et quand on le côtoie, on découvre qu’il sait prendre du recul et qu’il a une forme d’hu­mour entre Wins­ton Chur­chill et Woody Allen », affine une membre du réseau de diri­geants APM (Asso­cia­tion pour les progrès du mana­ge­ment) que fréquente égale­ment Philippe Dalau­dière.

« Et pourquoi pas ? »

Car s’il préfère – on l’a compris – la discré­tion, Philippe Dalau­dière est aussi un homme de réseau aux multiples casquettes. Lors de ses années roan­naises, il était ainsi vice-président de Roan­nais Tour­sime, élu de la CCI de Roanne, figure locale du Medef, admi­nis­tra­teur du club de basket de la Chorale de Roanne, membre du bureau de région du CJD ou encore du bureau de l’as­so­cia­tion des fran­chi­sés Ibis.

Un CV qui n’est pas passé inaperçu dans la profes­sion, au point que le syndi­cat profes­sion­nel Umih du Rhône (en manque de candi­dat béné­vole volon­taire) est venu le démar­cher en 2021 pour prendre la prési­dence de la branche Hôtel­le­rie.

Philippe Dalau­dière a dit « oui », parce qu’il a « toujours eu l’ha­bi­tude d’avoir un enga­ge­ment collec­tif » en plus de la direc­tion de son entre­prise. Là aussi, on peut parler d’his­toire fami­liale. « Mon père faisait déjà ça à Roanne, où il a occupé plusieurs mandats pour défendre la profes­sion. Et si l’Umih est venue me cher­cher, c’est que mon profil pouvait corres­pondre au portrait-robot. Je suis un hôte­lier de chaîne, mais j’ai une culture d’in­dé­pen­dant, je suis quelqu’un de plutôt modéré et consen­suel, mais je sais être ferme… Et c’est un mandat qui faisait sens après ceux occu­pés au Medef ou à la CCI. Mais je n’ai aucune ambi­tion dans les orga­ni­sa­tions patro­nales », prend-il le soin de préci­ser.

Trop occupé au déve­lop­pe­ment express de Dalofi. Et, à croire son finan­cier Thomas Mois­sard, Philippe Dalau­dière a réussi à « faire le deuil » de l’an­cien fonc­tion­ne­ment fami­lial pour muer en patron d’un véri­table groupe hôte­lier. « Il sait délé­guer et faire confiance. C’est aussi quelqu’un qui résiste bien à la pres­sion. On travaille dans une atmo­sphère décon­trac­tée, mais avec une véri­table exigence de travail. Et ses déci­sions sont réflé­chies et perti­nentes », raconte-t-il.

« J’aime ce que je fais, je peux même dire que je suis habité par ce métier. Surtout que je me retrouve à avoir des hôtels dans des endroits où je n’au­rais jamais pensé être, comme en plein centre-ville de Lyon avec le Grand Hôtel des Terreaux. Mon état d’es­prit aujourd’­hui c’est “et pourquoi pas ?” », déclare celui qui a déjà montré sa capa­cité à prendre des risques, par exemple en s’en­ga­geant dans le dossier de l’hô­tel de Saint-Exupéry en 2020, en plein pendant la période Covid.

« Un entre­pre­neur qui y croit »

Ce qui fait dire à sa notaire Claire Morel-Vulliez que son client est « hors norme, vision­naire » : « Il a su se posi­tion­ner sur des dossiers atypiques que d’autres ne regar­daient pas, parce que ce n’était pas le bon moment ou parce que l’opé­ra­tion parais­sait trop complexe. Pour moi, il a quelque chose de parti­cu­lier qui lui permet d’avoir un coup d’avance. Et à ma connais­sance, il ne s’est jamais trompé », vante-t-elle.

Thierry Fontaine, le président de l’Umih du Rhône est du même avis, jugeant Philippe Dalau­dière « coura­geux quand ses confrères étaient plutôt atten­tistes ». « Je dis bravo car Philippe est un entre­pre­neur qui y croit. Et en faisant ça, il dit aux autres que c’est possible. Mais atten­tion, c’est un gros bosseur et il ne lâche pas », ajoute-t-il.

Qu’on dise de lui, comme cela revient souvent dans son entou­rage, qu’il est un acharné de travail, fait sourire le diri­geant. « Mes parents étaient inquiets parce que mes profs disaient que j’étais fainéant… » L’hô­te­lier qui monte ne compte en tout cas pas lever le pied. De nouveaux dossiers d’ac­qui­si­tions sont déjà à l’étude sur son bureau. « Et s’il y a une jolie oppor­tu­nité, on va la saisir », prévient-il. Et ça, Philippe Dalau­dière a déjà montré qu’il savait faire.

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